‹ La monnaie, le crédit et le changeChapitre 68 sur 258 · OPÉRATIONS DE CHANGE · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS DE CHANGE

étranger, et la négocie. L'opération se fait par voie de remise lorsque le débiteur ou correspondant étranger achète sur sa place du papier tiré sur la place de son créancier ou correspondant^ et le lui envoie. Au premier cas, on tire et Ton vend ; au second cas, on achète et Ton remet. Tirer et vendre, remettre et acheter, sont pris comme synonymes.

Les deux opérations tendent au même résultat, transporter sur une place donnée les disponibilités que Ton possède sur une autre place. C'est le prix comparatif de la remise et de la traite qui, dans chaque cas particulier, fera choisir l'une ou l'autre voie.

L'emploi qui est fait sur la place où on les transporte des disponibilités que l'on possédait sur une autre place, est parfois de très courte durée. Il est des cas où les disponibilités sont rétablies pour ainsi dire instantanément, par une opération inverse, au compte dont elles proviennent. C'est ce qui se produit quand Topération a simplement pour but de bénéficier d'une différence des cours du change entre deux places. La remise ou la traite est alors immédiatement suivie d'une remise ou d'une traite en sens inverse.

IL — Mode d'achat et prix d'une remise. — Généralement le commerçant qui a besoin d'une lettre de change pour faire une remise à l'étranger, n'est pas en mesure d'acheter le papier créé par les commerçants de sa place qui, de leur côté, ont créé des traites et désirent les faire escompter. Tout d'abord, il ne les connaît pas. A la vérité, le Gode de commerce lui offre, dans son article 76, les services d'un intermédiaire, en possession du monopole de la négociation pour le compte d'aiitrui des lettres de change et autres papiers cornmerçables, l'agent de change, grâce auquel il pourrait être mis en rapport avec un tireur ou un endosseur. Mais le commerçant a un autre motif, décisif celui-là, de ne pas rechercher le papier créé par ses confrères. Il trouverait rarement, sur la place, du papier qui fût précisément de la somme exacte qu'il doit.

Dans la pratique, il s'adresse donc à son banquier. Celui-ci, grâce au crédit dont il jouit et aux disponibilités qu'il entre-

LE MECANISME DE LA CIRCULATION

lient chez ses correspondants étrangers, a toute facilité de tirer sur ceux-ci une lettre de change, qu'il créera spécialement pour satisfaire à la demande de son client et qu'il établira, par suite, pour la somme exacte qui lui sera indiquée. Quant au papier tiré sur l'étranger par les commerçants, c'est le banquier qui l'achète ; il s'en sert comme couverture pour ses propres tirages. La fonction de laquelle les agents de change tirent leur nom, leur échappe ainsi complètement ^ Ces officiers ministériels n'interviennent plus aujourd'hui en matière de change que pour Tinscription des cours à la cote officielle.

On peut faire une remise à l'étranger en papier à toutes échéances. C'est le prix de chaque espèce de papier qui déterminera le choix de l'intéressé.

Soit une somme de 100 roubles à payer immédiatement à Saint-Pétersbourg, pour moyens de remise un versement et du papier à 40 jours. Le versement est coté 265 ^/s à 267 ^/g, prix tel quel. Le prix du papier à 40 jours doit être déduit du prix du papier à 3 mois, coté 264 ^/g à 266 ^/g. Le taux de l'escompte à Pétersbourg est de 5 p. Vo. L'effet à 40 jours coûtera à Paris le cours, 264 ^/^ à 266 Vs^ moins l'intérêt du cours, au taux de Pétersbourg, soit 0.55 p. 7o> ou fr. 1.454 pour le cours de 264 ^/a et fr. 1.465 pour le cours de 266 Vs ; le prix sera donc de fr. 262.92 à fr. 264.91 pour 100 roubles. Mais l'effet ne sera accepté comme règlement à Saint-Pétersbourg que sous déduction de l'escompte pour les 40 jours restant à courir, calculé à 5 p. 7o» soit pour roubles 99.45. Si l'on emploie du papier à 40 jours, il faut donc acheter un effet de plus de 100 roubles. Un calcul de proportion en donne le montant : c'est roubles 100.55. Au prix de fr. 262.92 à fr. 264.91, l'effet de roubles 100.55 coûtera fr. 264.36 à fr. 266.37. Il peut donc y avoir avantagea se servir d'un effet à 40 jours plutôt que d'un versement, étant donné les cours cotés et le taux de l'escompte.

