CHAPITRE II
Dn titre îles monnaies. — De leur poids.
L’or et l’argent, lorsqu’ils ne sont pas alliés à quelque autre métal, sont beaucoup plus sujets à s’user par le frottement. Comme les pièces de monnaie sont dans un mouvement perpétuel, la perte est sensible sur la masse, et, pour la diminuer, il est bon d’associer les métaux précieux à une certaine profil Le sulfate de cuivre.
(2) C'est principalement à M. Poisat qu'on en est redevable.
(3) Autrefois c'élaiciit des fondeurs de Slieffield et de Birmingliain qui venaient acheter les cendres des ateliers parisiens. Acluellemcnl, on traite ces rebuts à Paris mieux que partout ailleurs. Un des établissements les plus remarquables en ce genre est celui dcMiM. Gautbicr ctBareira A Paris. Un autre, situé à Vienne (Isère), la fonderie Blumcnstein, est parvenu A un degré extrême d'économie.
COURS d'économie politique.
portion d'alliage. C'est le cuivre qui ordinairement sert à cet usage. Moyennant ce mélange, l'or et l'argent se déforment moins, gardent plus fidèlement l'empreinte dont on les a revé> tus et durent beaucoup plus. Les monnaies de l'antiquité, du moins celles d'or, étaient, autant qu'on le pouvait dans ce temps>là, de métal fin. Selon Hérodote, les dariques émises par Darius, fils d'Hystaspe, étaient remarquables sous ce rapport, et ce prince en tirait vanité. Vaureui de Jules César et le solidus du Bas-Empire étaient également en or fin. De même le besant ou byzant qui fut frappé originairement à Constautinople, dans la suite du Bas-Empire , et que reproduisirent la plupart des souverains de l'Europe. De même le florin, qui fut d'abord une pièce d’or émise dans la ville de Florence, au treizième siècle (1) , et qu'on nommait Florence h l'origine. Cette pureté extrême de la monnaie était de peu d’utilité;vcar l'important n'est pas de savoir qu'une pièce ne contient point d'alliage, mais combien elle en contient, et d’être assuré qu’elle est toujours semblable à elle-même. Ce fut donc une sage détermination d’unir aux métaux précieux, dans les pièces de monnaie, une certaine proportion d’un autre métal propre à les durcir; mais alors vint à des princes dépensiers et réduits aux expédients la tentation de forcer la dose.
La proportion de métal fin qui existe dans la monnaie en est ce qu'on nomme le titre.
La proportion d’alliage la meilleure est celle qui donne aux métaux précieux la plus grande résistance au frottement. Sur ce sujet, des recherches faites en Angleterre par le célèbre physicien Cavendish, et par un chimiste distingué , Hatchett, en 1798, ont établi qu’en prenant pour alliage du cuivre pur, un douzième faisait le mieux ; qu’à l’égard de l’or, l’argent seul, ou avec partie égale de cuivre, dans la proportion d’un douzième pour l’ensemble, ajoutait davantage à la dureté du métal (2); qu’enfin l’argent, au titre de la monnaie britannique, perdait
(1) A TreaHse on the coins, etc., pages 41 et fuivantes.
(2) Ce serait au point de réduire la perte causée par un même frottement de près des trois quarts.
bien plus que l'or, pour le moins quatre fois. La loi du douzième avait été d'abord adoptée pour les monnaies que l’Espagne faisait fabriquer en si grande quantité dans ses colonies du nouveau monde. En Angleterre elle est en vigueur pour l'or. Quand on réforma les monnaies anglaises, après Henri VIH, la reine Marie l'avait également ordonnée pour l'argent; sa sœur Élisabeth, qui lui succéda, jugea à propos de retourner à un ancien .rapport arbitraire, peu difl'éreut, celui de 925 millièmes de fin, qui a été conservé. Eu France, par respect pour le système décimal, nos monnaies nouvelles ont été faites au titre de 900 millièmes de fin, tant pour l'or que pour l’argent. La monnaie alors est un peu moins résistante que si elle était au titre des pièces d’or anglaises. Le phénomène de la liquidation, en vertu duquel, après la fusion, le métal précieux tend à se séparer de sou aUiage dans le corps du lingot qui se refroidit, a une influence un peu plus sensible avec le titre de 9/ lo qu'avec celui de “/ii. C’est un inconvénient qui n'est pas à dédaigner dans le monnayage.
