V. infra, IÎI« partie, chap. ii (v et vi
MONNAIES SECONDAIRES
Le billet de banque peut, on le voit, lorsque les circonstances le haussent au rôle de monnaie-étalon, soutenir de son crédit la valeur des monnaies métalliques secondaires. Quand il n'est lui-même que monnaie secondaire, sa valeur, comme celle des monnaies secondaires métalliques, est purement représentative. Il n'est pas autre chose que le titre d'une créance d'espèces monnayées souscrite par une banque ou par le gouvernement. Sa valeur est nécessairement influencée par la valeur particulière des unités qui sont l'objet de la promesse de payer: unités d'or te]V s que le franc, la livre sterling, le dollar, le mark; unités d'argent comme la piastre de l'Indochine.
La différence peut être considérable entre la valeur représentative et la valeur métallique des monnaies secondaires. Pour notre pièce de 5 francs, elle est de 55 p. ^'/o de la valeur nominale lorsque l'argent fin vaut 100 francs le kilogramme. Au même cours, l'écart est de 57 p. 7o pour les autres pièces d'argent françaises. 11 atteint 90 p. ^/o pour nos pièces de bronze ou de nickel, en admettant les prix au kilogramme de 4 francs pour le nickel et de 1 franc pour le bronze. Voici le même calcul pour un pays dont la monnaie principale est le billet. En Espagne, lorsque la prime de l'or était à 31 p. Vo le prix de l'argent fin à 100 francs, la peseta de papier et la peseta d'argent équivalaient repectivement aux 76 centièmes et aux 45 centièmes d'une peseta d'or; la différence représente 40 p. de la valeur fiduciaire pour laquelle s'échangeait la peseta d'argent.
Quelle est la cause de ces plus-values? Comment se fait-il que les monnaies secondaires soient acceptées pour une valeur conventionnelle, dérivée de celle de la monnaie principale? — C'est une question de confiance. Le public fait crédit aux banques et à l'État en se servant de leurs billets. 11 fait également crédit au gouvernement en recevant les monnaies secondaires d'argent, de nickel, de bronze. Celles-ci sont en quelque sorte des billets métalliques. On les accepte parce qu'elles sont reçues dans les caisses publiques en paiement des impôts et de toutes autres dettes envers l'État, de même que l'on prend le papier créé par les banques ou par l'État parce qu'il constitue le titre
DES CAUSES DE LA VALEUR DSS MONNAIES
d'une créance remboursable et un moyen de libération vis à- vis de rétablissement ou du Trésor qui l'a émis.
La confiance du public est une circonstance essentielle de la circulation au pair des monnaies secondaires. On peut se demander si elle est le seul élément de leur valeur. Le crédit de rÉlat ou des banques étant supposé entier, l'équilibre de l'offre et de la demande n'est-il pas encore nécessaire pour que les monnaies secondaires soient prises à leur valeur nominale? Une monnaie dont le public ne trouverait pas l'emploi ne serait-elle pas, comme toute autre marchandise, sujette à dépréciation?
On remarquera, tout d'abord que la circulation des monnaies secondaires tend à se réduire d'elle-même à la mesure des besoins, quand ceux-ci viennent à diminuer : les espèces en surnombre sont apportées dans les caisses publiques, les billets devenus inutiles sont présentés au remboursement. Un excès de l'offre ne serait possible que si le Trésor, de son côté, effectuait ses paiements en monnaies secondaires ou si l'obligation de rembourser les billets en numéraire était suspendue. Le résultat de semblables mesures est sans doute de déprécier la monnaie secondaire, mais cette dépréciation provoque l'exportation de la monnaie principale. Quand celle-ci a disparu, les monnaies secondaires la remplacent et prennent forcément le rôle d'étalon. Le défaut d'équivalence entre les quantités offertes et les quantités demandées ne peut donc influer sur la valeur des espèces et des billets qui remplissent la fonction de monnaies secondaires qu'au moment même où elles cessent d'être des monnaies secondaires. Il n'y a pas lieu de se demander, dès lors, si elles conservent la valeur nominale qui en faisait l'exacte représentation des anciennes monnaies principales, puisqu'elles sont devenues elle-mêmes les monnaies principales. La question de savoir si l'équilibre de l'offre et de la demande est nécessaire pour que les monnaies secondaires soient prises à leur valeur nominale est, on le voit, dépourvue de portée pratique.
L'exacte adaptation des quantités offertes aux quantités demandées n'en présente pas moins pour les monnaies secondaires une extrême importance, puisque les erreurs commises
MONNAIES SEGONDAIHES.
à ce sujet peuvent aboutir ii Texportation de la monnaie principale et à son remplacement par des moyens de paiement dépréciés. Il y a donc im grand intérêt à examiner les conditions de l'offre et de la demande de ces monnaies.
Pour les billets, l^offre est sous la dépendance de la faculté d'émission et des présentations au remboursement. La première permet de subvenir aux demandes; les secondes amènent la rentrée et l'annulation des billets qui excèdent les besoins de la circulation. La faculté d'émission est généralement limitée; on se plaint même, en divers pays, des entraves législatives qui empêchent l'émission de suivre d'assez près l'augmentation de la demande La surabondance de l'offre qui iiésulterait d'une émission excessive^ ne saurait au surplus être de longue durée ; en effet, lorsqu'il remplit Tofflce de monnaie secondaire, le billet est toujours remboursable -^. On voit que pour les billets, considérés en tant que monnaie secondaire, l'équilibre de l'offre et de la demande s'établit sans difficulté.
En ce qui concerne les monnaies métalliques, les quantités offertes ne sont pas autre chose que les pièces existantes.
Il ne dépend pas des particuliers d'en augmenter le stock, la fabrication des pièces dont la valeur légale excède la valeur métallique ne pouvant avoir lieu pour compte privé ^. Le gouvernement a donc la charge de régler la production monétaire, en ayant égard aux quantités demandées. Ces quantités ne sont pas aisées à prévoir. Elles sont sujettes à varier beaucoup d'un territoire à un autre, selon le degré de richesse, les habitudes des populations.
Certaines législations laissent plein pouvoir au gouvernement de fixer les sommes auxquelles peut s'élever vraisemblablement la demande des espèces à cours limité. Tel est le cas de l'Angleterre. Ailleurs, on a fixé empiriquement des maxima. Ainsi la dernière convention de l'Union latine (4 novembre 1908) limite à 16 francs par tête d'habitant les sommes de monnaies divisionnaires d'argent qui peuvent être frappées par chacun