IlL — Opérations entre deux places. — Pour dégager l'intérêt qu'il peut y avoir à employer de préférence la voie de traite ,ou la voie de remise, il faut comparer entre elles la cote fran-

i. 11 n'y a pas atteinte au privilège des agents de change, les banquiers négociant les effets pour leur propre compte.

OPÉRATIONS ENTRE DEUX PLACES. 117

çaise et la cote étrangère. Ici deux diflîcultés se présentent : Tune générale, l'autre spéciale aux relations des places qui se donnent réciproquement Tincertain.

Nivellement des cours, — La première difficulté résulte de cette circonstance que les types d'échéance ne sont pas les mêmes sur toutes les places. Pour rendre les cours comparables, il faut donc, avant toute chose, les ramener à une échéance commune, c'est ce que Ton appelle niveler les cours. Le plus simple est de ramener les deux échéances au type à vue. Les cours de Paris sont à vue pour toutcs^Jes^p^ces. Les cours étrangers se ramènent au type à vue en ajoutant l'intérêt si la glace donne l'incertain ou, si elle donne le certain, en décrtn^mt cet intérêt, au taux de la place tirée.

Rapports avec les places gui donnent le certain, — Les cours des places qui donnent le certain à Paris peuvent^ après nivellement, et sans autre préparation, être comparés aux cours de Paris.

Admettons que les cours nivelés de Londres et de Paris soient les suivants.

A Londres, papier sur Paris fr. 25.15

A Paris, papier sur Londres 25.20

On voit du premier coup d'œil que la livre sterling est dans ce cas meilleur marché k Londres qu'à Paris.

Supposons qu'on veuille transporter 1 liv. st. de Paris à Londres. Si l'on fait tirer de Londres sur Paris, la traite sera établie pour fr. 25.15. Si l'on remet à Londres, la remise coûtera fr. 25.20. La voie de la traite est donc préférable.

Supposons qu'on veuille retirer 100 francs de Londres. Si l'on tire sur Londres, la livre sterling se vendant fr. 25.20, la traite devra être de 3 liv. 19 sh. 4 Vs d., pour que la négociation h Paris en produise 100 francs. Si l'on remet de Londres à Paris, 1 liv. st. valant fr. 25.15 payables à Paris, la remise de 100 francs coûtera 3 liv. 19 sh. 6 Va d. Elle sera donc plus chère que la traite.

Ainsi, quand le cours du papier sur Paris à Londres est inférieur au cours du papier sur Londres à Paris, il vaut mieux tirer que remettre, qu'il s'agisse de transporter le capital de Paris à Londres ou de Londres à Paris.

il8

LE MÉCANISME DE LA CIRCULATION

Inversement, lorsque la livre sterling est plus chère à Londres qu'à Paris, la remise est moins coûteuse que la traite, que Ton veuille transporter du capital de Paris à Londres ou de Londres à Paris.

Rappo7^ts entre placer qui se donnent V incertain. — Ici, les expressions monétaires étant différentes, le sens de l'écart n'apparaît pas aussi facilement.

Supposez que les cours nivelés à Amsterdam et à Paris, soient :

A Amsterdam, pour le papier sur Paris florins 47.84

A Paris, pour le papier sur Amsterdam francs 209.30

Lequel des deux est le meilleur marché ? C'est le calcul de la parité qui l'apprendra.

On a vu que la parité est la valeur de la monnaie nationale sur une place étrangère, en fonction du cours de la monnaie étrangère sur la place nationale. Pour prendre un exemple, le problème se ramène aux termes suivants : étant donné que le florin des Pays-Bas se vend à Paris fr. 2.093, combien de florins le franc représente-t-il à Amsterdam? La solution s'obtient, on le sait, en divisant l'unité par le cours du florin à Paris. Le quotient, flC>4.777, est la parité.

Le problème qui se pose à propos des changes est identique, à cette difl'érence près que l'on traite sur 100 unités monétaires. Si 100 florins valent à Paris fr. 209.30, combien de florins 100 francs représentent-ils à Amsterdam ?

L'opération revient à diviser par le cours de Tune des places un nombre fixe, 10,000, qui est le produit de 100 unités monétaires françaises par 100 unités monétaires étrangères.

La parité à Amsterdam du cours de 209.30 pratiqué à Paris est donc 47.78. D'autre part, le cours du Paris à Amsterdam est 47.84. On voit qu'ici la voie de remise serait plus onéreuse que la voie de traite. Il en coûterait 47.84 florins par 100 francs de remettre sur Paris. La traite tirée par Paris sera établie, au contraire, au change de 47.78 florins. Le cours est plus cher que la parité. Il vaut mieux payer la parité que le cours.