Dans les monnaies d’or anglaises, une partie de l'a/oi ou alliage est d’argent (1). H y a vingt-cinq ans, les souverains contenaient de l'argent jusqu'à 50 et CO millièmes de leur poids. Aujourd’hui c’est encore de 20 millièmes environ. Celte présence de l'argent dans les pièces d’or en augmente, on vient de le voir, la résistance : ou doit cependant la considérer, non pas comme préméditée, mais bien comme accidentelle (2).
Les États-Unis, depuis 1837, se sont ralliés, nous l'avons dit, au titre décimal. Le dollar depuis celte époque contient, avec la même quantité d’argent qu’auparavanl, une proportion d'alliage calculée de manière à faire exactement le dixième du poids total de la pièce; antérieurement il était au litre de 892*.
(1) On precious métal», t. Il, chapitre XXIII.
(2) Qucl(|ues personnes assurent qu'on laisse volontuircnient dans les souverains celle rraclioii d'argent, afin qu'ils aient une nuance jaune particulière. Je n'ai rien vu dans les enquêtes de 1837 et de 18A8 qui indiquât cette intention. On laisse 20 millièmes d'argent dans l'or destiné au monnayage, parce que cette proportion ne vaut pas la peine qu’on la sépare ; autrefois c’était îiO à GO inillièincs, par la même raison.
Le rapport décimal a été appliqué à la monnaie d’or en même temps.
En Russie, quand on a réédifié le système monétaire, en 1810, le titre de la monnaie d’argent a été mis à 83 '/3 zolotniks par livre ou 868 millièmes de fin. 11 y a donc plus d’alliage qu’il ne convient. Quant à la monnaie d’or, on a mieux fait. Elle est au titre de carats ou 917 millièmes, comme la monnaie d’or de l’Angleterre, et comme, originairement, les quadruples d’Espagne (1).
C’est un soin à avoir dans la fabrication des monnaies, que non-seulement l'ensemble d’une émission, mais chaque pièce eu particulier, soit au titre voulu par la loi. Le législateur accorde sur ce point aux directeurs des hôtels des monnaies une petite tolérance qui jusqu’en mai 1849 était, en France, de 3 millièmes en dessus et en dessous du pair pour l’argent, de 3 millièmes pour l’or. Désormais elle ne sera plus pour l'argent que ce qu’elle était pour l’or. Des recherches ingénieuses de M. Dclouze (3) lui ont permis de déterminer les précautions à prendre pour que l'essai d'une pièce de monnaie indiquât bien
(1) Je lis (Unis Slorcli, noie 9, pitge 49, du tome IV de rédilioii de Paris, que les impériales durent, par les ukases de 1810, avoir le litre de 94 2/3 zolotniks, ou de 980 millièmes de Gu. .Mais il n’est fait mention nulle part de l’existence d'impériales ayant ce litre. On n’a frappé ainsi que des ducats à l'imitation de ceux de llollande, clou en fait encore.
(2) L'alliage monétaire, formé de neuf parties d'argent et d'une de cuivre, est coulé en lingots du poids d’un kilogramme, qui sont allongés au laminoir jusqu’à ce qu’ils n’aient plus que l’épaisseur voulue pour une pièce. Ces lames, d’après les observations de M. Merkiein, ne sont pas bieu homogènes. Le titre va en augmentant des bords au centre; la dilTérenre est en moyenne de 4à S millièmes. Les flans ou disques qu’on découpe à l'emporle-pièce et dont chacun, passé sous la presse, devient une pièce de 5 francs, gardent la même inégalité nécessairement. Il s'ensuit qu'un essai fait sur la substance prise en un seul point de la pièce n’en donne pas le litre exact. Pour lever celle difficulté, et avoir une prise d’essai qui représente toujours avec exactitude la composition de la pièce entière, M. Pelouze a imaginé d’enlever avec un emporte-pièce douze petits cylindres qu’on réunit. En choisissant, d'après une règle qu’il indique, les points oâ doivent se prendre les cylindres, l'essai est très-concluant. Des expériences de M. Merkiein, citées par MM. Dumas et de ColmonI {Rapport final, page 14) ont montré qu'avec des lingots de 4 kilogrammes il peut se trouver un écart de U millièmes entre deux points du même lingot.
