‹ La monnaie, le crédit et le changeChapitre 235 sur 258 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

2. Le surplus, soit 44 millions, servit à rembourser un prêt de 44 millions en or, fait an Trésor par la Banque nationale, en vertu d'une convention du juin 1875.

3. Le Bulletin de statistique du Ministère des finances en a donné une traduction, novembre 1891, p. 550.

LE COURS FORCÉ EN ITALIE

M. di Rudini, alors président du Conseil, énumérait sans détours les causes du déficit. Les résultats de l'œuvre patiente des ministres auxquels était due la restauration des finances italiennes avaient, par leur grandeur même, exalté rambition de leurs successeurs. On avait conçu les plus vastes desseins, dépensé 4 milliards dans la construction du réseau des chemins de fer, 1 ^2 niilliard dans les travaux des fleuves, des ports, des phares, des routes ; donné des encouragements à Tagriculture ; doté renseignement ; porté le budget de la guerre de 215 millions en 1881 à 410 millions en 1888-89, le budget de la marine de 46 à 162 millions (entre 1878 et 1888-89) ; tenté de créer une colonie en Afrique. « L'activité de l'État a servi d'exemple et de stimulant aux administrations locales et aux entreprises privées. L'Italie a ainsi dépensé une grande partie de ses énergies dans une œuvre multiple et gigantesque, hors de proportion avec ses forces... Ce fut l'ejOTet de l'atmosphère d'espérances et d'illusions dans laquelle nous vivions : ce fut l'effet de l'élan naturel d'une nation jeune, ambitieuse, impatiente d'agir. L'essor provoqué par ces aspirations exagérées a engendré une profonde perturbation dans la politique financière et dans l'économie privée des citoyens. Les budgets de l'État et les budgets locaux s'en sont ressentis, ainsi que le bilan économique de la nation, et, dans la crise générale qui sévit aujourd'hui, l'Italie a été la plus cruellement atteinte. Nous courrions, hélas! à toute vapeur contre un écueil dissimulé par le brouillard épais de nos illusions et de nos espérances. Lorsque le danger fut proche, il s'éleva un cri de douleur et de menace qui obligea nos prédécesseurs à ralentir la course. Nous nous sommes résolument arrêtés, nous, et maintenant nous comptons reculer. »

On sait que M. di Rudini ne put réaliser son programme. La situation de Tltalie s'aggrava. Déjà elle était critique. Depuis 1887, le change était constamment défavorable. En février 1888, au moment de la rupture des relations commerciales avec la France, il atteignit 2 V2 P- véritable prime sur l'or. En 1889, en 1890, la perte au change continua, quoique à un moindre degré. En 1891, M. Bodio ^ constatait que les encaisses

1. Di alcuni indici misuratori del movimento economico in léalia, traduction du Bulletin de statistique du Ministère des finances, revue et mise à jour par l'auteur. Bulletin de juin ISOJ, p. 673 et suiv.

LE BILLET DE BANQUE A COURS FORGÉ

du Trésor et des banques avaient diminué, depuis 1883^ de 434 millions. Déduction faite de la monnaie divisionnaire, dont le chiffre était discuté, plus de 300 millions avaient dû être exportés.

Le papier se dépréciait donc de nouveau et cette mauvaise monnaie recommençait à chasser la bonne ^. L'or et les écus de 5 francs une fois exportés et le change devenant de plus en plus défavorable, on se servit de monnaie divisionnaire pour liquider avec l'étranger. Les puissances latines, la Suisse et la France surtout offraient un asile à ces pièces, grâce aux dispositions des conventions sur leur admission dans les caisses publiques. Au mois de septembre 1893^, les pièces italiennes représentaient 28.78 p. de l'ensemble des monnaies divisionnaires d'argent circulant en France *, dans les départements du Sud-Est la proportion variait de 30 à 45 et 60 p. «/o; elle dépassait 70 p. % dans les Alpes-Maritimes et la Savoie. En Suisse, le pourcentage se rapprochait de ces derniers taux. La perte au change ou la prime de For était à ce moment de plus de 13 p. Vo- La monnaie de bronze elle-même commençait à être exportée.

