‹ La monnaie, le crédit et le changeChapitre 99 sur 258 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

extérieures par une exportation de roupies a été évitée et la valeur de change de l'unité monétaire indienne a pu être sauvegardée.

En résumé, là oii n'existe pas la frappe libre et illimitée du métal-étalon, les espèces et le lingot constituent deux marchandises distinctes dont l'offre et la demande se présentent dans des conditions différentes et dont les valeurs ne tendent pas nécessairement à coïncider. La limitation des fabrications peut, si la demande ne diminue pas, créer, en dépit de l'abondance du métal et de la baisse de sa valeur, une rareté relative de la monnaie qui en rehausse le prix au-dessus de sa parité métallique. Cette rareté et cet enchérissement de la monnaie sont particuliers aux échanges intérieurs. En dehors du territoire où elle a cours, la monnaie n'est que du métal, les circonstances de son offre et de sa demande sont celles mêmes du métal et sa valeur ne peut être que celle du métal. 1/unité de compte peut jouir néanmoins, môme à l'étranger, d'une valeur de change supérieure à sa valeur métallique tant qu'il n'y a pas nécessité absolue d'exporter des espèces pour régler les dettes extérieures; c'est ce que démontre l'exemple de l'Inde.

^ I 3. — Conclusions.

Les conclusions générales de ce chapitre sont les suivantes. La valeur des monnaies secondaires de métal ou de papier est faite de la confiance du public. Le plus ou moins de valeur des billets érigés en monnaie principale dépend surtout du crédit de rÉtat ou de la banque qui les a souscrits. La loi de l'offre et de la demande n'est seule en jeu que lorsqu'il s'agit des espèces métalliques remplissant la fonction d'étalon.

Le mode d'application de la loi de l'offre et de la demande n'est pas le môme dans les pays oix la frappe de la monnaie n'est pas libre, et dans ceux oii la fabrication des monnaies principales au compte des particuliers est autorisée. Il n'y a pas sans doute de différence quant aux conditions de la demande : le besoin de monnaies est mesuré en tous lieux par la somme des échanges à effectuer, défalcation faite de ceux qui se règlent par des compensations, virements et autres écritures. C'est dans

DES CAUSES DE LA VALEUU DES MONNAIES

la constitution de l'oflre qu'apparaissent les particularités de Tun et l'autre régime monétaire.

Lorsque la fabrication des monnaies principales n'est pas libre et que le gouvernement n'en fait pas frapper, les quantités offertes consistent exclusivement dans les sommes de monnaies existantes et disponibles, y compris les monnaies secondaires de métal ou de papier qui sont la représentation des principales. L'équilibre de l'offre et de la demande n'est d'ailleurs pas l'égalité des sommes existantes et disponibles et de la valeur des marchandises ou services h échanger. Une même pièce de monnaie opère de nombreux transports de propriété successifs. De même que la capacité de transport d'un wagon est multipliée par les voyages qu'il effectue, la vitesse de la circulation multiplie les services de la pièce de monnaie. C'est pourquoi Ton a dit que l'offre est égale aux existences disponibles multipliées par la vitesse de la circulation^. Celle-ci est donc un facteur de l'offre et, par suite, influe sur la valeur de la monnaie. Ainsi, dans deux pays donnés, à supposer qu'à un même moment, ce qui n'est pas vérifiable d'ailleurs^, les volumes d'échanges à effectuer soient identiques et les disponibilités monétaires égales, les prix peuvent être différents si la circulation est plus rapide dans l'un que dans l'autre. En sens inverse, l'inégalité des disponibilités monétaires pour des volumes d'échanges égaux, peut être compensée par l'inégale rapidité de la circulation, de telle sorte que les prix soient égaux dans les deux pays comparés. Quant à la variation de vitesse de circulation dans un même pays, à des époques successives, elle n'a pas d'influence sur les prix^. Si, à de certains moments, la monnaie circule davantage, c'est que les échanges deviennent plus nombreux; la somme des besoins de monnaie augmente donc en môme ten^ps que la puissance d'offre des

1. Cf. J.-Stuart Mill, t. Il, p. 15, 16 ; P. Leroy-Beaulieu, t. ÎII, p. et suiv.

2. Sur la diiliculté d'évaluer les stocks monétaires, V. influa. II*» partie, chap. m, § 2. Cf. DoUéans, La Monnaie et les prix^ Paris, Larose, 1905.

3. l.a hausse des prix accompagne une activité plus grande dans les échanges ; mais elle ne résulte pas en pareille occurence d'une augmentation d'intensité de Toffre produisant une dépréciation de la monnaie; elle est la conséquence de l'augmentation de la demande des marchandises sous rinûuence de la spéculation.

Page 1