LA MONNAIE, SECTION III, CHAPITIIE II. lOl
réellement quel en est le litre. Dès lors radminislratioii a pu se montrer plus difficile envers les directeurs des monnaies.
11 résulte du rapport 6nal de MM. Dumas et de Colinont qu'à cet égard la volonté de la loi, en France, n'était pas suffisamment remplie, il y a dix ans. D'après les analyses exécutées sous leurs yeux, la moyenne du titre des pièces de 5 francs était satisfaisante pour chaque émission, et plutôt au-dessus du pair qu'au-dessous ; mais entre les diverses pièces la diflcrence était sensible (1).
Le décret du 22 mai i849, qui réduit la tolérance de titre pour l'argent, donne à penser que les incorrections extralégales, signalées par MM. Dumas et de Colmont en 1839, ont entièreinenl cessé.
C'est une affirmation qu'on trouve dans les écrits des hommes les plus dignes de confiance, que le litre des espèces d'or est, en certains pays au moins, d'une exactitude presque mathématique (2), d’où il serait naturel de conclure qu’il pourrait l’étre partout. Cependant, je n’ai vu nulle part le détail d’expériences multipliées qui pussent servir de base à cette croyance. C’est une opinion qui s’appuie sur un certain nombre de faits constants, qu’avec l’argent on n'approche pas autant du but. Mais même avec ce métal il ne s’agit que d’un petit nombre de millièmes.
La tolérance de titre, qu’autrefois on appelait le remède d’aloi, donnait lieu, en France, sous l'ancien régime, à différents abus ;
1" On exagérait inutilement le remède. Pour l’or, au moment delà révolution, il était de ce qu'on appelait 12 trente-deuxièmes, ce qui reviendrait à plus d’un et demi pour cent (0.0156) (3);
(1) Voir leur Rapport final, pages 19 cl suivantes, et surtout le tableau de la page 20.
(2) Ainsi RI. Gallatin disait, eu 1831, que les variations de titre constatées par Pessai de monnaies américaines iPexcédaient pas deux millièmes pour i'argent, et que sur les pièces d’or elles étaient si faibles qu’on pouvait les considérer comme inappréciables {Considei^alions on the Currcncy and banking System of the United States, page 62).
(3) Collection des discours de Mirabeau, édition de 1792, tome V, page 89.
102 COURS d’économie politique.
pour l’argcul, d’après les renseignements que fournit Mirabeau, c’était moindre, à peu près de 1 pour cent (0.0104) (1). Dans le projet que présenta Mirabeau à la suite de son discours, ii adoptait, pour l’or et pour l'argent, un chiffre apparent d’un peu plus de 5 millièmes (0.0052) ; mais à cause de la manière de compter, ce n’eût été en réalité que de la moitié, ou de 2 millièmes '‘/«O-
2" Le remède était pris tout entier en dedans, autant que possible. C’était ainsi que l’entendait la loi. Mirabeau demanda ce qui existe aujourd’hui, qu’il fût par moitiés en dedans et en dehors, sans que, entre ces limites, le directeur des monnaies pût rien réclamer s’il avait mis plus de fin que le titre exact, ou qu’on fût fondé à lui faire subir de compensation dans le cas contraire. On faisait peser cette dernière clause sur les directeurs. C’était un profit illicite que faisait le gouvernement par delà le seigneuriage et le brassage (2).
La monnaie française d’argent a éprouvé dans son titre, il y a peu d’années, une variation à peu près inaperçue du public, à ia suite d’un perfectionnement dans le mode d’essai des matières d’argent. Autrefois, l’essai se faisait par le feu, à la coupelle. On a reconnu que ce mode n’accusait pas 1a totalité du métal. On y substitua donc en 18.50, par suite des travaux de M. Gay-Lussac, l’essai par la voie humide (5). Les monnaies frappées antérieurement, qu’on croyait au titre de 900 millièmes, étaient réellement au titre de 904. Depuis lors, on s’esl conformé à la loi constitutive de notre système monétaire, d’après laquelle le titre réel doit être de 900.
