Cf. supra, p
FABRICATION DES MONNAIES
frais de transport, et l'Allemagne tirait sur Paris, Bruxelles couvrant ces tirages par des remises k Paris. Au mois de janvier 1906, la Banque de France, en vue de modérer les apports de lingots et les émissions de billets qui en étaient la conséquence, a de nouveau prélevé un escompte sur Tor. Elle a recommencé de l'acheter au pair quand la loi du 9 février 1906 a eu porté la limite de la circulation à 5,800 millions de francs.
Sous le régime de l'entreprise, le directeur de la fabrication avait un moyen d'attirer le métal précieux sous les presses monétaires. C'était un industriel, toujours à la recherche de la matière première dont la mise en œuvre était la source de ses gains; il pouvait faire des avantages aux porteurs de lingots ou de monnaies étrangères en leur abandonnant une partie de son bénéfice ^ La régie ne peut avoir recours à ces combinaisons ; le tarif des frais de fabrication est un tarif fixe, analogue à un tarif d'impôt, dont elle ne peut renoncer à percevoir, ni restituer, la moindre partie.
Cette situation peut n'être pas sans inconvénients. Pendant les quinze premières années qui ont suivi la suppression de la ferme, la Banque de France, à laquelle aboutissaient comme on Ta vu, toutes les matières monnayables, a demandé peu de frappes à l'hôtel des monnaies; de 1880 à 1885, la fabrication des pièces de 20 francs a môme été complètement suspendue. On peut dire que Tabondance de l'or dans la circulation rendait sans objet des fabrications nouvelles. Mais il est certain que, dans cette période^ la Banque a inauguré et suivi un système nouveau. Au lieu de faire monnayer comme autrefois tout le métal importé, elle s'est attachée à coQserver une bonne partie des lingots et des espèces étrangères qu'elle acquérait journellement, jusqu'au moment où l'état des changes lui permettait de les vendre avec une prime pour l'exportation. Un banquier ordinaire ne pourrait pas, en vue d'épargner des frais de fabrication, conserver indéfiniment des matières précieuses à l'état de lingots ; les charges d'intérêts rendraient l'opération ruineuse. Mais la Banque de France a un moyen de monnayer
1. Voir un rapport de M. d'Eichthal à la chambre de commerce de Paris, cité, sans date, dans Gostes, Institutions monétaires de la Finance, p. 285.
LE SYSTÈME MONÉTAIRE DE LA FRANCE
sans le concours de la Monnaie le capital incorporé dans ses lingots : c'est l'émission des billets de banque. Assurément, il était fort légitime que la Banque de France évitât de payer des frais de fabrication sur du métal destiné à une réexportation prochaine ; mais, d'un autre côté, la suspension du monnayage de 1880 à 1885 et sa limitation de 1886 à 1894 ont eu de fâcheuses conséquences pour la qualité de notre circulation, le frai des pièces anciennes ayant cessé d'être atténué par l'introduction fréquente de pièces neuves et de bon poids*
A partir de 1895, les frappes redeviennent importantes. De 1895 à 1898, les fabrications de monnaies d'or se montent au total à 619,251,250 francs, soit une moyenne annuelle de 154,812,812 francs. De 1899 à 1903, un ralentissement apparaît : le total des frappes est seulement de 296,900,210 francs ; la moyenne, de 59,380,042 francs. Puis de nouveau s'ouvre une période de grande activité. De 1904 à 1911, la Monnaie frappe 1,698,815,990 francs de pièces d'or ; la moyenne annuelle ressort à 212,351,999 francs ; en 1906 et 1907, on relève les chiffres de 331,938,430 francs et de 389,957,450 francs. Pour trouver une fabrication plus forte, il faut remonter jusqu'en 1860.
Au total les fabrications d'or de ces dix-sept années s'élèvent à 2,614,987,450 francs. Si l'on déduit de ce chilîre les refontes de pièces de 5 francs retirées de la circulation, de pièces de 20 et de 10 francs frayées ou défectueuses, soit au total 213,988,630 francs, il reste pour les frappes correspondant à des versements de lingots une somme de 2,400,978,820 francs.
Lorsque Ton vend des lingots à la Banque, on perd les frais de fabrication^ tout comme si l'on faisait monnayer, puisque la Banque prend l'or au pair avec retenue au change, soit à 3,437 francs au lieu de 3,444 fr. 44 cent. Toutes les fois que l'importateur pourra prévoir une modification prochaine dans la balance du commerce et, par suite, dans le cours des changes et dans celui de l'or, qui lui permettra de revendre ses lingots avec une prime, il les conservera au lieu de les vendre. Dans ce cas, il a le moyen de retrouver temporairement, sans perdre les frais de fabrication, la disposition de son capital en