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CHAPITRE PREMIER

Leurs caractères généraux. — Conséquences qui en résultent pour la production de ce métal. A quelles conditions des mines nouvelles peuvent en faire baisser la valeur,

L’esquisse historique qui précède, sur les mines du nouveau monde, doit être envisagée surtout comme concernant les mines d’argent. L’Amérique produit les trois quarts environ de l’argent qui est versé sur le marché général où notre civilisation européenne peut puiser. De nos jours surtout, le nouveau monde n’exerce pas à beaucoup près la même prééminence pour l’or. Traitons maintenant, d’une manière plus particulière, de la production de ce dernier métal.

Il semble qu’il y ait quelque chose de paradoxal à soutenir que l’or soit un des métaux les plus répandus dans la nature; car s’il l’est, comment se fait-il qu’il soit d’une valeur si élevée en comparaison de tous les autres produits de l’industrie humaine ? C’est que la nature a semé l’or presque en tous lieux, mais elle l’a mis partout à très-petite dose.

Il y a extrêmement peu de terrains ou l’on ne trouve quelques parcelles de fer. Le fer est une des substances que la nature a employées le plus, tantôt comme un élément essentiel des corps, tantôt comme un ingrédient accidentel destiné à les colorer, par

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exemple, el üh leur donuer quelquefois des nuances qui en font la beauté et le prix. Après le fer, il n’y a pas de métal que la nature ait distribué aussi généralement que l’or; mais elle lui a fait jouer un rôle beaucoup moindre. Le fer existe souvent en filons très-épais ou en couches massives. Qui n'a entendu parler des inépuisables masses de fer de file d’Elbe, ou de la Montagne de Fer {Iron Mountain) du Missouri, ou des bancs de minerai de fer qui s’étendent à plusieurs lieues de distance dans les Pyrénées, dans l’Aveyron, dans le pays de Galles, dans presque tous les pays du monde? Pour l’or, jamais rien de semblable, jamais rien de plus que des grains ou des paillettes, çà et là, dans des filous ou des veines de quartz ou dans des couches de gravier. Quelquefois encore des parcelles complètement invisibles, disséminées dans des minerais argentifères ou dans ces matières d’un jaune de laiton que le minéralogiste nomme des pyrites (f). Il n’est même pas sans exemple que la niasse tout entière des terrains eu soit imprégnée. Voici, par exemple, ce qu’on lit dans l’.4sie centrale de M. de llumboldt : f Je rappelle à cette occasion qu'à Madrid un chimiste dont les « travaux ont été regardés comme très-précis, M. Proust, m’a

< assuré avoir trouvé aurifère toute la masse granitique autour • de l’Escurial sans que l’on aperçût trace de filons ou de « veines (2). *

M. üomeyko déclare avoir positivement constaté, au Chili, un fait semblable sur une plus grande échelle. i J'ai voulu seut leinenl reconnaître, dit-il , si l’or qui se concentre de préfé- « reuce dans les filons n’est pas un des éléments de la masse « encaissante, de la masse de tous ces rochers qui constituent

< la chaîne d’escarpement de ladite côte de l’Océan. Dans ce ( but j’ai fait divers essais de terre que j’avais soin de recueil- « lir à la surface des rochers, sur les pentes où on n’apercevait f pas la moindre trace de filons aurifères. Ces terres se coint posaient de grains anguleux de feldspath, mélangés de petits

(!) Matières jaunes d'un brillant métallique, que le vulgaire prend souvent pour de l’or, mais qui ne sont que des sulfures do fer ou des sulfures doubles de fer et de euivre.

(X) Asie centrale, tome I, page S28.

« grains de quarlz et de quelques paillettes de mica. Des essais « laits sur 200 grammes de ces terres m’ont donné une parti- « cule d’or seusible à la balance et correspondant à plus d’un « millionième de la substance essayée (1). » Je pourrais citer encore d'autres témoignages dans le même sens (2).

En fait d’or, ce qui répond aux gigantesques amas et aux couches épaisses de fer que l’ou cite dans tant de contrées, ce sout des morceaux gros quelquefois comme une noix ou comme le poing, très-rarement d’un plus fort volume et le plus ordinairement moindres, qu’on désigne sous le nom de pépites. L’histoire mentionne les pépites qui pèsent plusieurs kilogrammes, comme des événements. L’Europe s’intéressa, il y a trois siècles et demi, à une pépite qui, dans les récits du temps, est indiquée comme le grano de oro par excellence. On l’avait trouvée à Haïti, au commencement de 1502, dans les lavages d’or du Rio Ilayna. On l’envoyait, non sans quelque solennité, avec d’autre butin, à Ferdinand et à Isabelle; mais le navire qui la portait fut englouti à peu de distance de l’île, le 29 juin 1502, dans le même ouragan où périrent Robadilla , Roldan et l’infortuné cacique Guarionex. Elle pesait de l i à 15 kilogrammes (3). Eu 1821, on en a découvert une de 22 kilogrammes aux États-Unis, dans la Caroline du Nord, comté d’Anson. Un des sultans de Bornéo se vante d’en avoir une plus belle; mais tous ces échantillons renommés sont surpassés par la pépite, qui, en 1842, s’oflrit aux mineurs russes près de Miask, dans l’Oural méridional; en volume elle ne fait cependant pas tout à fait 2 litres, elle pèse 56 kilogrammes.

