DÉFINITIONS
On donne à la monnaie des qualifications variées, qui correspondent aux divers usages qui en sont faits, aux diirerses fonctions qu'elle remplit. On distingue les monnaies réelles, les monnaies de compte ou de banque, les monnaies légales, les monnaies-étalon.
I 1. — Monnaie réelle.^
Considérée comme intermédiaire de Téchange, comme marchandise formant la matière des prix de vente et d'achat ou des sommes dues à un titre quelconque, la monnaie est appelée réelle. C'est le lingot que le débiteur remet matériellement au créancier.
Dans les pays occidentaux, ce linp;ot est un disque, dont les dimensions sont fixées nar les lois, et sur lequel l'autorité publique appose une empreinte qui vaut attestation de la quantité de métal fin contenue dans la pièce, ou garantie de sa valeur nominale, si celle-ci est supérieure à sa valeur intrinsèque.
La fabrication de ces disques, autrement dit le monnayage, a toujours été considérée, en Occident, comme un attribut essentiel de la souveraineté.
Sous l'ancien régime, le pouvoir de battre monnaie était un droit régalien, source de bénéfices pour le Trésor. Les juristes
LES SYSTÈMES DE MONNAIES MÉTALLIQUES
allaient jusqu'à reconnaître au prince une sorte de propriété retenue sur les monnaies en circulation. Elles n'appartenaient aux particuliers c< que comme signe de la valeur que le prince avait voulu qu'elles représentassent ». C'est pourquoi le souverain pouvait les décrier à son gré.
Cette théorie est formulée par Pothier avec une singulière énergie d'expression, dans le passage suivant : <c ... Lorsqu'il plaît au roi d'ordonner une nouvelle refonte de monnaie, et d'ordonner qu'il n'y aura que les espèces de la nouvelle refonte qui auront cours, les particuliers sont obligés de porter aux Monnaies ou chez les changeurs publics les espèces qu'ils ont par devers eux pour les convertir en nouvelles espèces ; car ces espèces n' apparlenant aux parlicidiers que comme signe de la valeiu^ que le prince a voulu qu'elles représentassent^ dès lors qu'il plaît au prince que ce ne soient plies ces espèces, mais d'autres qui soient les signes représeiitatifs de la valeur des choses, les particuliers n'ont plus le droit de retenir ces espèces ; mais ils doivent les porter au roi, qui leur donnera à la place de nouvelles espèces qui doivent servir de signe de leur valeur^ ».
Les rois se servaient trop souvent de cette prérogative pour remplacer par des espèces légères les pièces lourdes que possédaient leurs sujets. C'est ainsi qu'en 1709, le contrôleur général Desmarets tira du ce travail des monnaies » 11, S07, 773 livres, lesquelles, dit-il dans un mémoire justificatif de sa gestion, (c furent utilement employées pour le payement des troupes- ». Ce c( travail des monnaies » consista, en substance, à retirer les espèces en cours et à les remplacer par de nouvelles pièces, de mêmes poids et titre, dont la valeur nominale fut majorée de 23 p. %. La dernière exaction de ce genre fut la refonte de 1726^. Mais le Trésor n'en continua pas moins de retirer de la