The Economise, 3 février 1906, p
2. V Économiste européen, 13 avril 190G. 3- Ibid., 5 janvier 1906.
LES IMITATIONS DE LA RÉFORME INDIENNE
C'est la substitution de l étalon d'or à l'étalon d'argent que poursuit maintenant le Mexique. Mettant à profit la hausse qui s'est produite sur l'argent de 1905 à 1907, son gouvernement a exporté des piastres, importé et monnayé l'or^. Le cours de Ponce étant redescendu au-dessous de 28.93 d. à partir de novembre 1907, les facilités exceptionnelles des années précédentes ont cessé. Néanmoins le monnayage de l'or a continué. Au 30 juin 1910, il représentait 88,396,500 piastres. En argent, ce sont surtout des monnaies divisionnaires qui ont été fabriquées ; sur 45,612,543 piastres, il n'a été frappé que 12,574,000 piastres en pièces de 1 peso.
On ne doit pas se dissimuler que la transformation de la circulation mexicaine sera longue à opérer, eu égard à la proportion considérable d'argent qu'elle contient, eu égard aussi à la réimportation possible des innombrables piastres que le Mexique a vendues à l'ancien monde. Bien des circonstances peuvent traverser la réforme. On peut seulement constater que jusqu'à présent, le change mexicain s'est maintenu au pair.
§ 2. — La question monétaire aux Philippines.
Au moment où les États-Unis prirent possession des Philippines^ la principale monnaie de ces îles était la piastre mexicaine-. C'est dire que la fonction d'étalon y était tenue par l'argent .
1. La hausse de Targent s'étant accentuée en d906, l'exportation des piastres menaça de trop diminuer la circulation mexicaine. Tout en activant le plus possible la fabrication des monnaies divisionnaires d'argent, le gouvernement proposa d'imposer un droit de 10 p. ^/^ sur les espèces d'argent exportées par quantités supérieures à 10 piastres lorsqu'il ne serait pas établi, par un certificat delà Commission des ciianges et monnaies, que la contre-valeur des piastres avait été remise à cette Commission en or importé de l'étranger pour le monnayage. Cette mesure fut adoptée par la loi du 19 novembre 1906. Elle est devenue sans objet. Le cours de l'once étant descendu à partir de novembre 1907 au-dessous de 28.93 d., la valeur métallique de la piastre est devenue de nouveau inférieure à sa valeur nominale. La monnaie d'argent a donc cessé d'être exportable.
2. Sur la situation monétaire des îles Philippines à cette époque, consulter : Charles A. Gonant, A spécial report on coinage and hanking in the Philippine IslandSy made to the secretary of war, November, 25,1901, Washington, 1901. Stahility of imiter national exchange. Report on the introduction of the gold exchange standard into China and other silver-usiiig
LA QUESTION MONÉTAIRE AUX PHILIPPINES
Le gouvernement espagnol avait prohibé^ en 1877, l'entrée des piastres portant un millésime postérieur. La circulation des Iles étant alimentée par Timportation, cette prohibition était l'équivalent de la fermeture des hôtels des monnaies aux apports des particuliers dans les pays oii les espèces proviennent de la frappe libre : elle aurait pu, en faisant obstacle à tout accroissement du stock monétaire, en enrayer la dépréciation. Mais il paraît que les piastres prohibées entrèrent en contrebande.
Dix ans plus tard, on voulut doter la colonie d'une monnaie spéciale, dont le pouvoir d'achat échapperait aux variations qui affectaient celui de la piastre. Ce fut une réplique de la pièce métropolitaine de 5 pesetas. La Monnaie de Madrid frappa, en 1896 et 1897, 6 millions de ces pièces; on envoya, de plus, aux Philippines une petite quantité de monnaies divisionnaires d'argent et de bronze au coin espagnol.
Ces dernières avaient été réexportées en Espagne, la peseta y ayant conservé une valeur supérieure à celle qui lui était attribuée aux Philippines comme subdivision de la piastre. Elles furent remplacées par de la monnaie américaine. La circulation métallique fut, en conséquence, composée de piastres mexicaines, de piastres philippines de 5 pesetas que le besoin de monnaies faisait accepter au pair des mexicaines malgré leur moindre poids, enfin de monnaies des États-Unis, ces dernières reçues pour plus du double de la valeur des pièces mexicaines ou espagnoles.
