V. infra, 11° partie, ehap. iv
]:TAL0N MISTALLIQUE.
leur semblait trop élevé ; des quantités d'espèces hors de proportion avec les besoins du commerce local étaient ainsi introduites dans la circulation. Depuis que les Monnaies sont fermées aux apports des particuliers, TolTre a cessé d'être artificielle' ment grossie. Après quelques années, l'équilibre entre les besoins et les ressources a été rétabli par la croissance régulière de la demande : et même il a été reconnu nécessaire à partir de 1899-1900 de procéder à des émissions supplémentaires, qui ont atteint plusieurs centaines de millions de roupies.
Ce n'est pas seulement dans la circulation intérieure que la roupie vaut 16 d. et le souverain IS roupies. C'est encore au point de vue du règlement des dettes et créances réciproques de l'Angleterre et de l'Inde. Les lettres de change tirées sur rinde en roupies sont réputées équivaloir aux lettres de change tirées sur l'Angleterre en livres sterling, au pair de 1 roupie pour 16 pence ou de 15 roupies pour 1 livr ^ sterling. On notera cette seconde et essentielle différence entre le pair de la monnaie indienne et le pair de la monnaie d'argent française ou américaine. En France et aux États-Unis, ce sont deux monnaies nationales, le franc d'argent et le franc d'or, le dollar d'argent et le dollar d'or, qui, sur le territoire national, sont réputées équivaloir l'une à l'autre. Ce n'est pas au regard des monnaies d'or étrangères que la valeur des francs d'argent ou des dollars d'argent est fixe. Jamais ces monnaies ne sont évaluées en unités étrangères. A celles-ci on compare, en toutes circonstances, les francs d'or et les dollars d'or, parce que si, les créances ne compensant pas les dettes à un moment donné, du numéraire doit être exporté, le métal jaune ne fait jamais défaut. Le pair de la roupie au contraire s'entend même de la valeur de change en monnaie du dehors. Depuis 1899, le prix des transferts télégraphiques sur Bombay ou Calcutta ne s^est jamais élevé au-dessus de 16 et n'est jamais descendu
au-dessous de 15 Vs L'écart maximum en hausse ou en baisse sur le pair de 16 pence a donc été de 1/8 de penny, soit environ 3/4 p. 0/0, un peu moins de ce que représentent les frais de transport du numéraire entre l'Angleterre et l'Inde. Ainsi les dettes de l'Inde, qui sont nécessairement évaluées en
DES CAUSES DE LA VALEUR DES MONNAIES
argent puisque l'Inde n'a pas d'autre monnaie pour les acquitter, sont admises en compensation avec les dettes de l'Angleterre qui peuvent être payées en or, exactement comme si les unes et les autres étaient évaluées en or.
C'est une véritable anomalie. Les débiteurs indiens disposent pour payer leurs créanciers européens d'une monnaie d'argent qui, en Europe, n'a (J'autre valeur que celle de son poids de fin au cours^ par exemple 9 d., l'once standard étant cotée 26 d. Si, pour ne pas se soumettre aux conditions des vendeurs de lettres de change sur Londres, les débiteurs indiens voulaient envoyer à leurs créanciers des roupies, celles-ci ne vaudraient pas à Londres plus de 9 -/a d. On en pourrait logiquement conclure qu'à Bombay les acheteurs de lettres de change ne peuvent empêcher que leurs roupies soient comptées pour 9 ^3 d. seulement au lieu de 16 d. Plaçons-nous maintenant du côlé anglais. Le débiteur anglais dispose de métal jaune. Il semble donc qu'il puisse, en expédiant de l'or à ses créanciers indiens, se soustraire à la prétention des vendeurs de change sur Bombay de lui faire payer 16 d. et plus la roupie, tandis que la valeur du métal fin contenu dans la pièce de 1 roupie ne dépasse pas 9 -/s d. D'après ce raisonnement^ le prix de base des effets de commerce devrait être de 9 2/3 d., l'once standard étant à 26 d. ; les frais de transport du numéraire devraient être ajoutés à 9 -/a d. ou en être déduits. Ce n'est pas tout. A chaque cours du métal en barres devrait correspondre un prix corrélatif du métal en roupies. Au lieu d'être liée à l'or par un pair fixe, la roupie n'aurait avec ce métal que des relations de valeur changeantes, des parités, gouvernées parles variationsde cours du métal blanc. Telle est la condition du change sur Hong- Kong, dont la circulation est composée de monnaies d'argent : piastres mexicaines, dollars britanniques ou dollars des Détroits.
Le change sur l'Inde ne se comportait pas autrement pendant que la frappe de la roupie était libre. On en a conclu, sans trop approfondir le sujet, que si le change de la roupie se maintient au pair fixé par la loi de 1893, c'est uniquement parce que la liberté du monnayage a été supprimée ^.
