MONNAIES-ÉTALON
Loin de l'égaler de la sorte à la monnaie métallique, elle déprécie cette dernière ^ En pareil cas, le numéraire disparaît du pays où sa valeur est méconnue, et passe sur les marchés étrangers qui lui attribuent son vrai prix. L'avilissement légal, qui le chasse, fait de même obstacle à sa réimportation. Le billet prend donc sa place et devient la monnaie principale, celle dont disposent les débiteurs et sur laquelle se règlent nécessairement les prix. Il y a de nombreux exemples de ce mode d'éviction de l'étalon métallique par l'étalon fiduciaire. Ceux de l'Angleterre à la fin du xviii° [siècle et au début du xix'' et, dans le courant de ce dernier siècle, ceux des États-Unis, de l'Italie, de l'Autriche-IIongrie, de la Russie, sont caractéristiques
L'exportation de la monnaie métallique, au lieu d'être la conséquence de la dépréciation du billet, peut précéder celle-ci et en être l'origine. C'est ce qui s'est produit dans nos colonies des Antilles et de la Réunion. La richesse annuellement créée ayant cessé, par suite des crises sucrières, de suffire à balancer les consommations de marchandises importées, il a bien fallu y employer les produits anciens incorporés dans la monnaie. Quand les capitaux métalliques ont ainsi commencé d'être exportés, on aurait pu laisser la hausse du taux de l'escompte exercer son influence madératrice sur le commerce et sur les consommations et rappeler les capitaux eux-mêmes par l'attrait d'un loyer rémunérateur. Les facultés d'importation que la crise sucrière tendait à restreindre ont été, au contraire, soutenues dans beaucoup de cas à l'aide des ressources que procure aux banques l'émission des billets. Le numéraire a donc continué d'être exporté, tandis que le billet, dont le remboursement devenait incertain, se dépréciait. On a voulu alors opposer à la sortie de la monnaie métallique un obstacle matériel : on l'a retirée de la circulation, mise en dépôt au Trésor et remplacée par des bons de caisse, qui, n'ayant pas cours dans le métropole, sont inexportables. Un peu de numéraire a donc été conservé dans la colonie. Mais il n'est pas moins indisponible que
1. Cf. p. Leroy-Beauheu, Traité théorique et pratique d*écono7nie politique, t. m, p. 568. Paris. F. Alcan.
iâ, V. infra, III» partie, chap. n.
DES CAUSES DE LA VALEUU DES MONNAIES
s'il avait été exporté. Le résuUat ne pouvait être qu'équivalent; dans chacune des trois colonies, le billet de la Banque est devenu la monnaie principale. Ce billet est déprécié, car il n'est payable qu'en bons de caisse, lesquels ne sont pas payables en numéraire; sa dépréciation, qui maintenant fait obstacle à l'entrée des monnaies métalliques, a été causée par leur exportation.
L'exportation du métal qui joue le rôle d'étalon international peut aussi avoir pour origine, dans un pays à système bimétallique, une fabrication trop abondante du métal tombé audessous du pair légal.
En France, le jeu de la frappe libre a produit plusieurs fois ce résultat, au cours du dernier siècle. Mais, en pareil cas, co n'est pas le billet de la Banque de France qui se substituait au métal exporté, c'est l'autre métal, celui dont la loi monétaire, en le surévaluant, provoquait Fimportalion et le monnayage. C'est ainsi que, de 18:20 à 1850, l'argent a remplacé l'or et qu'à Tinversc après 1850, Tor a évincé l'argent. L'étalon est donc demeuré métallique et le billet n'a pas cessé d'être une monnaie secondaire^.
De nos jours, le monnayage de l'argent déprécié, continué ^ presque sans interruption de 1870 à 1899 ^, a été en Espagne l'origine de l'exportation de l'or. Mais le métal blanc n'y a pas conservé le rôle d'étalon. L'unité monétaire espagnole est la peseta de papier : la peseta d'argent a été réduite au rôle de monnaie subordonnée. Que le billet de banque soit devenu l'étalon aux lieu et place des espèces d'argent, c'est ce que montre le taux de la prime de l'or, au moyen de quoi se note le cours du change espagnol, car ce taux ne correspond en aucune façon au degré de dépréciation de Targent : si la peseta n'est pas au pair de l'or, sa valeur de change n'en est pas moins supérieure à la valeur du poids d'argent de la pièce de 1 peseta. Celle-ci n'est donc pas l'unité monétaire. L'étalon est