En vue de faciliter l'usage simultané de la monnaie américaine et des espèces locales, la Commission chargée du gouvernement des Iles prescrivit de recevoir les unes et les autres dans les caisses publiques à raison de 2 piastres pour 1 dollar des États-Unis. Ce taux de conversion, à l'époque où il fut établi, correspondait au cours de l'argent. Mais le prix de ce métal ayant haussé en 1900, à l'occasion de l'expédition de Chine, la piastre valut beaucoup plus de 50 cents. C'est pourquoi plus de
coimtries, Washington, 1903, Appendix I, p. 392 et suiv. [The Currency of the Philippines Islands, résumé fait par M. Charles A. Gonant) ; A Piatt And rew. The end of the mexicun dollar y Ouarterly Journal of Economies May 1904.
LES IMITATIONS DE LA RÉFORME INDIENNE
3 millions de piastres furent alors exportées en quelques mois. Il en résulta une crise, le numéraire manquant pour les transactions quotidiennes. Une fois les afTaires de Chine terminées, l'argent baissa et la piastre mexicaine valut moins de 50 cents : elle fut donc importée aux Philippines, tandis que la monnaie d'or était appelée à l'étranger. La Commission tenta d'arrêter la sortie du métal jaune en la taxant ; elle essaya aussi de faire de préférence les paiements au moyen de piastres, les monnaies américaines étant retenues par le Trésor. Ce n'étaient là que des expédients.
En 4901, M. Ch. -A. Conant, qui avait été envoyé aux Philippines avec mission d'étudier la question monétaire, soumit un plan de réforme au secrétaire d'État pour la guerre, de qui relevait le gouvernement de la colonie. M. Ch. -A. Conant écartait l'idée d'introduire aux Philippines le système monétaire des États-Unis. Il se fondait sur deux motifs principaux : l'indigène n'aurait pas compris que la pièce américaine de 50 cents pût valoir autant que la piastre mexicaine dont le module et le poids sont doubles ; le dollar des Étals- Unis est une unité trop forte pour un pays oii le prix de la vie est peu élevé et où le salaire d'une journée ne dépasse pas une peseta. On ne devait pas cependant conserver comme unité la piastre mexicaine. Sa valeur, étroitement liée à celle du métal en barres, est trop instable ; c'est, en outre, une monnaie étrangère qui peut manquer au moment où l'on en a besoin. M. Ch. -A. Conant recommandait donc la création d'une piastre spéciale aux Philippines, du poids de 25 grammes et au titre de 0.835, à laquelle serait attribuée une valeur nominale de 50 cents, et que le gouvernement colonial aurait la charge de maintenir au pair, notamment par la limitation de rémission et parla constitution d'une réserve d'or.
Des dispositions conformes à ces vues furent insérées dans les bills qui furent soumis simultanément au Sénat et à la Chambre au début de 1902 pour organiser le gouvernement des Iles. Mais la question ne put être tranchée en même temps que les autres, par suite d'une divergence de vues entre les deux branches du Congrès, le Sénat ayant voté la création d'un dollar de 416 grains (26.956 grammes) à 0.900, dont la frappe
LA QUESTION MONETAIRE AUX PHILIPPINES. 44 3
aurait été libre, tandis que la Chambre adhérait au plan du gouvernement. On se borna, dans Vact du 1'''' juin 1902 pour l'administration civile des Philippines, à réglementer la frappe des monnaies divisionnaires d'argent et des menues monnaies (art. 77 à 82).
La question de l'étalon resta en suspens pendant plusieurs sessions, le Sénat se refusant à abandonner l'étalon d'argent, la Chambre se prononçant pour l'étalon d'or et pour l'introduction pure et simple du système monétaire américain. Finalement, on se mit d^accord sur un projet transactionnel qui est devenu la loi du 2 mars 1903 {The Philippine Coinage Act).
L'unité monétaire est un peso d'or de 12.9 grains à 0.900 (0.7S24 gramme de fin). Ce peso n'est pas frappé. Le dollar d'or des États-Unis (25.8 grains à 0.900 ou 1.5048 gramme de fin), a cours légal illimité pour 2 pesos. Le gouvernement des Philippines est autorisé à frapper, jusqu'à concurrence de 75 millions de pesos, un peso d'argent, du poids de 416 grains à 0.900 (24.26 grammes de fin) jouissant comme le dollar d'or du cours légal illimité ^. En résumé, 1 dollar d'or des Ëtats-Unis a cours pour 2 pesos; 1 peso d'argent est réputé équivaloir à 50 cents de monnaie américaine ^.
