COURS DV.CONOMIE POLITIQUE
on suit, en creusant, les racines d’un arbre. Par des causes que je n’essayerai pas d’exposer ici , ces déjections se montrèrent , dans certains pays au moins, très-faciles à désagréger à la superficie, c’est-à-dire dans la partie qui était précisément plus riche eu or que le reste, et c’est ainsi que se formèrent des alluvions aurifères d’une grande étendue.
Un autre phénomène parait avoir eu lieu alors : ces masses d’eaux en mouvement, dans des oscillations peu violentes, mais prolongées, qui auraient marqué la fin de la période, auraient fait subir un remaniement, une sorte de lavage aux matières broyées. A la faveur de cette opération de la nature, l’or s’accumula dans une partie des alluvions, de préférence au reste, de même que, sur une table à secousse», sous l’action d’un petit courant d’eau, dans les ateliers de préparation mécanique d’une mine de plomb ou de cuivre, les matières les plus pesantes se séparent des autres. Sans doute parce que c'est l'endroit où ce travail de lavage se soutint le plus longtemps, c'est à peu de distance des cours d’eau actuels que l’or, habituellement, est le plus abondant, et c’est là qu’on va le chercher communément. Cependant le sable aurifère recouvre maintes fois les versants des collines et les plateaux.
Les alluvions aurifères composent, au milieu de l’alluviou générale qu’on rencontre plus spécialement dans tous les fonds, des bancs d'une forme particulière : ils sont plats et oblongs,
tüujuurs en plus gronde ubonduiice vers le jour, lundis que sa proporlion diminue avec la profondeur; souvent ce mélul apparuil en quantité considérable dans les boursouflements qui s’élèvent au-dessus du sol à rorilicc des liions, ou dans les épanebements borizonlaux qui s'étendent à rculonr de cet orilice.
« Au Mexique, il est peu de mines d’argent qui soient absolument privées d’or; seulement, à mesure que l’on avance en profondeur, su proportion diminue. A Guadulope y Calvo, sur la crête du tilon, un seul coup de marteau détacbait des fragments de roebe où l’or se distinguait aisément : prise A 100 mètres de profondeur, cette veine de quartx, large de 18 mètres, ne contenait plus que de faibles parcelles d’or, que l’œil ne découvre plus, que le mercure seul peut recueillir. » {Û’une banque ttrriloriaU hypotlucuire, 18A9, page 59.)
M. Doneyko parle dans les mêmes termes des filons d’or du Chili. Annales des .Villes, quatrième série, tome IX, page 368.
de 50, 100, 200 mètres de longueur et plus encore, mais beaucoup plus étroits. L’or y est plus rare à la périphérie que vers les pai'ties ccutrales.
Les mines qu'il y eut aiîtrel'ois dans les Gaules et qui avaient donné assez d’or pour exciter la cupidité de Jules César, celles qu’on a travaillées jadis eu Égypte, et dont le souvenir ne s’est perpétué que sur les impérissables monuments des Pharaons; celles d’Haiti, aujourd’hui délaissées ou épuisées; celles de l’intérieur de l’Afrique, dont il y aurait lieu d’attendre de grands produits si elles n’étaient entre des mains barbares; presque toutes celles qui, au Brésil, il y a cent ans, étaient fort productives; la plupart de celles de la Nouvelle-Grenade; beaucoup de celles du Chili, et de celles qui, aux États-Unis, sont éparses au pied des monts Alléghauys; celles de rarchipcl de la Soude, de la Chine et du Japon, comme celles des Monlézumas et des lucas; celles de l’Oural et de l’Allai, dont on racontait des prodiges avant que les rumeurs de la Californie ne fussent venues étourdir le publie; celles enfin de la Sonora, de la Californie elle-même, ont ce caractère de mines d’alluvion. Quant aux filons, et aux gisements en veinules, nommés gisemenis de contact (1), qui, de même que les filons, recèlent l’or dans son site primitif, ils ne sont en œuvre que sur quelques points. On en exploite quelques-uns dans les montagnes du Choco, qui dé|)end de la Nouvelle-Grenade; au Brésil, dans la province de Minas- Geraës, une bonne partie de l’or qu’a produit la localité de Gongo-Socco avait cette origine. On a travaillé avec succès un petit nombre de filons au Mexique, à Oaxaca, Vilalpando, près de Guanaxuato; on a cité plusieurs filons du Chili pour avoir donné des trésors (2). On en signale un ou deux en Sibérie, notamment à Berezofsk. Mais, à part quelques exceptions, ils ne donnent que des produits insignifiants auprès des mines d’allii-
(t) Leü giscmciiU de lonlurt sont ainsi nomnit's parce qu'ils sont A In séparation des terrains que la géologie qualifie de cristalUni ou non slralifiés et de ceux qu'elle np|iclle slratifiéê.
(3) Le plus eoininuuéinent au Cliili ce sont des filons de pyrites auril'èrcs. Voyez sur ces mines le Mciuoire déjà cité de M. Dnmcyko. /Inurdcsdes Minet, quatrième série, Ionie VI, page 177.
214 COURS d’économie politique.
vion. L’homme a plus d’avantages à aller prendre l’or dans les couches de gravier où, grâce au travail de la nature elle-inéine, on est dispensé de la double besogne d'une excavation profonde dans les entrailles de la terre, et d’dnc préparation mécanique pour pulvériser les matières aurifères. Les vraies, les grandes mines d’or sont donc les alluvions. C’est une question si les filons, qu’on assure avoir reconnus dans la Sierra-Nevada de la Californie, ne restitueront pas la prééminence aux gisements primitifs du métal. On a dit qu’il en était ainsi ; mais que n’at-on pas dit à l’occasion de cette contrée? Jusqu’à présent il est permis d'en douter.
