Y. infra, II« partie, chap. vi
i08 DES CAUSES DE LA VALEUR DES MONNAIES.
le papier d'État. On objectera peut-être que les billets de la Banque de France, qui ne sont pas toujours remboursés en or, circulent néanmoins au pair. Le cas est bien différent. L'abondance de Tor dans la circulation française est telle que la Banque de France ne peut pas être exposée à de grandes demandes de ce métal. Se produiraient-elles, la puissance de ses réserves lui permettrait d'y faire face et de suivre résolument la politique de remboursement en or dont les États-Unis ont donné Texemple. Le public en est convaincu ; cela suffît pour maintenir le billel au pair. Au contraire, le billet espagnol fait une perte parce que le public ne croit pas qu'il puisse être remboursé en or.
La surabondance de l'émission, si l'on entend par là une disproportion entre la circulation fiduciaire et le stock métallique, entre les promesses de payer et les moyens de paiement, agit comme menace d'inconvertibilité ^. C'est par quoi elle influe sur la valeur du billet. Cette cause de dépréciation se confond en réalité avec la première. La disproportion peut résulter d'ailleurs, aussi bien que d'un excès d'émission, d'une réduction dansles disponibilités métalliques. Pour se borner aux exemples précédemment rappelés, il y a eu exagération de l'émission, en Angleterre, aux États-Unis, en Italie, et, au contraire, appauvrissement du stock métallique dans nos colonies des Antilles et de la Réunion.
La surabondance du billet peut encore se comprendre par comparaison avec le volume des transactions à elfectuer. Elle constitue alors une cause distincte de dépréciation. Pour en mesurer l'influence, il est indispensable de préciser le cas ovi le billet peut être plus offert que demandé. On n'aperçoit pas très bien de prime abord comment l'émission est susceptible de se développer s'il ne se produit pas un développement dans les affaires. Comment les billets entrent-ils dans la circulation en quantité plus grande s'il n'y a pas une augmentation des demandes d'escompte ou d'avances? Quand la Banque d'An-
1. La disproportion entre la circulation des billets et les disponibilités métalliques a été Tune des causes de la chute du système de Law. On sait que pour rétablir l'équilibre entre le métal et le papier, Law provoqua les mesures les plus étranges et les plus violentes contre l'usage des monnaies. Cf. Levasseur, Rechei^ches historiques sur le système de Lav:, Paris, F. Alcan, 1854, p. 107,196, 219.
ÉTALON FIDUCIAIRE
gleterre, au début des guerres de la Révolution française, émettait plus de billets, c'est que le chiffre de ses avances au Trésor grossissait et qu'elle avait à pourvoir tout à la fois aux besoins généraux du commerce et aux nécessités que créaient les opérations du gouvernement. De même chaque greenback émis par le Trésor des Etats-Unis^ chaque billet créé en Italie par le Trésor ou parle Consorzio des banques, l'était pour un emploi déterminé^. Il y a, au moment de l'émission, équilibre entre l'offre et la demande. C'est après l'émission que le papier peut devenir surabondant, lorsque sont exécutées les opérations en vue desquelles il avait été créé. Quand le papier est remboursable, toute réduction du volume des échanges amène un resserrement de la circulation : les billets devenus momentanément inutiles refluent vers les banques. Au contraire, le papier inconvertible demeure dans la circulation, bien qu'il n'y trouve plus d'emploi. La loi générale d'équilibre de l'offre et de la demande entre alors enjeu; l'équivalence de la somme des émissions et de celle des produits à échanger s'établit par une diminution de la valeur du papier.
Toutefois, il ne faut pas oublier qu'au moment où se manifeste la surabondance du billet relativement au volume des échanges, son pouvoir d'achat est, le plus souvent, déjà diminué. L'inconvertibilité, d'oii procède l'excès de l'offre sur la demande, a produit, avant toute autre cause, la dépréciation; elle en est la cause initiale. Elle est aussi la cause prépondérante. Sans doute l'importance de la moins-value dépend, pour partie, de l'intensité comparative de l'offre et de la demande ; elle sera plus grande si les existences sont très supérieures aux besoins, plus faible si les valeurs créées sont facilement absorbées par la circulation. Mais il y a une valeur limite que le billet n'excède guère quels que soient les besoins momentanés de récliange, et au-dessous de laquelle il ne descend pas beaucoup au cas de ralentissement des transactions : c'est la valeur que lui assigne l'opinion qui prévaut dans le public au sujet de la possibilité l'un retour aux paiements métalliques'-.