CHAPITRE V
De l'étendue de la baisse qu'ont éprouvée les métaux précieux depuis la découverte de l’Amérique, comparativement aux autres produits.
On demande souvent quelle a été la baisse des métaux précieux, ou la hausse des denrées et des services, causée par l’exploitation des mines d’Amérique, depuis Christophe Colomb
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jusqu'à nos jours. C’est un problème qu’on ne peut espérer de résoudre qu’avec une approximation médiocre, même dans les cas les plus favorables, parce qu’il implique des éléments dont l’appréciation exacte est impossible. Et c’est ainsi que je l’a! entendu dans l'analyse qui occupe les trois chapitres précédents, où j’ai cependant rapporté l’argent au blé, comme à un mètre absolu, faute d’un type plus immuable, dans le but de reconnaitre les variations du métal.
On peut dire assez bien quelle était la quantité d’argent ou d’or contre laquelle s’échangeaient autrefois des quantités déterminées de denrées communes, le blé, la viande; on peut même parvenir à savoir de combien se composait la rémunération d’une journée de travail de quelques professions, dans diverses localités; mais ce que je ne puis démontrer, c’est que la différence survenue doive être attribuée exclusivement à l’un des deux objets dont le rapport d’échange a varié, et non à tous les deux. L’hectolitre de blé, qu’on obtenait, avons-nous dit, pour la quantité de 14 à 16 grammes d’argent, se paye aujourd’hui 90; mais suis-je bien certain que l’argent seul ail changé de valeur, qu’il n’y ait eu aucune variation dans celle du blé, même en n’estimant celle-ci que par la voie de moyennes d’une certaine généralité? Suis-je autorisé à alTirmer que la différence des prix doit s’expliquer en totalité par ravilisscinenl absolu de l’argent et nullement par renchérissement absolu du blé? Que l’on prenne pour l’expression de la valeur le montant des frais de production ou le rapport de l’offre à la demande, l’incertitude subsiste, ou plutôt il n’y eu a pas : il est indubitable qu’il y a eu du changement pour le blé comme pour le métal précieux, et ce qui le prouve sans réplique, c’est qu’il n’y a pas deux pays où la variation des prix ail été identique. Le fait est que, à des degrés divers sans doute, les cireonslanccs de la production sont devenues autres pour toutes les marchandises sans exception, pour tous les services à rétribuer. De même les rapports de l’offre à la demande, en tant que ces rapports déterminent les prix des choses.
Ainsi tous les calculs qu’on pourra faire dans le but de formuler la puissance comparée de l'or et de l’argent, à la fin du
L\ MONNAIE, section V, CHAPITRE VI.
quinzième siècle cl graduellemenl aux époques qui ont suivi, par rapport aux diverses marebandises ou aux divers besoins de riiomme, manquent d'une base mathématique. 11 n'en est pas moins vrai que ce sont des recberches d'un grand intérêt, qui répandent beaucoup de lumières sur l'histoire des États et de la société. La précision mathématique, dont il faut bien se passer dans des explorations de ce genre, n'y est pas absolument indispensable. Tout porte à croire enfin que la valeur du blé, estimée par la voie de moyennes d'une certaine généralité, n'a eu que des variations faibles en comparaison de celles des métaux précieux,
C'est sous les réserves exprimées ici qu'est présentée la conclusion pratique de Thistoire des mines américaines jusqu'à nos jours, a savoir que la baisse des métaux précieux ou la hausse relative des denrées ont eu lieu dans le rapport de i : 6.