COTE DES CHANGES
C'est, on le voit, un tableau comprenant quatre colonnes verticales.
La première colonne de gauche contient les noms des places ou des pays sur lesquels sont tirés les effets de commerce ; c'est ce qu'on appelle les devises. La quatrième donne l'indication du taux officiel de l'escompte sur les places étrangères.
Les deux colonnes du milieu reçoivent les cours cotés. Gomment ces cours sont-ils établis ?
Les lettres de change qui sont négociées sur le marché^ sont tirées pour des sommes d'une importance variable et à des échéances diverses. « Je me rappelle, dit M. Léon Say, avoir, il y a onze ou douze ans, passé des heures à regarder des lettres de change et des billets de toute forme et de toutes grandeurs, dont les uns représentaient des millions et les autres des centaines de francs seulement. C'étaient les effets que j'étais chargé d'endosser à l'empire d'Allemagne en paiement de notre indemnité de guerre. Toute Thistoire du commerce de l'Europe me passait pour ainsi dire sous les yeux. Les gros effets représentaient de colossales opérations de crédit et de change... J'ai trouvé dans ces liasses de bien petits effets, jusqu'à des traites tirées par des marchandes de modes de Paris sur de petites boutiques de Londres pour quelques centaines de francs^. » Si les sommes sont diverses^ les échéances sont variées : certains effets ont trois mois et plus à courir; d'autres, quelques jours à peine.
Comment établir des cotes applicables à des marchandises aussi diversifiées ? On a pris des types. C'est ainsi que Ton procède pour toutes les marchandises : pour le froment, par exemple, on cote le blé d'essence tendre pesant 77 kilogrammes nets à l'hectolitre, pour les spiritueux, l'alcool h iiO^s etc.
Effets-types pour les valeurs, — Il fallait d'abord des types de valeur. C'est l'unité monétaire qui les a fournis. Mais quelle unité monétaire a-t-on choisie? car la négociation d'une lettre de change met en présence deux unités monétaires, l'unité nationale et l'unité étrangère : le change est une créance sur l'étranger, payable au dernier porteur en monnaie étrangère, mais cédée à Paris pour un prix en monnaie française.
i. Dix jours dans la Haute-Italie . Paris, F. Aïcan, 1833, p . 22-23.
110 LE MÉCANISME DE LA CIRCULATION
Nous retrouvons ici la distinction du certain et de l'incertain. A Paris, où prévaut le mode de l'incertain, il y a pour chaque place un effet-type, idéal, supposé tiré pour une somme égale à Tunité monétaire étrangère ou à cent unités monétaires étrangères. Par l'exemple, l'effet-type sur Londres est un effet de 1 livre sterling, Teffet-type sur la Hollande est de 100 florins, etc. Les uns et les autres sont cotés eu francs ^.
Il n'était pas rare, autrefois, que la cote s'appliquât à une monnaie distincte de la monnaie réelle et de la monnaie de compte, que l'on appelait monnaie de change. Ainsi on employait l'ancien écu de 3 livres entre Paris et Amsterdam, Paris et Lisbonne, l'écu de 6 francs entre Paris et Milan ; on traitait par 100 livres entre Paris et Baie, par 100 écus entre Paris et Francfort^. Ces unités ont disparu de notre cote avec le mode du certain. Les monnaies de change tendent également à disparaître partout. Pour l'Espagne, cependant, bien que l'unité soit la peseta^, la monnaie de change est demeurée la piastre. Mais cette persistance de la piastre est plutôt nominale. Ce n'est plus l'ancienne piastre que l'on cote, c'est la pièce de 5 pesetas.
Effets-types pour les échéances. — A Paris, jusqu'au 30 avril 1907, deux types d'échéance étaient usités : le type à trois mois et le type à vue. Mais chaque devise n'était cotée que sous un seul type. C'est pourquoi la cote se divisait en deux compartiments : valeurs se négociant à trois mois ; valeurs se négociant à vue.
Depuis le l®*" mai 1907, cette distinction a disparu de la cote. Pour toutes les devises, l'effet coté est un effet supposé à vue.
Le prix des effets négociés, lorsqu'ils sont à échéance, se calcule en déduisant du cours de l'effet-type l'intérêt de ce cours pour le nombre de jours restant à courir. La règle s'explique d'elle-même. Un effet à 2 mois d'échéance, par exemple, vaut moins que l'effet-type à vue. La différence de valeur est égale à l'escompte pour les deux mois restant à courir.
4. Les fractions de franc ne sont pas exprimées en centimes, mais en i/2, 1/4 et 4/8. Le système duodécimal est préféré à raison de la divisibilité de ses fractions.
2. V., dans Kelly, Le Cambiste univei^sel (1823), t. II, p. 52, la cote des changes pour la France.