LE COURS FORCÉ AUX ÉTATS-UNIS
Peu après le vote du bill de Sir Robert Peel, l'encaisse de la Banque atteignit la somme de 20 millions sterling. Les paiements en espèces purent être repris deux années avant le terme flxé par la loi
I 3. — Le cours forcé aux États-Unis (1861-1879).
Les circonstances dans lesquelles le cours forcé fut établi aux États-Unis pendant la guerre de Sécession ont été déjà relatées. On sait que l'emprunt public {United States bonds, bonded debt) ne fournissant pas assez rapidement les ressources nécessaires, le gouvernement fédéral eut recours à rémission de billets à cours forcé {légal tender notes) ; il émit en outre de petites coupures pour servir de monnaies divisionnaires {fractionnai currency). Le 31 août 1865, après la prise de Richmond, la dette publique, alors à son maximum, s'élevait à 2,845,907,626 dollars% sur lesquels 1 ,109,568,191 dollars seulement correspondaient à la dette fondée {funded debt). Le surplus, composé de billets à cours forcé, de dettes non liquidées ou même liquidées, représentait un immense emprunt à la circulation métallique. Les billets à cours forcé, de divers types, se montaient à 684,138,959 dollars ; en outre, les petites coupures formaient une somme de 26,344,742 dollars^.
La prime de l'or n'avait pas tardé à se manifester. En janvier 1862, l'or était au pair. Au mois de juillet, 100 dollars d'or valaient 120 dollars de papier. Les prix s'élèvent encore : 172 en janvier 1863; après des alternatives de hausse et de baisse, 285 en juillet 1864. C'est le maximum. On trouve 234 en janvier 1865, 147 en juillet; 144.50 le l^'' janvier 1866; 133 le 1^"^ janvier 1867; 120 le 1^- janvier 1870; 109.50 le
janvier 1872; 112.75 le l^*" janvier 1876; 102.87 le l^'-jan-
de deux ans, le remboursement en espèces. V. Guizot, op. cit.. p. 15 et 16. Cf. La^vson, op. cit., p. 112.
1. Lawson. op. cit.,^. 113. Guizot, op, cit., p. 17. Cf. P. Leroy-Beaulieu, Science des finances, t. Il, p. 628-633 (5« édit.).
2. 1,258,000 dollars d'obligations du Pacifique sont compris dans ce chifTx-e.
3. Report on ihe finances. Comptrolte?^ of the currency, 1879, p. 107.
LE BILLET DE BANQUE A COURS FORCÉ
vier 1878 : le 17 décembre de la même année^ à la veille de la reprise des paiements en espèces, l'or est au pair.
La prime a été sujette à de brusqvies et incessantes variations sous l'influence de causes politiques autant qu'économiques^. En décembre 1862, elle est de 34 p. ^/o ; en janvier 1863, de 72 p. En juillet, elle est redescendue à 22 p. ^/o. On la retrouve à 43 p. **/o en décembre, à 51 p. % en janvier 1864, à 185 p. ^/o en juillet^ à 160 p. 7o en décembre, puis à 47 p. % en juillet 1865.
Le prix de toutes choses augmenta prodigieusement. Dans un de ses rapports annuels, le secrétaire du Trésor, M. Mac CuUocli, constatait que, de 1862 à 1866, les prix avaient triplé.
Cet enchérissement général ne déplaisait pas à tous les A^méricains. Un parti puissant le considérait comme le signe de la prospérité du pays et s'opposait à la reprise des paiements en espèces, qui, en réduisant le volume de la circulation, risquait d'amener la baisse des prix. Il soutenait que l'on ne doit pas craindre d'enfler le volume de la circulation, parce que plus il y a de monnaie, mieux les produits circulent, plus la richesse générale se développe.
En 1866, 1867 et 1868, le secrétaire du Trésor, M. Hugh Mac Gulloch, consacra une importante partie de ses rapports à combattre la thèse des inflationists . Il démontrait que, si les prix avaient triplé de 1860 à 1866, la richesse publique ne s'était pas accrue. Qu'importait au fermier de vendre ses produits 3 dollars au lieu de 1? Les 3 dollars de papier ne valaient que 1 dollar de métal. A la vérité, les débiteurs pouvaient éteindre leurs dettes à meilleur compte. Mais c'était là une iniquité. Que penserait-on d'une loi qui obligerait les créanciers à verser au Trésor 50 ou 10 p. % des sommes qu'ils reçoivent de leurs débiteurs ? Qu'elle est injuste. Et cependant, elle permettrait au moins de réduire le poids des impôts : les créanciers, comme tous les autres citoyens, en retireraient cet avantage. Le cours forcé permet de les dépouiller, sans compensation, pour le seul profit des débiteurs, ce Le cours forcé a accru immensément le coût de la. guerre et augmenté beau-
1. IbicL, p. 114 et 115. Cf. P. Leroy-Beaulieu, op, cit., p. 667-668.