A l'intérieur du pays, le maintien du pair légal a pour garantie la limitation de l'oÉFre des pesos d'argent, qui ne peuvent être frappés qu'au compte du gouvernement, jusqu'à concurrence de 75 millions seulement, et que le Trésor est tenu d'échanger au pair contre la monnaie des Etats-Unis, or ou billets.
Si la dépréciation du peso à l'intérieur ne semble pas à craindre, elle est moins facile à prévenir dans les rapports avec
1 . Il y a, en outre, des pièces d'argent de 50, 20 et 4 0 centavos, dont le poids, d'abord fixé par la loi du 1®^ juin 1902, a été modifié par la loi du 2 mars 1903, puis par une loi du 6 décembre 1906, qui en a aussi abaissé le titre de 0.900 à 0.750 (V. infra, p. 417), une pièce de 5 centavos en nickel à 25 p. «/o, des pièces de 1 et 1/2 centavo en bronze. Les pièces d'argent ont cours jusqu^à 10 dollars, les pièces de nickel et de bronze pour 1 dollar.
2. Le rapport légal entre l'or et l'argent était de 1 à 32.24, le peso philippin contenant soit 24.26 grammes d'argent fin, soit 0.7524 gramme d'or fin. Entre le demi-dollar d'or américain, équivalant au peso philippin d'or, et la piastre mexicaine qui contient 24.4388 d'argent fia, le rapport résultant du taux de 1/2 dollar pour 1 piastre ressortait à 33.81.
LES IMITATIONS DE LA RÉFORME INDIENNE
l'extérieur. Le jour où les soldes seront débiteurs^ si l'on ne dispose pour payer que de pesos d'argent, le change ne hausserat-il pas très au-dessus du pair et du point de sortie de Tor? Pour parer à ce danger, la loi permet au Trésor colonial de délivrer des traites sur les États-Unis contre versement de piastres. Les pesos d'argent inexportables sont par là transformés en valeurs équivalentes à Tor. On a supposé que la hausse du change ne durerait pas et ne risquerait pas d'imposer au Trésor des émissions de traites hors de proportion avec ses ressources, si les monnaies d'argent versées en échange des traites étaient conservées au Trésor. De cette façon, il se produirait un resserrement de la circulation, et, par suite, une hausse de la piastre qui renverserait le cours du change et le rendrait favorable.
En vue de permettre au Trésor colonial de remplir la fonction de régulateur de la circulation intérieure et des liquidations internationales, un Act de la Commission de gouvernement des Philippines, du 10 octobre 1903 {The gold reserve Act), a institué un fonds de réserve et de garantie dit de l'étalon d'or {gold standard fund). La dotation initiale de ce fonds a été formée au moyen de l'émission, autorisée par la loi américaine du 2 mars 1903, de bons à court terme (trois mois à un an) en coupures de 25 dollars-50 /?esos ou de multiples de cette somme, remboursables en monnaie d'or des États-Unis ou en monnaie légale des Iles. Ces bons, dont l'intérêt ne doit pas dépasser 4 p. Vo, sont exempts de toute taxe métropolitaine, coloniale ou locale. La valeur des bons en circulation peut s'élever à 10 millions de dollars, dont 3 millions pour achat d'argent destiné au monnayage.
Voici les opérations auxquelles peut être employé le gold standard fund : échanger au pair contre des piastres philippines les billets de banque ou d'État américains, et réciproquement ^ ; échanger contre delà monnaie philippine, à la condition qu'elle soit présentée par sommes de 5,000 dollars-10,000 pesos, et en prélevant une prime égale aux frais commerciaux de transport de New York à Manille, de la monnaie d'or des États-Unis
1. Il a été question de suspendre Téchange des espèces philippines contre la monnaie des Etats-Unis (Report on Die introduction of the gold-exchanfje standard, etc., 190 p. 39.
