‹ La monnaie, le crédit et le changeChapitre 91 sur 258 · V. infra, IRc partie, chap. h (v et vi · texte numérisé non relu

V. infra, IRc partie, chap. h (v et vi

^00 DES GAU5ES DE LA VALEUU DES MONNAIES

L'étalon fiduciaire est toujours déprécié ; dès que cesse, en efTet, la moins- value du billet^ le numéraire rentre et l'étalon ne tarde pas à redevenir métallique. Cette dépréciation de l'unité fiduciaire a pour contre-partie la hausse des prix. La prime du métal atteste la baisse de la valeur de change ; renchérissement général des marchandises et des services témoigne de la diminution du pouvoir d'achat du papier dans la circulation intérieure.

La baisse de la valeur de change ou, ce qui est la même chose^ la hausse de For en monnaie de change, se conçoit aisément, Tor étranger et le billet national étant nécessairement comparés Tun à Tautre dans les liquidations extérieures. On ne voit pas aussi clairement, du moins de prime abord, pourquoi le pouvoir d'achat du billet en toutes autres marchandises est également diminué. Cependant il est hors de doute que la dépréciation du papier, qui se manifeste en premier lieu par la hausse de l'or étranger, se traduit ensuite, après un laps de temps plus ou moins long, par la hausse générale des prix intérieurs. Toutes les marchandises enchérissent successivement, suivant un ordre maintes fois remarqué. Le mouvement commence par les produits d'importation, dont le prix est majoré de la perte au change supportée par l'acheteur. Il s'étend des marchandises étrangères aux marchandises nationales similaires, puis gagne de proche en proche, jusqu'au jour où renchérissement est général, comme si les prix en papier se fixaient par comparaison avec des prix en or qui seraient sous-entendus. Il est remarquable que cette relation entre l'or étranger et l'unité fiduciaire nationale à l'occasion de l'emploi de celle-ci dans les échanges intérieurs, apparaisse non seulement dans les pays dont l'or était précédemment l'étalon particulier, mais même dans ceux où l'étalon métallique antérieur était l'argent, ainsi qu'on l'a constaté pour l'Autriche- Hongrie, pour la Russie, pour l'Espagne. On voit ainsi se dégager la notion d'un étalon international, commun à un certain groupe de peuples unis par d'étroites relations commerciales, et sur lequel les prix se règlent dans les pays dépourvus de circulation métallique comme dans ceux dont le régime monétrire est normal.

ÉTALON FIDUCIAIRE

Deux circonstances accompagnent la dépréciation du billet et concourent l'une et l'autre à la provoquer ^ Ce sont l'inconvcrtibilité survenue ou appréhendée, et une émission trop abondante.

L^inconvertibijité actuelle ou prévue est la cause capitale delà dépréciation du billet. Une promesse de payer — et le billet n'est pas autre chose — ne peut avoir qu'une valeur diminuée q land le paiement dans les conditions convenues a cessé ou paraît devoir prochainement cesser d'être possible^, pour un laps de temps dont la durée échappe aux prévisions.

C'est ordinairement la monnaie dans laquelle le billet a été souscrit, qui manque à l'Etat ou aux banques pour rembourser à vue. La moins-value de billet survient dès qu'il est manifeste que les engagements pris ne seront pas tenus. Le plus souvent, un acte gouvernemental proclame l'impuissance du souscripteur, en décrétant le cours forcé. Cette façon de rendre légale la violation des contrats ajoute généralement au discrédit du billet.

La dépréciation du billet n'est pas toujours la sanction d'un manquement aux engagements pris lors de l'émission. Ainsi le billet de la Banque d'Espagne subit une perte. Il n'a cependant pas cours forcé. La Banque le rembourse en espèces métalliques. Mais libre de payer en or ou en argent, elle paie en argent. Le billet n'est donc pas effectivement payé au moyen du métal qui est l'étalon commun des peuples européens, l'or. C'est la cause de sa dépréciation. On peut juger par là combien le Trésor des États-Unis a été avisé en n'usant pas, dans la période difficile qui suivit le Sherman Act, de la faculté de rembourser en argent les Treasury Notes de 1890. En n'hésitant pas à payer invariablement en or des billets payables à son gré en or ou en argent^, le Secrétaire du Trésor les a préservés d'une altération de valeur qui aurait pu se communiquer à tout

\, Ci", infra, partie, eliap. ii.

2. A plus forte raison le billet est-il déprécié lorsqu'il n'a jamais été convertible en espèces, comme les assignats de la Révolution. A vrai dire, selon la remarque de M. Levasseur, ce un papier qui n'a pas d'autre gag^e qu'un immeuble n'est pas une monnaie ». {Histoire des classes ouvrières et de Vindiistrie en France de 1786 à 1870. Paris, Rousseau, 1903, 2o édiW t. I, p. 233.)

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