Les commerçants en métaux profilent de la circonstance pour refondre les anciennes pièces de 5 francs, lorsqu’elles sont avantageuses de poids et qu’elles contiennent la proportion d’un millième en or, qui est habituelle dans les pièces frappées avant 1825 (4). Quelques personnes ont blâmé ces entreprises.
(t) Collection det discours de Mirabeau, édit, de 1792, l. V, page 115.
(2) Ibid., page 65.
(3) La précipitation de l’argent sous la forme de chlorure.
(4) Les changeurs trient toutes les pièces de 5 francs qui passent par leurs mains et mettent à part celles des types Ilei;culc , Napoléon et
Ces personnes supposent que l'allineur fait une mauvaise action quand il dégage de nos monnaies un excès de métal dont on ne soupçonnait pas l'cxislence, et dont personne ne nous tenait compte, et qu'eu même temps il en relire de l'or qui y avait été laissé par mégarde ou par l'imperfection des arts métallurgiques. L'alliueur, au contraire, par cette opération double, rend un service à la société; c'est exactement comme s'il eût découvert et mis eu activité une mine d'argent et d'or dont l'exploitation donnât un bénéfice certain.
Sans aucun doute, l'État aurait eu le droit de s'approprier le profil que rend cette exploitation des monnaies, mais non pas en se faisant donner un seigneuriage égal à 4 millièmes du poids des matières d'argent qu'on aurait monnayées à l'avenir, ainsi qu'on l'a proposé. La seule voie qu'il eût pu légitimement suivre eût été d'entreprendre pour son compte la refonte et l'affinage des pièces de 5 francs antérieures à 1825, où l'excès d'argent s'unissait à une fraction appréciable d'or. On le lui a conseillé. Il s'y est refusé , il a eu tort.
Un autre mode de procéder conformément aux principes eût consisté à élever à 904 le titre de nos monnaies d'argent, ou plutôt à l'y maintenir, car il y était déjà sans qu'on s'en fût douté. Le pair de nos espèces d'argent se fût élevé par rapport aux monnaies étrangères. Cette combinaison cependant aurait eu un double inconvénient : l'État aurait dû renoncer presque complètement alors au bénéfice de la refonte des pièces de 5 francs frappées avant 1825; et c'eût été abjurer le système décimal des poids et mesures, de la rigueur duquel la nation tire justement vanité.
En Angleterre, la tolérance du titre est rapportée à la livre pesant de pièces prises au hasard, et non à chaque pièce isolément.
On l'a successivement diminuée. Depuis 1817, elle est pour l'or de 0.0026 en dessus et en dessous ; pour l'argent, qui est
Louis XVIII, lorsqu’elles pèsent i‘i grammes. Un sac trié de 1,000 francs, valeur nominale, sc vend 1,003 francs {Rapport final de Mif. Dumas et de Colmont, |)agc I2S.)
104 COURS d’égonouie politique.
déchu du rang de monnaie pour n’étre plus que du billon, elle est de 0.0043.
Aux États-Unis, d'après la loi de 1837, elle est de 2 millièmes pour l'or et de 3 pour l'argent ; c’est ce qu’elle était alors en France. Mais, d'après le texte de la loi, elle est rapportée à chaque lingot avant le laminage : on a ainsi moins de certitude encore qu'eu Angleterre, à l’égard des pièces isolées.
Les pièces de monnaie étant un poids certilié de métaux précieux mélés d’un alliage dont la proportion est connue, il est conveuable qu'elles soient dans un rapport simple avec l'unité de poids ; c'est ce qui avait lieu à l'origine, mais ce qui n’existe )>lus, si ce n’est par exception dans quelques États. En Angleterre, lorsque Édouard VI , revenu de ses erreurs, entreprit la restauration des monnaies, il voulut que le schelliug fût exactement la soixantième partie de la livre; la couronne alors eût exactement pesé une once. Élisabeth, qui, peu d’années après, fixa définitivement le système monétaire de son pays, eut le tort de sUituer que le scbelling serait taillé sur le pied de G3 à la livre (1). L’unité monétaire actuelle de l’Angleterre, la livre sterling d'or, est dans un rapport plus complexe encore avec l’unité de poids. En France, le poids du franc d’argent est de 5 grammes, et 300 francs font tout juste un kilogramme (3).