LA QUESTION MONÉTAIRE AUX PHILIPPINES
OU des barres d'or ; délivrer, contre versements de 10,000 pesos au moins en monnaie philippine ou de 5,000 dollars au moins en monnaie américaine, des traites à vue et des transferts télégraphiques payables sur les réserves établies aux États-Unis ou ailleurs, et, réciproquement, faire délivrer aux États-Unis des traites et câbles sur les Philippines, en prélevant dans les deux cas une prime, fixée par la loi à 3/4 p. ^/^ sur le papier à vue et à 1 ^/s P- Vo sur les transferts télégraphiques, mais susceptible de modification par décision ministérielle. Les monnaies philippines versées au Trésor, en échange soit de traites, soit de billets de banque ou d*État américains, sont mises en réserve et ne peuvent rentrer dans la circulation que pour le paiement des traites délivrées aux États-Unis sur le gold standard fund des Iles ou en échange de monnaies d'or américaines, de barres d'or ou de billets de banque ou d'État américains. De même les monnaies d'or américaines, les barres d'or, les billets de banque ou d'État américains entrés au Trésor en échange de monnaies philippines n'en peuvent sortir qu'en échange de monnaies philippines, ou, en cas d'insuffisance de ces dernières dans la circulation, pour subvenir aux dépenses d'un monnayage supplémentaire.
Ces dispositions étaient combinées en vue de limiter le stock de monnaies en circulation, de façon à ce que la hausse du peso put résulter de l'émission de traites sur les États-Unis, de môme que la hausse de l'or résulte en général d*une diminution du stock de ce métal par l'exportation.
Le mécanisme qu'elles avaient organisé n'a pas joué tout d'abord. Les immobilisations de piastres philippines correspondant aux émissions de traites ont été compensées par des importations de piastres mexicaines. La circulation ne s'est pas resserrée, la piastre philippine n'a pas enchéri et le change ne s'est pas renversé.
Le gouvernement des Philippines, pour remédier à cette situation, a pris diverses mesures.
Une loi du 31 décembre 1903, conforme d'ailleurs aux dispositions de la loi américaine du 2 mars précédent, a démonétisé les piastres mexicaines. Les piastres hispano-philippines furent, en vertu de la môme loi, rachetables jusqu'au 4^^ juillet 190i à
416 LES IMITATIONS DE LA RÉFORME INDIENNE
un taux qui correspondait au prix que les banques donnaient des piastres mexicaines et qui représentait une majoration de 10 p. ^/o; elles devaient encore être reçues dans les caisses publiques^, en paiement des sommes dues au gouvernement, du l^'' juillet au 30 septembre ; passée cotte dernière date, elles ne devaient plus être acceptées que pour leur valeur métallique. Une seconde loi du 14 janvier 1904 a prohibé l'importation des piastres mexicaines, des piastres hispano-philippines et de toutes autres monnaies dont la valeur ne repose pas sur Tor.
En dépit de ces dispositions, le retrait des nouvelles piastres philippines versées pour acheter du change sur les États-Unis continuait à ne pas produire dans la circulation un resserrement suffisant pour corriger le change. Peut-être y avait-il des importations de piastres mexicaines en contrebande. En tout cas, les exportateurs, les personnes qui employaient des salariés faisaient tout leur possible pour maintenir dans la circulation les monnaies anciennes, qui leur coûtaient moins que les nouvelles. Pour déjouer leur calcul, on imagina de taxer toutes les obligations contractées en monnaies de l'ancien système {local currency). La loi du 27 janvier 1904* les soumit, sauf exception, à un droit de timbre dont le taux a été de 1 p. ^/o à partir du 1®"* octobre 1904, 2 p. à partir du 1^*" novembre, 3 p. Vo à partir du l^"" décembre et 5 p. 7o après le 31 décembre 1904. On assure que ces dispositions ont produit tout TetTet attendu au point de vue de réviction des anciennes monnaies ^.
Néanmoins le mécanisme n'a pas immédiatement fonctionné. A Manille, on achetait bien les traites du gouvernement sur New York; mais à New York on n'achetait pas de traites sur Manille. L'agence de New York ne retrouvait donc pas, par la vente de tirages sur Manille, les sommes qu'elle avait dû employer à payer les traites vendues à Manille sur New York. L'orexporté n'était donc pas ramené automatiquement aux Philippines comme on l'avait expéré. Le Trésor philippin a supposé que le
1. Ces différents textes ont été publiés par la Commission américaine des changes étrangers dans son rapport de 1904 : Report on the introduction of thc gold-exchange standard into China, etc.
2. Voir la traduction d'un rapport M. E. W. Kemmerer, Chief of Division a f the CurvencTj au Trésor des Philippines, dans le Bw/Ze/e>2 econom2\72/^ ae C Indochine, octobre 1905.
