Y. supra y chap. ii
ÉTALON MÉTALLIQUE
spécialement les métaux précieux, il y a un exemple classique de ces inégalités : sur les lieux de production, ils achètent moins de marchandises que partout ailleurs. Il n'en existe pas moins une tendance vers un niveau commun universel. L'or et l'argent s'éloignent des pays où ils sont moins appréciés, et se dirigent vers ceux où ils sont prisés plus haut. Ces migrations diminuent TolTre là où elle était plus grande, l'accroissent là où elle était plus petite et finissent par rendre égales en tous lieux l'abondance ou la rareté de l'or et de l'argent.
Les métaux précieux ont eu, de tous temps, un marché international, sinon universel, et un prix commun à beaucoup de pays, parce que leur grande valeur pour un poids etun volume faibles en a toujours rendu le déplacement relativement facile et peu coûteux. Depuis la transformation des moyens de transport par l'application de la T^aleur, tous les produits de grande consommation, céréales, denrées coloniales, métaux industriels, sont dans le même cas. On doit même noter que, pour ces dernières marchandises, le nivellement des prix est beaucoup plus rapide que pour l'or et pour l'argent. On voit les cours s'égaliser dès que le blé, le sucre, le café, le cuivre, l'étain, etc., sont parvenvis sur le marché où ils étaient plus rares, et parfois aussitôt qu'ils ont été vendus par le pays où ils étaient en excédent. Au contraire, il peut s'écouler beaucoup de temps avant que soient complètement réalisées la hausse ou la baisse générale des prix, signes de la dépréciation ou de renchérissement du métal-étalon. C'est graduellement, par avancements successifs, que la répercussion des cliangements survenus dans la valeur du numéraire s'étend à tous les prix.
La vitesse de propagation de la hausse ou de la baisse est plus ou moins grande selon les pays ; dans un même territoire, elle varie selon les marchandises ou les services. Les transactions internationales — opérations sur les grands produits agricoles et industriels, arbitrages sur les changes et les valeurs de bourse, etc. — sont affectées les premières. L'inégale puissance d'acquisition des étalons nationaux est l'un des éléments nécessaires des combinaisons sur lesquelles reposent ces affaire:-. On ne manque pas d'en tenir compte, d'une manière distincte.
DES CAUSES DE LA VALEUR DES MONNAIES
quand la différence est connue et peut être chiffrée, ce qui arrive pour les opérations qui se traitent entre pays dont Tun possède, par exemple, l'étalon d'or et l'autre l'étalon d'argent ou de papier. Entre pays pourvus d'un même étalon, la différence n'est pas apparente, elle est comprise dans l'écart total entre les prix de la marchandise sur l'une et l'autre place ; mais, pour être masquée, elle n'en agit pas moins dans Je sens de la hausse ou de la baisse des prix, selon que le métal tend à se déprécier ou à enchérir. Peu à peu, les unes après les autres, toutes les catégories de producteurs et de consommateurs prennent conscience du nouvel état de choses. Il serait excessif de dire que chacun se préoccupe de proportionner à la valeur réelle du métal les prix qu'il réclame ou qu'il consent à payer ; ce qui est exact, c'est que vendeurs et acheteurs aperçoivent sans en chercher la cause, que les prix tendent à la cherté ou au bon marché; les uns ou les autres suivent la tendance. L'impulsion donnée se communique de proche en proche. Chacun payant plus cher les produits qu'il consomme réclame un plus haut prix pour sa propre production. En sens inverse, les vendeurs sont enclins à se montrer plus accommodants, et ils y sont d'ordinaire forcés par la concurrence, lorsque leurs propres consommations deviennent moins coûteuses. Les prix s'acheminent ainsi vers un niveau général qui est semblable dans tous les pays, autant du moins que le permettent les circonstances de la production et de la consommation nationales, et qui est déterminé par les conditions générales de l'offre et de la demande des métaux précieux dans le monde entier.
La frappe du métal-étalon n'est pas libre. — C'est la liberté delà frappe qui lie la valeur des monnaies à celle des métaux précieux. Quand les particuliers ne sont pas autorisés à faire monnayer le métal-étalon, cette dépendance cesse et les espèces peuvent acquérir une plus-value notable et permanente sur leur parité métallique.
Un cas très simple et très caractéristique est celui de la sapèque. Celte petite monnaie, dont la matière est en Chine le cuivre ou le bronze, en Indochine parfois le cuivre et surtout
ÉTALON MlixALLTQUE.
le zinc^ n'est pas, comme on le croit souvent, une monnaie secondaire, division du taël ou de la piastre. C'est en réalité une monnaie principale^ circulant côte à côte avec l'argent et s'échangeant contre ce dernier, non d'après un rapport légal et fixe, mais selon les cours variables pratiqués dans le commerce.