L’exploitation de l’or a deux caractères particuliers :

Le premier, c’est qu’on le trouve presque toujours à l’état

(t) Notice sur quelques niiiieruis du Chili anulysds eu 1813, Annales des .Villes, quatrième série, tome VI, page 180.

(2) Dans rtic de Haïti, récemmeut, un iniucur très-instruit, M. Théodore Haupt, ayant, en trois endroits Irès-éloignés les uns des autres, broyé et traité par le lavage la dioritc décomposée, en a retiré de l'or. (Huraboldt, Asie eenlTule, tome I, page !S27.)

(3) On avait fait courir, au sujet de cette pépite, des contes extravagants. M. de Humboldt en rapporte quelques-uns dans le tome Ht de Vllisloire de la géographie du nouceau continent (pages 330, 331).

COURS d’i^CONOMIG POLITIQtlB.

natif, c’est-à-dire à l’état de métal sans combinaison. Le fer, dont nous avons parlé, est toujours uni à d’autres substances qui en changent complètement l’aspect et les caractères; il se présente à l'état d’oxyde d’hydrate ou de carbonate, jamais à l’état natif, excepté dans les pierres météoriques qu'on ne saurait mentionner parmi les mines (1). L’or, au contraire, s’offre le plus souvent pur, sauf l’alliage accidentel, qui ne le dénature pas de quelques centièmes d’argent et d’un à deux pour cent de métaux plus vulgaires, le cuivre et le fer. De même, dans les mines où l’état natif de l’or n’est pas visible, parce que le métal est voilé par sa division même, la science croit qu’il reste juxtaposé plutôt qu’associé chimiquement aux autres corps. C’est de celte manière qu’un grand nombre de mines d’argent offrent de l’or épars en atomes dans les substances argentifères ou dans la roche, tout au plus en paillettes menues qu’il n’y aurait pas moyen d’attaquer séparément. Dans les mines de la Transylvanie qui ont de la célébrité, l’or est mêlé, en petites doses, à un autre métal, le tellure; celles de Chemnitz, qui ont aussi de la réputation, sont, comme celles de Guanaxuato, des mines d’argent aurifère.

Le second caractère qui distingue l’exploitation de l’or est relatif à la constitution des mines elles-mêmes. La plupart des mines d’or proprement dites (j’entends par là les mines qui ne sont pas, comme celle de Guanaxuato, des mines d’argent principalement, où l’or est un accessoire, un accident sous le rapport minéralogique) sont essentiellement d’alluvion. Ce sout des sables ou des graviers placés à la surface du sol, ou à peine recouverts par une épaisseur assez mince d’autres sables ou de terre végétale. A une époque qui, dans la série des âges géologiques, précéda immédiatement celle où l'homme apparut, la surface de la planète fut labourée par les eaux avec une puissance dont les dégâts causés par les inondations de nos jours ne donnent aucune idée. Alors, une grande quantité de roches

(1) Non-seulement ces pierres météoriques sont trop rares pour qu’on les considère comme des mines, mais encore le fer y est uni à quelques centièmes d’autres métaux qui sullisent à le dénaturer.

furent mises en débris que les courants cbarrièrent, roulèrent, pulvérisèrent ou tout au moins arrondirent; c'est ainsi que furent formées les couches d'alluvion que l'on remarque si épaisses quelquefois , et parsemées de galets très-nombreux , dans les vallées, bien au-dessus du niveau actuel des fleuves. En broyant une immense quantité de rochers pour en étendre le détritus sur la surfaee de la terre, ce cataclysme donna naissance à cette couche friable qui, presque partout, mais principalement dans les fonds, recouvre le roc, et dont le dessus est la terre végétale. Cette période qui, au premier abord, semble un âge de destruction, eut pour eifet, au contraire, de rendre la planète habitable par l'homme, d'en assurer la salubrité en comblant de nombreux abîmes remplis d'eaux stagnantes, et en traçant correctement les vallées ; elle en (il la fécondité, en préparant la surface de la planète, afln que la culture du sol y fût possible. Â cette mémo époque se formèrent les gisements d'or sur lesquels l'industrie humaine s'exerce le plus, les gisements d'alluvion.

Il ne reste guère de doute aujourd'hui aux savants sur ce point que les eaux, dans le déchaînement qu'elles eurent alors, rencontrèrent à la surface du sol, en certaines contrées, des déjections aurifères qui formaient même de vastes épanchements. C'était venu de l'intérieur de la planète, de même que unt d’autres roches, que les géologues désignent sous le nom générique de terrains cristallins ou non stratiliés. I.e métal précieux y était réparti dans des filons de quartz ou dans des veines ramifiées de la même substance; la masse entière, on vient de le voir, en était plus ou moins imprégnée elle-même dans un grand nombre de cas. Dans leurs parties les plus voisines de la surface, ces liions, ces veines ou ces roches massives, par un phénomène de distribution dont le règne minéral présente des exemples, contenaient beaucoup plus d'or que dans la profondeur où il est facile encore de les suivre (1), comme

(!) Cette opinion, fort accréditée aujourd'hui, est établie par M. Duport, dans les termes suivants :

« Parmi ces faits encore isolés, il en est un qne j'ai pu observer dans tontes les grandes veines métallifères du Mexique : c'est que l'or se présente

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