Il est essentiel que les pièces de monnaie, au moment où elles sont émises, soient toutes individuellement droites de poids. Si elles l’étaient en moyenne seulement, ce serait une spéculation profitable que de rechercher les plus lourdes pour les refondre. Le législateur assigne partout une tolérance de poids assez
(1) Depuis 1816, la loi anglaise no reconnaissant plus les espèces d'urgent que pour du billon, il a été jugé conveuable de uicltrc dans le schelliug une moindre quantité d’argent qu'il n’en faudrait pour faire l’équivalent du vingtième de la livre sterling en or. On taille 66 scliellings dans la livre d'argent au même litre qii’auparavant.
(2) Le diamètre des pièces françaises est même combiné de manière à faire retrouver exactement la longueur du mètre en les disposant les unes ù la suite des autres. Ainsi, 20 pièces de 2 francs avec 20 de 1 franc font le mètre. De même, 19 pièces de 5 francs avec 11 de 2 francs, ou 32 de 40 francs avec 8 de 20 francs.
rigoureuse (1). En France, c’est de 3 millièmes en dedans ou eu dehors pour les pièces les plus ordinaires, celles de 5 francs, et de 2 millièmes pour l’or. En Angleterre, c’est de igü ou 2 millièmes (2). Les expériences de MM. Dumas et de Colmout, faites sur 4,000 pièces du monnayage de 1838, ont constaté qu’alors le quart de nos écus de 5 francs était en dehors de la tolérance (3); c’était l’effet d’une fabrication défectueuse (4).
Eu Angleterre on se tient parfaitement dans les limites légales (S); c’est que, par la loi anglaise, la tolérance de poids est rapportée, de même que celle de titre, à la livre formée de pièces prises au hasard, et non à chaque pièce isolément. Pesés individuellement, les souverains sont quelquefois en dehors de la tolérance de 2 millièmes, fixée par la loi pour la livre pesant. Des expériences récentes donneraient à croire que le nombre des souverains où l’écart excède cette proportion est de cinq sur cent (6).
Mesuré pour une masse de pièces, l’écart des pièces d’or de l’Angleterre est à peu près nul; sur un bloc de 10,000 souve-
(I) C’est ce f|ue, dans rancicnne langue inonéluire, on appelait le remède de poids ou le faihlage.
(3) t3 grains par livre de Troie, qui sc coinjwse de !>,7G0 grains.
(3j Voici jusqu’où allait l’inégalité des pièces françaises, selon les observations de Sl.tl. Dumas et de Colmont :
U Le défaut d’exactitude du poids dans la fabrication des monnaie.^ peut donc amener, par le seul effet du busard, mais dans le cas le plus iléfavorablc )>ossible, une différence de 7 francs 40 centimes par 1,000 pièces (de 3 francs), dans un payement effectué en pièces neuves, tandis que si la loi avait été observée, cette dilTérencc n’aurait pu excéder 1 franc 80 centimes. » (7fapport final, page 31.)
(4) Depuis cette époque, on a changé les appareils et mécanismes del'liùtel des monnaies de Paris, qui fabrique à lui seul plus que tous les autres ensemble, et qui est en état de suffire à tous les besoins du muniiayagc en France.
(5) Enquête de 1848, page 73, et témoignage de M. .Miller. Déjà en 180a, lord Liverpool disait que la tolérance légale étant de 40 grains par livre de Troie ou de 7 millièmes; en fait , on se tenait pour l’or dans la limite de 4 grains ou 7 dix-millièmes seulement. A Treatiseon the coins, etc., p. 199. On fait bien mieux aujourd'hui.
(ti) Ces expériences ont été faites eu 1848 avec la macbinc à peser, dont se sert la Banque d'AnglcIciTc. On en trouve le détail dan.s le rapport de
106 COURS U'ÉCONOIIIE POLITIQUE.
rains, faisaut un poids de 70 kilog. 809, il s’esl Irouvé de moins de 1 gramme, 555 (1). C’est moins de deux millionièmes (0.000,001,9); estimé de la même manière sur nos pièces de 5 francs, l’écart serait plus sensible, mais fort modique encore (1).
