‹ La monnaie, le crédit et le changeChapitre 225 sur 258 · Cf. supra, l^r» partie, chap. v, § 2, p · texte numérisé non relu

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LE BILLET DE BANQUE A COURS FORGÉ

Alors se manifestent les conséquences les plus graves du cours forcé. La dépréciation des moyens de circulation produit la hausse des prix. La hausse appelle souvent la hausse : les prix de toutes choses étant plus élevés, des moyens de circulation plus nombreux sont parfois réclamés ; si le gouvernement cède aux vœux du public, comme il n'y est que trop porté sous la pression des difficultés financières contre lesquelles il se débat lui-même, s'il fait ou s'il provoque de nouvelles émissions^ la dépréciation du papier augmente encore, et, par voie de répercussion, la hausse des prix.

Cette dépréciation du billet de banque ne suit pas une progression continue. Elle s'opère par saccades, avec de brusques retours en arrière. A de certains moments, la prime de l'or, qui est la contre-partie de la dépréciation du papier, atteint des taux exorbitants : comme, de temps à autre, il faut liquider les opérations engagées, et que pour cette liquidation il faut, absolument et à tout prix, de l'or, la prime sur les espèces s'élève et la dépréciation du papier s'accentue dans des proportions énormes. Puis, une accalmie se produit : aussitôt après le règlement des opérations engagées, le prix du papier se relève notablement, et Tamélioration dure jusqu'à la prochaine crise. Le marché devient alors d'une sensibilité extrême ; il est affecté d'une sorte d'irritabilité maladive. Au milieu de ces brusques oscillations de la valeur du papier, le commerçant court des risques considérables. Pour se couvrir de cet aléa, il cherche encore à augmenter ses prix.

Le cours forcé produit ainsi des effets analogues à ceux d'un impôt, mais d'un impôt variable dans son taux, irrégulier dans son incidence. Il peut être, dans des circonstances extrêmes, une ressource également extrême. Il peut être un mal nécessaire. Mais ce n'en est pas moins un mal.

Si, chez nous, l'opinion publique n'en a peut-être pas pleinement conscience, c'est qu'à deux reprises, de 1848 à 1850, et de 1870 à 1877, le cours forcé a fonctionné en France sans causer de trop grands troubles. Il est utile de rechercher les causes de sa bénignité relative dans ces deux circonstances, et de montrer que, dans d'autres pays, les conséquences en ont été beaucoup moins inoffensives. On verra notamment que si cer-

LE BILLET DE BANQUE A COURS FORCÉ

tains États ont pu ramener au pair la valeur du papier monnaie, d'autres ont dû, pour arriver à la reprise des paiements en espèces, consolider en quelque sorte la dépréciation de leur étalon de valeur et adopter une unité monétaire nouvelle.

1 1. — Le cours forcé en France (1848-1850 et 1870-1877).

Au moment où éclata la révolution de 1848, la situation économique du pays laissait fort à désirer : une crise commerciale était survenue peu auparavant, en 1846, et n'était pas encore liquidée. Les événements politiques lui donnèrent une acuité nouvelle. On se précipita sur la Banque, de même qu'on assiégeait les guichets des caisses d'épargne. En février 1848^ l'encaisse était de 226 millions ; du 28 février au 27 avril, elle diminua de 183 millions. La Banque demanda au Gouvernement d'être relevée de l'obligation de rembourser ses billets en espèces : un décret du 15 mars 1848 établit le cours forcé.

La dépréciation du billet de banque fut très profonde, mais de très courte durée. En mars 1848, l'or fît 70 p. °/oo de prime ; en août, la prime n'était plus que de 8 p. °/oo ; elle était donc revenue, en quelques mois, au taux ordinairement pratiqué dans les années qui ont précédé l'arrivée de l'or californien ^ La loi du 6 août 1850 abolit le cours forcé, sans qu'il en résultât aucune difficulté.

La restauration rapide de la valeur du billet de banque en 1848, tient en partie à la modération de l'émission, en partie à la situation particulière de la Banque de France à cette époque- Le décret du 15 mars avait limité la circulation à 350 millions ; le décret du 27 avril suivant porta le maximum à 452 millions à la suite de l'absorption des banques départementales. D'autre part, la Banque de France était surtout, en 1848, la Banque de Paris : ses billets avaient très peu pénétré dans le reste de la France. En mars 1848, sur 272 millions de francs de billets qui composaient toute sa circulation, 9 mil-

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