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CHAPITRE IV

Troisième période. — De 18i0, où éclata la guerre de l'indépendance, jusqu'à lu découverte des mines d'or de la Caiifuruie.

L'esquisse précédente nous conduit jusqu’au commencement du dix-neuvième siècle. A quelques années de là, une crise violente, qui ébranla le nouveau continent, exerça sur l’exploitation des mines une influence désastreuse.

La guerre civile qui éclata dans toutes les colonies continentales de l'Espagne eu Amérique, peu après l’invasion de la métropole par les armées de l’empereur Napoléon, eut pour eflet de paralyser l’industrie des mines. La production rétrograda immédiatement, selon les localités, de moitié, des deux tiers, des trois quarts. Quelques-unes des mines les plus importante.s, comme la Yalciiciana, du district de Guanaxuato, furent complètement noyées. C’est ainsi que le Mexique n'a rendu en moyenne, de 1810 à 1825, que 65 millions environ (dont plus des neuf dixièmes en argent), au lieu de 120 à 150; mais ce cliifl're est une moyenne; au fort de la guerre civile, quand, par exemple, la ville de Guanaxuato était occupée par l'armée de Hidalgo et baignée de sang, la production était bien moindre. Lorsque la paix eut été signée en Europe, et que Ferdinand Vil fut rentré en possession du trône d'Espagne, les troubles de l’Amérique ne furent amortis qu’un instant. Le cri de l'indépendance avait retenti des rives du Rio Bravo del Norte jusques à la Terre-de-Feu, l'indépendance devait être consommée. La lutte recommença donc bientôt avec un nouvel acharnement jusqu’à ce que le drapeau de l’Espagne eût disparu du continent américain. Alors une espèce d’ordre revint dans les ci-devant colonies transformées en républiques, et l’exploitation des mines fut reprise définitivement. Les capitaux anglais vinrent y chercher de l’emploi sur une grande échelle, mais avec peu de discernement. Celte restauration de l’industrie métallurgique du nouveau monde peut être rapportée à l’année 1825.

Depuis lors, la production de l’Amérique s’ est graduellement

relevée. Elle n'a cependant jamais repris son ancien niveau, quant à l'argent, qui, en valeur, prime de beaucoup l'or dans l'extraction américaine. On est peu à peu remonté jusqu'à 700,000 kilog. d'argent, ce qui est encore un huitième de moins que l'ancienne extraction, et encore n’y est-on arrivé que dans les tout derniers temps. Pour l'or, il y aurait plutôt de l'augmentation : de 14,100 kilog. on est arrive à plus de 15,000(1).

En monnaie française, ce serait 155,905,000 francs d’argent,

5â,407,000 fr. d'or, et, pour les deux métaux réunis, â08 millions (â). Voilà où l'on en était, quand la découverte des mines de la Californie a été annoncée au monde avec tant d'éclat.

Pendant cette période, les arts de l’Europe ont eu plus de facilité pour pénétrer dans les contrées métallifères de l'Amérique, car tant que la domination espagnole y a subsisté, l’accès en était resté rigoureusement interdit aux Européens autres que les sujets de Sa Majesté Catholique. Les capitaux anglais étant venus s'employer à l'exploitation des mines, il semble que les mécanismes usités dans la Grande-Bretagne, ainsi que les méthodes pour la préparation mécanique des minerais, par lesquels l’industrie des mines se recommande sur l’ancien continent, auraient dû les suivre. Mais la force d’inertie des habitants, leurs préjugés, et différentes circonstances propres à l’état social et politique du pays, au climat, au caractère même des mines, ont opposé à l’esprit d’innovation une résistance extrême. Le capital raréfié, dans la plupart de ces jeunes républiques, par la guerre et l’anarchie, et en outre, au Mexique, par i

les mesures qu'une jalousie funeste avait dictées au gouvernement indépendant (3), a manqué aux exploitants, malgré le subside que fournirent les capitalistes anglais en 1825. Au

(t) Une partie île cette augmentation de l’or n’est qu’apparente, en ce •

sens qu’il faut l’attribuer moins à un plus grand rendement des mines qu'aux progrès de l’afllnage à Mexico et dans les autres ci-devant colonies espagnoles : on y elTectue le dépari sur beaucoup de lingots d’argent qui auparavant n’etaient aflinés qu'en Europe.

(2) Voir le tableau ci-après page 195.

(5) Un décret, qui fut mis è exécution, exila du Mexique, peu après la conquête de l’indépendance, tous les natifs d’Espagne. Ils partirent emportant des capitaux considérables.

192 couns d’i^conomie politique.

Pérou, notamrocnl, les mineurs ne trouvcnl des capitaux qu'aux couditions les plus onéreuses. Le docteur Tschudi assure que plusieurs des extracteurs de Pasco travaillent avec des fonds que leur ont prêtés des habitants de Lima, au taux de 100 à 120 pour cent par an (1).

On n’est pourtant point sans tirer quelque parti, au Mexique, au Chili, dans les lavages d’or de la Mouvclle-Grenade, au Pérou meme, de ce que la science moderne a révélé aux Européens, et des applications heureuses qu’ils ont faites de la théorie. Mais il faut reconnaître que, depuis la reprise des travaux, dans la plupart des districts métalliques, les mines d’argent n’ont pas offert un degré de richesse qui fût égal à celui qu’elles présentaient auparavant. Les mineurs ont eu mauvaise chance, comme dans la première moitié du dix-huitième siècle. De là d’abord peu d’encouragement pour celui qui aurait voulu innover en grand. De là aussi, ce qui importe surtout, un obstacle à ce que les frais de production diminuassent, et à ce que la valeur de l’argent baissât sur le marché.

Le détail, par pays, de ce qu’était l’extraction annuelle de l’Âmériquc, dernièrement, est indiqué dans le tableau suivant.

(!) Voyage nu Pérou, cliapiire Xtl.

Production annuelle, par pays, des mines d’or el cT argent de r Amérique, avant la découverte des mines de la Californie.

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