En 1789, chez nous, la tolérance de poids était déjà modique pour l'or : elle n’allait qu’à 3 i millièmes. Pour la monnaie d’argent, elle était de près de 8 millièmes. Mirabeau, qui, sur ces matières, était fort bien informé, soutenait que c’était excessif, même pour l’or; il proposait, dans son projet de décret, moins d’un millième en dessous comme en dessus. C'est tout juste si aujourd'hui, avec les instruments précis qu'on possède, uii pareil degré de perfection est facile à atteindre. Aussi Mirabeau ne le demandait-il pas pour chaque pièce séparément; c’est au marc pesant qu'il rapportait cette proportion rigoureuse : 4 grains, par marc en dessous et autant en dessus, ou en tout 8 grains, telle était sa formule (1).
la commission d’cnqu£le de 1848. Voici quels en sont les résultats principaux ;
Cinq pour cent des pièces d'un souverain s’écartent de la tolérance. Le nombre des pièces que la pesée a indi(|Uécs comme eu dehors de la tolérance est de 484 sur I0,U00, donl 248 en dessus et 209 en ilcssons; ni»is le functii)iinaire M. Miller), (pii a fuit le.s pouges, porte ee nunilirc il 800, suit 5 pour eeni de la totalité, parce que les pièces dont l'écart n'e.\eédait pas In tolérance de plus d'un centième de grain ont été classées comme si elles renlruienl dans la limite.
Parmi les pièces fautives, il s'en est rencontré une qui exeédait la tolérance de 0.88 d'un grain ou de 38 niilligrainnics; pour qu'elle cilt été admissible, il aurait fallu que la toléranee de poids, au lieu de 12 grains jiar livre, fût de 37 grains, ou en fractions décimales, de 0 millièmes et demi, au lieu d'un peu plus de 2 millièmes.
Il y en avait en tout 8 où l'écart était plus que double de la tolérance légale jiroportiunnellc, cl de plus 68 qui 1a supposaient de 80 pour cent en sus de la réalité. Tout le reste, c'est-à-dire les quatre cinquièmes au moins des pièces en défaut, eut été correct si la tolérance avait été portée à 18 grains par livre au lieu de 12. 1.c même témoin a livré U la commission d'enquête 90 pièces neuves d'un souverain, qu'il avait recueillies dans les derniers six mois, et qui étaient bien autrement défectueuses que celles dont il vient d'étre parlé (È'nquéle lie 1848, pages 218 et suivantes, déposition de M. Miller, fonctionnaire de la Banque d'Angleterre).
(1) Discours déjà cité, page 115.
LA MONNAIE, SECTION III, CHAPITRE II. i07
Aux Ëtals-Unis, la loi de 1837 a fixé la tolérance de poids par deux formules dilTérentes, l'une pour cha^e pièce isolément, l'autre pour le millier de pièces. Les pièces d’or (alors l’aigle et le demi-aigle) purent avoir un écart d*un quart de grain seulement, ou de 0.000,97 pour l’aigle, et 0,002 pour le demi-aigle; pour les pièces d’argent d’un dollar et d’un demidollar, ce fut d’un grain et demi, soit de 0.003,65 pour le dollar et de 0.0073 pour le demi-dollar. Par rapport au millier de pièces, la tolérance de poids fut fixée à deux gros (3 grammes lit) pour les aigles, 1 gros et demi (2 grammes 333) pour les demi-aigles, 4, gros (6 grammes 222) pour les dollars et 3 gros (i grammes 667) pour les demi-dollars. C’est, en fractions décimales, 0.000,19 pour l'aigle et 0.000,43 pour le dollar d’argent.