LA. QUESTION MONÉTAIRE AUX PHILIPPINES
taux des frais perçus à New York était trop élevé; il l'a réduit, le 3 novembre 1904, à 3/8 p. Yo pour les traites et à 3/4 p. % pour les transferts télégraphiques, les taux de 3/4 et de 1 ^/s p. 7o étant maintenus pour les traites et les transferts de Manille à New York. En réalité, les frais matériels de transport ne pouvant être qu'identiques de Manille à New York et de New York h Manille, c'était prélever une prime sur les opérations de Manille à New York. On en peut conclure que la monnaie philippine n'était pas effectivement au pair du demi-dollar des États-Unis. Ce qui tend à confirmer cette impression, c'est qu'il a été question au même moment d'abroger la disposition de la loi du 10 octobre 1903, qui autorise le trésorier colonial à changer au pair les monnaies philippines contre celles des États-Unis.
Ces difficultés semblent avoir disparu au cours de l'année 1905, autant qu'on en peut juger par les documents publiés. La valeur en or de la piastre philippine a augmenté. Mais la hausse de l'argent en barres en était la cause, plus que le fonctionnement du gold stajidard act^ auquel on n'a pas manqué de l'attribuer. L'once d'argent ayant dépassé le cours de 29 ^/4 d., la piastre philippine a valu métalliquement plus que le pair (24 ^3 d.). A 30 d. l'once standard, \^ peso des Philippines valait 25 ^1 u d. Aussi de grandes quantités en ont-elles été fondues et exportées en Chine sous forme de barres ^.
Les Philippines étaient ainsi menacées d'être privées de la monnaie d'argent. C'était une éventualité grave, puisque le maintien de l'argent dans la circulation intérieure avait paru assez essentiel au gouvernement des États-Unis pour le détourner d'introduire dans sa nouvelle colonie le dollar d'or et le système monétaire américain. Pour parer au danger, une loi des États- Unis du 23 juin 19C6 autorisa le gouvernement des Iles à modifier le poids et le titre des pièces d'argent, sous la seule condition de ne pas abaisser le titre du pes^o d'argent au-dessous de 0.700. La loi philippine du 6 décembre 1906 fixa comme suit le poids et le titre de ces monnaies : peso, 20 grammes à 0.800 ; 50 centavos, 20 centavos et 10 centavos, 10 grammes, 4 grammes et
1. Économiste français, 24 février 1906, p. 250 (d'après VEngineering and mining journal de New York).
Arnauné. 27
LES IMITATIONS DE LA RÉFORME INDIENNE
2 grammes à 0.750. Le poids de fin du peso étant réduit de 24.26 grammes à 16 grammes, il faudrait pour que sa valeur métallique devînt supérieure à sa valeur nominale (24.66 d.) que le cours de Tonce s'élevât au-dessus de 44.34 d., tandis qu'il suffisait précédemment que ce cours dépassât 29.244 d. Les Iles Philippines sont ainsi garanties contre le danger d'une nouvelle exportation d'argent, car on ne peut guère prévoir que le cours de l'argent s'élève au-dessus de 44 d. En revanche, l'argent venant h baisser, l'écart entre la valeur nominale et la valeur métallique du peso est beaucoup plus grand. Au cours de 22 ^/g d., en décembre 1908, le peso de 1903 aurait valu 18.65 d.; le peso de 1906 n'a valu que 12.30 d. La difficulté de maintenir l'unité monétaire philippine au pair de 24 d. est donc singulièrement accrue.
I 3. — Le dollar des Détroits.
La circulation des Établissements des Détroits se composait, en 1903, de piastres américaines, de dollars de Hong-Kong frappés par la Monnaie de cette colonie de 1866 à 1868^, et de piastres britanniques {biHtish dollars), frappées à Bombay et à Calcutta, en vertu d'un ordre en conseil du 2 février 1895, pour l'usage tant des Établissements des Détroits que de la colonie de Hong-Kong-.
Une commission nommée au mois de novembre 1902 avait procédé à une enquête sur la situation monétaire et sur les améliorations dont elle était susceptible. Le rapport de cette commission ^ concluait à la création d'une piastre spéciale (St7^aiis Settlements dolla?*), destinée à remplacer la piastre mexicaine et le dollar britannique. Lorsque ces dernières pièces auraient complètement disparu de la circulation, les Sti^aits Seltlements se trouveraient dans la même situation que l'Inde anglaise avant la réforme de 1893, c'est-à-dire qu'ils