OPÉRATIONS ENTRE DEUX PLACES

On peut prendre Thypothèse opposée.

A Amsterdam, le Paris est à A Paris, TAmsterdam est à.

La parité du cours de 208 est 48.07. Le cours étant 47, la parité est plus chère. Il vaut mieux payer le cours que la parité, remettre que tirer.

On a indiqué^ une méthode assez simple pour reconnaître rapidement si le cours est plus cher ou meilleur marché que la parité.

Dans le premier exemple ci-dessus, le produit des deux cours 209.30 X 47.84 donne 10,012.91. Il est donc supérieur au nombre 10,000, produit des 100 unités françaises par les 100 unités étrangères prises comme bases. Dans le second exemple, le produit des cours 208 X 47 donne 9,776. Il est donc inférieur au produit des bases. Il est naturel qu'au premier cas la parité soit inférieure au cours, puisque la parité est le quotient de l^^l^^^^ , et que, dans le second cas, la parité soit supérieure au cours, puisqu'elle est le quotient de ^^J^^^ .

On en déduit cette règle. Lorsque le produit des cours est supérieur au produit des bases, la parité est moins chère que le cours et il vaut mieux faire traite. Lorsque le produit des cours est inférieur au produit des bases, la parité est plus chère que le cours et il vaut mieux remettre.

Arbitrage sur la différence des cours, — Gomme il a été dit plus haut, l'arbitragiste qui cherche à réaliser un bénéfice sur la différence des cours pratiqués sur deux places, combine deux remises ou deux traites en sens inverse. Dans quel cas, procédera-t-il par la voie des remises? Dans quel cas, parla voie des traites!;

Supposons que la livre sterling vaille fr. 25.15 à Londres et fr. 25.20 à Paris (cours nivelés). On a déjà vu qu'en paretUcas, la voie de la traite est préférable, dans l'un et l'autre sens, -à la voie de la remise. La voie de la double traite sera donc choisie. L'arbitragiste français tirera sur son correspondant de Londres une traite de 1 liv. st. qu'il négociera pour fr. 25.20 à Paris. Le correspondant de Londres se couvrira par une traite de fr. 25.15,

i. Lefèvre. op, cit.

LE MÉCANISME DE LA CIRCULATION

dont la négociation lui donnera précisément 1 liv. st. La différence de fr. 0.05 par livre est le produit brut de l'opération.

La voie de la double remise ne pourrait pas être employée en pareille hypothèse. En effets avec la livre sterling dont la remise coûterait fr. 25.20 à Tarbitragiste français, le correspondant de Londres ne pourrait acheter et envoyer à Paris qu'une remise de fr. 25. 15, C'est dans le cas où la livre sterling serait plus chère à Londres qu'à Paris que l'opération devrait se faire par double remise.

Voici un autre exemple pris dans les rapports entre places qui se donnent l'incertain. Supposons qu'après nivellement le cours du papier sur Paris ressorte à Amsterdam afl. 47. 8i et le cours du papier sur Amsterdam à Paris à fr. 209.30. Les parités sont fl. 47.78 et fr. 209. I|3ft inférieures aux cours. Ici encore, la voie de la traite est préférable, dans les deux sens, à la voie de la remise. L'arbitragiste réalisera le bénéfice sur la différence des cours par le moyen de la double traite. Il tirera sur son correspondant d'Amsterdam une traite de 100 florins, dont la négociation à Paris lui donnera fr. 209.30. Le correspondant d'Amsterdam se couvrira par une traite sur Paris, telle que sa négociation à Amsterdam, au cours de fl. 47.84, lui procure 100 florins; cette traite devra donc être de fr. 209.03. La différence entre les deux traites de fr. 209.30 et de fr. 209.03, soit fr. 0.27, constitue le bénéfice brut de l'opération.

Si les parités, au lieu d'être moindres que les cours, étaient plus élevées, c'est par la voie delà double remise qu'il conviendrait de procéder.

On remarquera que, dans les exemples qui viennent d'être donnés, la différence entre le produit des deux traites indique seulement le bénéfice brut. Il faut en déJiuire les frais d'envoi, pertes d'intérêts, charges fiscales et commissions au correspondant.

Opéi^ations sur métaux précieux. — Ces opérations sont déterminées par les prix du kilogramme d'or sur les deux places, combinés avec les cours du change sur l'une ou sur l'autre, c'est-à-dire avec le prix pour lequel il peut être fait remise par la place qui achète le métal, ou traite par la place qui le vend.