Une loi toute récente, du 3 mars 1849, qui a institué deux nouvelles pièces d’or, le double-aigle et le dollar, a établi ainsi qu’il suit les tolérances de poids à l’égard des monnaies d’or : pour le double-aigle, qui est assimilé à 20 dollars, un demigrain par pièce isolée ou nfes ou encore 0.000,97; pour l’aigle et le demi-aigle, le même demi-grain, ce qui donne une proportion double et quadruple, 0.002 et 0.003, 9. Pour le dollar en or, un quart de grain, ce qui fait -r^i. Il est stipulé de plus que, lorsque la remise des espèces monnayées se fera au trésorier, celui-ci les pèsera en bloc, et que la tolérance alors sera, par millier de pièces, pour le double-aigle, de (rois gros (4 grammes 667); pour l'aigle, de 2 gros (3 grammes 111), ainsi de suite jusqu’au dollar d'or, pour lequel ce sera d’un demi-gros (778 miIligr.).En fractions décimales, c’est pour le double-aigle, 0.001,04; pour l’aigle, 0.000,19 ; pour le dollar, 0.004,7. On voit que pour l’aigle, pris isolément, la dernière loi augmente la tolérance.
En Russie, la tolérance de poids avait été fixée par la loi de 1810, pour la monnaie d’or, à 12 dolis par livre, tant en dehors qu’endedans; ou, eiifraclion décimale, ISsur 10,000(1). Pour l’argent, c’était de 1 î zolotnik par cent roubles, oude 3 sur 1,000. On m’assure que, d’après des règlements plus
(I) Storch, Économie politique, tome IV de l’édilioa de Parts, page 49.
COURS d'iSconomie politique.
récents, confirmés le 5 juillet 4845, la tolérance est, par pièce li’or, de trois quarts de doli ou de 54 sur 4 0,000 pour les pièees dites de 5 roubles, et de 25 sur 40,000 pour l’impériale de 40; pour les pièces d’argent d’un rouble, de trois dolis, ou de 6 ^ sur 4,000 ; pour les moindres monnaies d’argent, la latitude est, comme partout, proportionnellement plus forte. Quant à la tolérance de titre, la loi russe n’en accorde aucune. Il faut croire alors qu’on se borne h juger le titre moyen. Un ukase de 4847 portait la tolérance de poids plus loin encore; pour l’or c’était de près de 9 millièmes.
J’ignore les motifs qui auront pu déterminer l’administration russe à rétrograder ainsi, en augmentant à ee point la tolérance de poids.
l>ésormais on serait Inexcusable de ne pas émettre de la monnaie parfaitement droite de poids en chaque pièce individuellement : un mécanisme fort ingénieux a été imaginé, en Angleterre, et y est employé couramment par la Banque, depuis 48-U, pour peser tout ce que l’institution doit livrer au public, à l’exception de ce qui sort immédiatement de l’hôtel des monnaies. Cette machine n’a pas seulement le mérite d’être d’une extrême exactitude; elle fonctionne avec une rapidité qui donne une grande économie sur le pesage fait dans des balances ordinaires, par la main d’agents à l’attention desquels il faudrait s’en rapporter; elle expédie 33 pesées par minute. Les six machines de ce genre, qui sont à la Banque, n’ont coûté ensemble, avec les accessoires et la pose, que 4,422 liv. sterling. Elles n’exigent presque pas de frais d’entretien, et elles procurent à la Banque une économie de plus de 4,000 liv. sterl. sur le pesage à la main.
Il convient qu’ilyaitaussi peu que possible de menues pièces, parce que, dans la circulation, elles perdent par le frottement beaucoup plus que celles qui, par leurs dimensions, se rapprochent de nos pièces de 5 francs.
En 4802, d’après les expériences faites alors par l’administration des monnaies et rapportées par Mongez dans scs Considérâlions sur les monnaies, entre les écus de 6 livres et les écus de 3 livres fabriqués de 4726 à 4 793, la différence de perte se trouva
Irès-marqiiéc. Pour iesécus de 6 livres, il manquait en moyenne 1,750 parties sur 100,000; pour ceux de 3 livres, c’était plus du quadruple, 8,000 sur 1 00,000. En Angleterre, les expériences de 1787, qui portèrent sur toutes les monnaies d’argent alors en circulation, montrèrent que la déperdition avait été, sur les couronnes, de 3,31Asur 100,000 ; sur lesdemi-couronnes, c'était le triple ou exactement de 9,900 sur 100,000; sur les schellings, c’était à peu près encore trois fois plus fori, 24,597 sur 100,000. Enfin, les six-pence ou dcmi-schellings étaient réduits aux trois cinquièmes de leur poids. Ils avaient perdu 38,285 sur 100,000 (1).