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CHAPITRE VI

Du mainlicn de Pcxploitation des mines d'or et d'argent en Europe, après la découverte de l'Amérique.

On serait tenté de considérer comme une contradiction que l’Amérique ait des mines beaucoup plus abondantes que celles de l'Europe, qu'elle ait beaucoup fait baisser la valeur des métaux précieux, et que la production des mines européennes, sans atteindre celle des mines de l'Amérique et même sans en approcher, se soit cependant développée. C'est que l’industrie européenne a racheté, à force d’art et d’économie, la différence des avantages naturels. Sans doute, avant la découverte de l’Amérique, l’offre des métaux précieux étant petite en comparaison de la demande, la plupart des mines écoulaient leurs produits avec de gros profits, et on ne pouvait leur faire de concurrence sérieuse, par beaucoup de raisons dont la première

CUUHS D’ÉCONOmE POLITIQOE.

est que l'on ne trouve pas à volonté, en Europe, une mine, je ne ne dis pas riche, mais seulement médiocre. II n’est donc pas douteux que, dans le quinzième siècle, on n'exploitât en Europe de certaines mines très-pauvres qu'on dut abandonner quand l'Amérique fut en rapport. Hais aussi la recherche de l'or et de l’argent devint alors la préoccupation générale. Ne voyons-nous pas aujourd’hui les imaginations échauffées par les nouvelles de la Californie, se porter, malgré l’extrémc langueur des affaires, vers la poursuite des mines d’or? Par le mouvement général de la renaissance, l'art des mines se perfectionna, on explora mieux les montagnes, on y découvrit de nouveaux filons et on les travailla avec plus d’intelligence, de savoir et d'ordre qu'il ne s’en mettait dans les exploitations du nouveau monde, et ainsi la métallurgie européenne, bien que moins favorisée par la nature, ne succomba pas. Enfin l’observation placée plus haut (I), au sujet de l’action des mines américaines les unes sur les autres, est parfaitement de mise ici.

M. de llumboldt a tracé, pour le moment où il écrivait son Essai sur la Nouvelle-Espagne, un parallèle curieux entre une mine d’argent voisine de Freyberg, celle de Himmels-Furst, la plus riche de la Saxe, et la célèbre mine de Yalenciana, près de Guanaxuato, qui alors, et depuis un bon nombre d’années, était la plus riche du Mexique (3). Rien n'est plus manifeste que la supériorité naturelle de Yalenciana : c’est une abondance incroyable de minerai : le filon a de 40 à 50 mètres d’épaisseur, souvent divisés en trois branches; les filons de Himmels-Fursl, au nombre de 5, n’ont que 3 à 3 décimètres. A cette époque, la mine de Yalenciana n’avait pas d’eau à épuiser; celle de Uimmels-Furst nécessitait l’emploi de machines hydrauliques; mais Yalenciana était plus profonde : on y ii*availlait à 514 mètres de profondeur; Himmels-Furst n’était exploité qu’à 330 mètres. Avec 550 hommes, les premiers mineurs du monde, fouillant la terre suivant les méthodes les plus perfectionnées, la

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(i) Elle a donné, pendant quarante années de suite, une quantité d’argent représentant plus de 14,000,000 de fr. et quelquefois 6 millions de profil net.

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mine saxonne ne rendait que 700,000 kilogrammes de minerai; àValenciana, 1,800 travailleurs souterrains, moins du quadruple, indiens ou métis, pratiquant des procédés grossiers, livraient aux ateliers 33,120,000 kilogrammes, cinquante fois autant. La première fournissait 2,300 kilogrammes d’argent, la seconde 82,600 ou 36 fois davantage. Pour extraire la quantité de minerai produisant 100 kilogrammes d’argent, il suffisait à Valenciana de 2 mineurs; il en fallait 22 à Ilimmels-Furst.

Mais Valenciana payait ses 3,100 ouvriers fort cher; ils recevaient de 5 k 6 francs par jour, et ensemble 3,400,000 francs; l’autre ne rétribuait ses travailleurs du fond et de la surface, au nombre de 700, qu’à raison de 90 centimes; et ces braves gens s’eu contentaient, parce que c’était le taux du pays : c’est tout ce que permettait d’y faire le montant des capitaux par rapport à la population. A Valenciana, trois puits coOtaient ensemble plus de 10 millions de francs. C’était, par puits, 3,333,000 francs. Le puits nouveau (Tiro Nttevo), qu’en 1803 M. de Humboldt vit à 184 mètres de profondeur, et qu’on creusait de manièreà le terminer, à ce qu’on supposait alors, en 1815, devait avoir une profondeur de 514 mètres. Il devait coûter 6 millions de francs environ. On lui donnait des dimensions excessives, 26 mètres 80 centimètres de circonférence, ou plus de 8 mètres de diamètre. A Himmels-Furst, en pareil cas, même avec un filon de la puissance de celui de Guanaxuato, on eût adopté un diamètre beaucoup plus modeste et le puits eût été creusé vraisemblablement pour 250,000 francs. La plupart des matériaux et des approvisionnemeuts, tels que la poudre, le fer, l’acier, le bois, les fourrages pour les équipages de mulets qui font, en Amérique du moins, la manœuvre des puits, le cuir, le suif, coûtaient plus cher à Valenciana qu’à Himmels- Furst et s’y gaspillaient extrêmement. Il faut dire aussi que le rendement moyen était de moitié plus fort à Himmels-Furst (1).

Voilà par quels moyens s’établissait la compensation ; mais elle restait fort imparfaite. La concurrence de la mine mexicaine u’cmpéchait pas la saxonne de travailler avec profit; mais c’était

(!) Voir VÈ'isai lur la Nouvelle-Espagne, t. ttl, p. 200.

uu bénéfice de 90,000 francs, que celle-ci réalisait, tandis que de l'autre cété c’était de 3 à 4 raillions (1) de francs.

La comparaison entre lliramels-Furst et Yalenciana n’a quelque convenance que parce que Himmels Furst qui, au Mexique, eût été l’objet d’un parfait dédain, possédait, en Saxe cl en Allemagne, une réputation qui distinguait cet établissement presque comme Yalenciana était célèbre dans le nouveau monde. Autrement ce n'est pas une mine ij|ui jouissait d'avantages naturels , vraiment exceptionnels en Amérique, qu’il est légitime de comparer les mines d’Europe, à moins qu'on ne veuille tirer de ce parallèle des conclusions qui soient plus évidentes.

(I] La moyenne de 179i à 1803, l’un et l'autix inclus, a été de 640,000 piastres, ce qui fait 3 millions et demi de francs.

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