Le 4 août 1893, un décret royal autorisait rémission de 30 millions de bons de caisse à cours légal, de la valeur de 1 franc, contre dépôt dans les caisses du Trésor de monnaies divisionnaires italiennes d'argent. On espérait ainsi conserver dans la circulation des coupures indispensables aux menus échanges. En même temps, le gouvernement italien demandait aux puissances latines de retirer et de lui vendre les monnaies divisionnaires d'argent à son enîgie. Un arrangement spécial fut signe, à cet effet, le 15 novembre 1893, à Paris. Un décret

1. Dès le mois d'août 1891, les embarras étaient tels qu'à Turin, la Banque de Naples en était réduite à défendre son encaisse en opérant avec une lenteur calculée Téchange de ses billets. Un procès lui fut intenté, de ce chef, en janvier 1892. Le tribunal de Turin se déclara incompétent, alléguant que les banques agissent comme déléguées de rÉtat quand elles remboursent les billets à cours légal (jugeaient du 9 juin 1892). Le cours forcé était, en quelque sorte, déclaré par autorité de justice. Giornale degli eco7io?nisli, Roma, juillet 1892, p. 1.

2. Enquête du Ministère des finances. Y. Bulletin de statistique, octobre 1893, p. 415.

LE COURS FOllGÉ EN ITALIE.

du 4 août précédent avait autorisé une émission supplémea* taire de :2 millions de francs de monnaies de bronze.

Le 12 novembre, un nouveau décret ordonnait de percevoir les droits de douane en espèces métalliques (or ou argent), conformément à la loi du 7 avril 1881 sur la suppression du cours forcé. Les droits de douane pouvaient aussi être payés au moyen de certificats nominatifs, délivrés par les banques d'émission, contre versement de billets de banque ou de billets d'État représentant la valeur du certificat demandé, plus le change, réduit de 0 fr. 25 cent, par 100 francs. Le change à payer serait déterminé par la moyenne du cours des chèques sur l'étranger, dans un certain nombre de bourses italiennes, deux jours avant la délivrance des certificats. Le Gouvernement reconnaissait ainsi lui-même, officiellement, la dépréciation du billet de banque.

Le '26 janvier 1894, un décret suspendait l'application de l'article 12 de la loi du 10 août 1893, aux termes duquel les établissements d'émission étaient tenus de réduire leur circulation des trois quarts de la somme des comptes courants productifs d'intérêt qui dépasserait 130 millions pour la Banque d'Italie, 40 millions pour la Banque de Naples, 12 millions pour la Banque de Sicile.

Le 21 février 1894, un décret autorisait l'émission de bons de caisse de 2 francs pour 60 millions, et la fabrication de pièces de nickel de 20 centimes pour 20 millions.

Un autre décret, de la même date, autorisait le ministre du Trésor à augmenter l'émission des billets d'État jusqu'à concurrence de 800 millions. Sur cette somme, 200 millions devaient être immédiatement remis aux trois banques d'émission en échange d'une égale somme en or, qui aux termes d'un décret du 28 mars suivant devait être immobilisée dans les caisses du Trésor en garantie des billets d'État. Le même décret élevait à 125 millions l'avance ordinaire des trois banques au Trésor.

L*obligation de payer en espèces les billets d'État était suspendue. Les billets des banques devenaient eux-mêmes payables en billets d'État, tant que durerait le cours légal dont les avait investis l'article 4 de la loi du 10 août 1893^ ; au cas de

4. Cet article donnait cours légal aux billets des banques dans les pro-

LE BILLET DE BANQUE A COURS FORCÉ

remboursement en espèces métalliques, les banques pouvaient retenir l'agio d'après le cours du jour à la Bourse la plus voisine^. L'Italie était de nouveau au régime du cours forcé.

De 1892 à 1902, la prime de l'or est permanente. Voici les cours maxima, minima et moyens du change à vue sur France durant ces onze années ^ :

lNNÉES.

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