La fabrication des sapèques est réservée au gouvernement. Pour nous borner à l'Indochine, rémission de cette monnaie a presque entièrement cessé depuis l'établissement du protectorat français. Quelques tentatives ont été faites pour ouvrir des sapèqueries , elles n'ont pas duré. Aussi la sapèque va-t-elle se raréfiant de jour en jour, par suite des pertes et des destructions auxquelles la voue la fragilité du métal dont elle est formée ^.
Le pouvoir d'achat de la sapèque de zinc indochinoisc est infime. Il n'a pas dépassé, à de certains moments, le 1/5,400® d'une piastre. A l'époque de notre arrivée en Indochine, il fallait pour acheter 1 piastre 5 ou 6 ligatures, c'est-à-dire 3,000 ou 3,600 sapèques. La piastre valant alors 5 fr. 33 c. au cours, la sapèque représentait moins de 2 millimes. Cette valeur monétaire excédait néanmoins la valeur métallique de la pièce, formée du zinc le plus impur qui se puisse imaginer. D'après un document officiel ^, la sapèque a valu, en 1902, 1/4,800, en 1903, 1/3,600, en 1904, 1/2,400 de piastre. La piastre ayant elle-même augmenté de valeur pendant cette période, renchérissement de la sapèque ne peut être, comme on l'a supposé à d'autres moments, l'indice d'une baisse de la piastre ; il résulte bien de circonstances propres à cette menue monnaie : la réduction croissante des existences, combinée avec une demande qui ne se ralentit pas.
La valeur propre de la roupie indienne est également supérieure à sa valeur métallique depuis que les Monnaies de Bombay et de Calcutta ont été fermées aux apports des particuliers.
1. La Monnaie de Paris a frappé une pièce analop^ue à la sapèque, mais faite de zinc pur et valant 1/600 de piastre. V. infy^a^ II» partie, chap. VII.
2. Gouvernement général de V Indo-Chine^ Bulletin économique publié par la Direction de V agriculture et du commerce, janvier 1905. Rappport de la commission de la sapèaue (II. Brenier), Imp. F. -II. Schneider, Hanoï,
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DES CAUSES DE LA VALEUR DES MONNAIES
Mais tandis que la sapèque annamite n'a pas de change fixe en monnaie de piastre, il existe un pair de la roupie en monnaie sterling et, réciproquement, un pair du souverain en roupies: i roupie = 16 pence ; 1 souverain == 15 roupies.
On a comparé le cas de la roupie à ceux du dollar d'argent des États-Unis et de la pièce de o francs de l'Union latine. C'est négliger la circonstance essentielle qui différencie la situation de rinde de celles de la France et des États-Unis ; le fond de la circulation de ces derniers pays est l'or, tandis que la monnais principale de l'Inde est Targent ^ Le dollar et la pièce de 5 francs sont des monnaies secondaires, qui représentent une monnaie principale d'or. La roupie, qui est d'argent, ne peut emprunter de plus-value à une monnaie d'or principale, car elle est elle-même la monnaie principale, la monnaie-étalon de l'Inde.
Pourquoi donc la roupie vaut-elle réellement 16 d.? C'est qu'à ce prix, l'offre et la demande s'équilibrent.
La roupie est l'objet d'une demande soutenue et croissante pour les échanges intérieurs. Parmi les causes de cette demande on cite la thésaurisation, dont l'habitude est invétérée chez l'indigène, la transformation des espèces en bijoux, qui est une forme de la thésaurisation, pioins usuelle d'ailleurs qu'on ne le pense généralement. Une autre cause, très active, est la diffusion plus grande de la monnaie d'argent. L'Inde, il ne faut pas l'oublier, dans bien des parties de son immense territoire, est encore, comme la Chine et l'Indochine, au régime de l'étalon de cuivre. Mais elle commence à avancer dans l'étape de l'argent. La roupie, après n'avoir été employée comme instrument d'échange que dans les centres de quelque importance, tandis qu'elle servait surtout de moyen de thésaurisation dans les campagnes, commence à prendre place dans la circulation de ces dernières, à côté des espèces de cuivre.
La demande de roupies, pour importante qu'elle soit, était dépassée parl'oiïre pendant la période de liberté du monnayage. Les débiteurs de l'Inde, ayant la faculté de faire transformer des barres d'argent en espèces libératoires, ne manquaient pas de faire des remises de ce métal lorsque le cours du change