OPÉRATIONS ENTRE DEUX PLACES

On prendra ici, comme base et comme point de départ des calculs, des conjointes dans la composition desquelles on fera entrer les prix du kilogramme d'or en barres ou monnayé au tarif des grandes Banques^.

Par exemple, dans les rapports entre Paris et Berlin, en supposant que Ton opère sur du métal non monnayé, ces conjointes, que Ton peut appeler fondamentales, mettront en œuvre, comme prix du métal en barres à Paris fr. 3,437, à Berlin mark 1,392.

Les questions ci-après seront ensuite posées :

1^ Etant donné que Berlin vend à Paris, au prix de fr. 3,437 par kg. de fin, de l'or acheté mark 1,392 par livre de fin, à quel cours Berlin devra-t-ij négocier la traite sur Paris représentant le prix de la vente ?

81 mark est la parité exacte des prix supposés d'achat et de vente du métal. Autrement dit, la traite étant négociée à raison de 81 mark par 100 francs^ il n'y aura ni gain, ni perte. Le bénéfice — un bénéfice brut — ne commence que si la traite est négociée pour plus de 81 mark pour 100 francs, c'est-à-dire si le change dépasse le pair.

Admettons que le prix du métal h Berlin s'élève au-dessus de 1,392 mark, le dividende étant plus élevé dans la formule cidessus, le quotient sera plus fort. La valeur de x sera supérieure à 81 mark. Elle atteindra, par exemple, 81.17 mark, si le prix du métal est de 1,395 mark. Pour que l'opération laisse un bénéfice brut, il faudra que le change monte au-dessus de 81.17 mark.

Supposons que le prix du métal à Paris soit supérieur h 3,437 francs, le diviseur étant plus fort, le quotient sera plus faible. La valeur de x descendra au-dessous du pair, à 80.92, par exemple, si le prix de l'or à Paris est de 3,440.43. Mais en pareil cas, Paris n'achèterait probablement pas à Berlin, le

1. Cf. Kaufîiïiann, BanknoteSy monnaies et arbitrages^ Paris, 1908.

X mark = 100 francs 3,437 francs = 1,000 grammes or fin 500 grammes or fin = 4,392 mark

LE MÉCANISME DE LA CIRCULATION

prix d'achat dépassant le tarif de la Banque de France, c'est-àdire le prix que l'importateur du métal pourrait en obtenir par la vente à la Banque. L'opération se ferait [en sens inverse, Paris étant vendeur et Berlin acheteur. 80.92 mark ne serait pas le cours de négociation minimum de la traite tirée sur Paris par Berlin créancier du prix du métal, mais le cours maximum de la remise envoyée à Paris par Berlin débiteur.

2** La formule ci-dessus analysée indique le prix minimum auquel Berlin doit pouvoir tirer sur Paris, s'il vend à Paris pour 3,437 francs le kg. l'or acheté 1,392 mark la livre. Voici la formule applicable au cas où Paris acheteur couvre Berlin par une remise :

Étant donné que Berlin vend à Paris, au prix de fr. 3,437 par kg. de fin, de Tor acheté mark 1,392 par livre de fin, quel est le cours maximum auquel Paris devra pouvoir établir la remise sur Berlin représentant le prix de vente?

a; francs = 100 mark 1,392 mark = 500 grammes or fin 1,000 grammes or fin = 3,437 francs

123.455 francs est la parité des prix de vente et d'achat du métal au moyen desquels est formée la conjointe. Autrement dit, la remise coûtant fr. 123.455, il n'y aura ni gain, ni perte. Le bénéfice — un bénéfice brut — commence si la remise coûte moins de fr. 123.455 par 100 mark, c'est-à-dire si le change est au-dessous du pair.

Si le prix de l'or à Berlin s'élève à 1,395 mark, le diviseur de la formule ci-dessus étant plus fort, le quotient sera plus faible. L'opération ne laissera un bénéfice que si la remise de Paris coûte moins de fr. 123.19.

Si le prix du métal à Paris s'élève à 3.440.43, la valeur de x s'élèvera à 123.58. Mais, pour le motif indiqué déjà, en pareil cas Paris vendra le métal au lieu de l'acheter. 123. 58 francs ne sera pas le prix maximum de la remise envoyée par Paris débiteur à Berlin créancier du prix du métal, mais le cours minimum de négociation de la traite tirée sur Berlin par Paris créancier.

Page 1