cf. Favichille, op. cit
Je
FRAI DES MONNAIES
par les habitants des territoires voisins. En équité, l'Union tout entière devrait supporter la charge du frai. La difficulté serait de répartir la dépense entre les cinq États. La proposition faite en 1878 et 1885, de prendre pour base le nombre d'habitants \ n'est pas acceptable ; Taclivité de la circulation et par suite l'usure des monnaies ne dépendent pas seulement du chiffre absolu de la population mais de sa densité, de la nature de ses occupations, du développement plus ou moins grand de la circulation fiduciaire, etc. Si la distribution des pièces d'argent entre les divers territoires de l'Union résultait uniquement du mouvement naturel des échanges, la solution la plus simple et la plus pratique serait encore que chaque État fût chargé de refondre les pièces frayées qui viendraient échouer dans ses caisses, quelle qu'en fût la nationalité. Il y aurait compensation, par suite de l'échange continuel des monnaies, entre le frai des pièces étrangères refondues par chaque État et le frai des pièces de cet État refondues par ses co-associés ^. Mais, par suite de causes diverses, les monnaies d'argent tendent à s'accumuler de préférence dans certains États de l'Union ; la France, notamment, pourrait être exposée à contribuer pour une part trop forte au frai commun.
La question du frai avait pris, en France, vers la fin du xix^ siècle, une acuité particulière. Des expériences faites par l'administration des monnaies, en 1884 et 1888^ ont démontré que le poids de notre circulation, et spécialement de notre circulation d'or, s'était sensiblement abaissé.
Le poids moyen général des pièces existantes, exprimé en millièmes du poids droit, était descendu, en 1884, à 997.1 pour les pièces de 20 francs, 992.9 pour les pièces de 10 francs, 988.9 pour les pièces d'or de 5 francs ; pour les pièces d'argent de 5 francs, 2 francs, 1 franc et 50 centimes, on trouvait comme poids moyen général, 993.7, 988.8, 981.2, 968.4. Près de 7 p. 7o des pièces de 20 francs, plus de 46 p. 7o des pièces de
1. Propositions de MM. Pirmez et Sainctelette aux conférences de 1.878 et 1885. Livide jaune, 1878, i3. 116; 1885, p. 56.
2. C'est la solution que recommande M. Fauchille, dans l'article cité plus haut.
LK SYSTÈME MONÉTAIRE DE LA FRANGE
10 francs et près de 64 p. 7o pièces d'or de o francs étaient tombées au-dessous de la tolérance de frai^.
L'enquête de 1888 avait porté uniquement sur la pièce de 20 francs^ Elle révélait une diminution de 12.37 p. 7o dans le nombre des pièces lourdes (au-dessus de la tolérance de fabrication) et des pièces bonnes (dans les tolérances de fabrication), une augmentation de 11.48 p. 7o dans le nombre des pièces bonnes (dans la tolérance de frai) et de 0.89 p. ^/^ dans celui d(3s pièces légères. Le poids moyen général avait encore baissé. Le poids moyen de 155 pièces de 20 francs^ qui doit (Hre de 1,000 grammes au poids droit, était descendu en quatre ans de 997.1 grammes à 996.6 grammes, en perte de 0.5 gramme-.
Cet appauvrissement de notre circulation d'or résultait principalement de la suspension de fait de la frappe des pièces de 20 francs depuis 1879. Avant cette époque, les fabrications faites pour le compte du commerce amenaient la refonte régulière d un certain nombre de pièces usées et, dans tous les cas, mettaient en circulation des espèces neuves. Le poids moyen des pièces de 20 francs était ainsi maintenu à un niveavi convenable. Depuis 1879, au contraire, les déperditions résultant du frai n'avaient plus été compensées par les additions de poids résultant de fabrications annuelles. Le système alors suivi par la Banque depuis un certain nombre d'années, consistant'à relever la prime de Tor au lieu de hausser le taux de l'escompte lorsque le cours des changes révélait une sortie du numéraire^, a eu également des répercussions fâcheuses sur le poids moyen de notre circulation. Pour éviter de payer la prime, on trébuchait l'or et on exportait les pièces lourdes : le poids moyen général en a été nécessairement affaibli.
L'affaiblissement de la monnaie d'or a, comme on le sait, un ^retentissement nécessaire sur le cours des changes. 11 relève
1. Expériences de frai effectuées en 1884, Paris, Imp. nat., 1885.
2. Eapcriences de frai effectuées efi 1SSS. Paris. Inip. na^., 4888.