1. V. infra. II*» partie, cliap. vni, Les imitations de la réforme indienne.
ÉTALON MÉTALLIQUE
Cette opinion ne tient pas compte de tous les éléments de la question.
Si pour le débiteur anglais le pair de la roupie est de 16 d., la cause en est assurément la fermeture des Monnaies de Tlnde. On disposait autrefois à Londres de deux moyens pour faire baisser le prix des lettres de change sur l'Inde à un taux correspondant au prix du métal : l'exportation de barres d'argent; l'exportation d'or. La première de ces voies a été fermée par la suppression de la frappe libre. La seconde ne peut être utilisée parce que, la roupie valant réellement dans l'Inde 16 d., le souverain d'or n'y est pas accepté par le commerce pour plus de 15 roupies. Le débiteur anglais, ne pouvant se procurer dans rinde, avec des souverains, les roupies à moins de 16 d., doit se résigner à en donner le même prix à Londres quand il les y achète sous la forme de lettres de change tirées sur l'Inde. On peut admettre que c'est là une conséquence au moins indirecte de la fermeture des Monnaies, puisque la liberté de la frappe faisait obstacle au libre jeu des causes naturelles d'où devait résulter la hausse de la roupie.
Au point de vue de la liquidation des dettes de l'Inde vis-àvis de l'Angleterre, la suppression de la frappe libre dans l'Inde est évidemment de nul effet sur le maintien du pair. Quelle est donc la circonstance qui permet au débiteur indien d'acheter ses remises sur l'Angleterre au même prix que si la roupie était une monnaie d'or? C'est, semble-t-il, que jamais il n'est acculé à la nécessité d'exporter de l'argent pour régler ses obligations, la balance des comptes avec l'Angleterre étant généralement favorable à l'Inde.
Sans qu'il soit besoin de recourir aux données de la statistique commerciale, qui ne sont jamais très sûres et sont incomplètes, le cours du change montre que les dettes et les créances de l'Inde s'équilibrent et que même il y a généralement, au profit de rinde, un solde créditeur. Avant la réforme monétaire, le prix moyen annuel des traites du gouvernement était d'habitude plus élevé que la parité de la roupie au cours de l'argent. En 1891-92, par exemple, l'once sta7idard étant cotée en moyenne 43 d., la parité de la roupie ressortait à 14.62 d. ; le cours moyen des traites a été de 16.73 d. Depuis la loi de 1893, le
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prix des traites du Conseil de Tlnde est généralement égal ou presque égal au pair du change ; le cours de 16 d. est même dépassé assez souvent. On doit en conclure que les traites sur rinde sont au moins aulant demandées qu'offertes et que souvent la demande dépasse l'offre ; cela revient à dire que les créances de l'Inde sont au moins égales à ses dettes et que même, en fin de compte^ malgré des interversions de peu de durée dans les balances, c'est plutôt l'Inde qui est créancière.
Ce point établi, on s'explique pourquoi le change indien sur Londres n'est plus déprécié. Dans un pays auquel la balance des comptes n'est défavorable que par instants^ pour leqviel les soldes créditeurs sont la règle et les soldes débiteurs l'exception, une hausse temporaire du change peut être modérée par l'exportation d'une très petite quantité de numéraire. La provision d'or indispensable ne manque pas à l'Inde. Elle est concentrée dans le fonds d'échange des billets émis par le gouvernement {Paper ciirrency reserx^e). Au surplus, dans bien des cas, le crédit suffit à faire traverser sans encombre des difficultés qui sont passagères ; des tirages par anticipation fournissent aux débiteurs des moyens supplémentaires de compensation et dispensent d'exporter du numéraire. L'expédient serait inefficace et même dangereux si la situation débitrice devait se prolonger. Il permet de parer à des embarras momentanés.
L'Inde n'en avait pas connu d'autres jusqu'à la fin de 1907. Les temps difficiles sont arrivés en 1908. Pendant de longs mois la balance des comptes n'a pas cessé d'être contraire. Bien que le secrétaire d'État ait suspendu à Londres la vente des India coitncil bills^ l'or du fonds d'échange des billets n'aurait pas suffi à soutenir le pair de la roupie. Il a fallu que le Trésor indien émît, pendant cinq mois, d'avril à août, des traites sur Londres et que, pour les couvrir^ le secrétaire d'État aliénât une partie des titres du fonds de garantie de l'étalon d'or {gold standard resei^ve) ^. A ce prix, la nécessité de régler les dettes
1. Ce fond s, ^constitué au moyen des bénéfices réalisés sur la frappe des roui^ies, est placé pour la majeure partie en consolidés et autres valeurs sterling ; il comprend, en outre, des sommes placées en Angleterre à court terme et, dans Tlnde même, des sommes en roupies d'argent. Y. infra, chap. iv^ § 6.