De ces deux circonstances caractéristiques, la première, de s’offrir à l’état natif, simplifie extrêmement la métallurgie de l’or; la seconde, d’étre tout près de la surface du sol, rend l’exploitation des mines infiniment aisée. Joignez-y ces deux faits, que les alluvions aurifères sont fréquemment à la surface du sol ou tout près de la surface dans la plupart des pays, et que ce métal a une inaltérable beauté qui le distingue entre tous et qui attire les regards, et vous saurez comment il se fait que chez presque tous les peuples, quelque imparfaitement civilisés qu’ils fussent, les premiers historiens aient signalé l’usage de l’or; pourquoi quelques parcelles d’or se voient aux mains d’un grand nombre de tribus sauvages; pourquoi presque toutes les peuplades naïves que rencontrèrent les Espagnols , avant qu’ils missent le pied dans l'empire de Alontézuma ou sur le sol péruvien, avaient de petites plaques d'or pour se parer, et de menus ustensiles, tels que les hameçons pour la pèche, en or plutôt qu’en tout autre métal. 11 a suffi que quelques pépites, ou quelques lames plus grandes que les paillettes ordinaires, se fussent présentées aux regards des hommes, dans le lit de quelque ruisseau, pour qu’ils recherchassent avec un soin particulier cette substance constamment éclatante, que la malléabilité rend si facile à étendre, de manière à en faire des ornements ou de petits outils (1).
(1) L’argent se montre quetqaefois à l’élot naljfj tes mines de Konsberg, en Norwëge, ont donné beaucoup d’argent natif. Dans son Traité de miné-
Le fait d'étre en aliuvions médiocrement épaisses, sous la forme de bancs de peu d’étendue, où l'or est extrêmement ciair-semé, entraîne comme conséquence que les mines d’or s’épuisent bien plus rapidement que d’autres. Voici une superficie d’un myriamètre carré de terrain; c’est la cinq millième partie de la France à peu près. Islle offrira, supposons-ie, des bancs aurifères de deux mètres de puissance, c’est déjà beaucoup; il ne faudra que 200 mètres cubes d’alluvion aurifère pour rendre un kiio;^. d’or : on verra plus loin que c’est une teneur satisfaisante. Mais les bancs exploitables, épars çà et là, n’occuperont que la dixième partie de la superficie totale. Le myriamètre alors se réduit à une surface exploitable de mille
rologie, M. Dufrenoy rapporte qu’on y en a trouvé deux masses de plus de 1,000 kilog. chacune. Aux mines mexicaines de Batopilas, l'argent natif est assez commun. Mais les gi.sements d'argent natif dignes d'étre cités sont des raretés dans le monde, et, outre qu’elles sont moins nombreuses que les mines d'or, les mines d'argent, natif ou autre, gisent dans les entrailles de la terre, où il n’est pas facile d'aller chercher le métal. Pour l’en retirer, il faut un état des arts qui suppose un certain avancement des sciences et de la civilisation en général. Voilà pourquoi l’argent était fort rare en Amérique, même sur le continent, chez les Péruviens et les Mexicains, qui cependant étaient déjà des peuples industrieux, quand les conquûtadores y arrivèrent. Le cuivre, qui est facile à travailler quand il est pur, se montre parfois à l'état natif, beaucoup moins pourtant dans les contrées coupées de longue main par la civilisation européenne que dans quelques autres régions; mais alors il n'est pas, si ce n'est par exception, d'une pureté qui permette de l’employer, de le travailler, même grossièrement, au lieu que l’or, même allié à d’autres métaux dans une certaine proportion, garde une malléabilité remarquable. Et puis les mines de cuivre, surtout celles où il y a du cuivre natif, sont partout moins nombreuses que celles d’or, quoiquelles soient plus riches; enfin, comme pour l’argent, il faut retirer le minerai de la profondeur de la terre. Du reste, en Amérique, on a trouvé des peuples qui avaient quelques ustensiles , ou plutôt quelques ornements simples eu cuivre. Des cavernes, qui out servi de sépulture à quelques tribus indiennes, ont présenté une grande quantité de bracelets en cuivre, et il est hors de doute que les Mexicains et les Péruviens exploitassent les mines de cuivre et préparassent le bronze ; ils faisaient leurs outils de cette dernière composition. Quant au fer, qui est à la fuis le plus répandu des métaux, et celui dont les mines sont les plus riches, la métallurgie qui le concerne était difiicile à inventer. De tous les métaux, le fer est le premier par l’utilité, mais c’est le dernier que les hommes aient su préparer avec le degré de pureté qui le rend propre à tant d'emplois divers.
COURS d’économie politique.
hoclares. Il faut 100 mètres carrés, ou un centième d’heclare pris dans la superficie utile pour rendre 1 kilog. d’or; les mille hectares exploitables ne pourront donc fournir plus de 100,000 kilog. d’or. En quinze ou vingt ans un gisement qui aura excité peut-être l'altention du monde entier sera totalement vidé d’or. H le sera en dix ou en cinq, si le pays est peuplé et industrieux. Avec des mines d’argent du genre de celles qu’on rencontre en Amérique, un seul lilon qui se présenterait, je ne dis pas sur une superficie d’un myriamètre carré, mais seulement sur un myriamètre de long, donnerait lieu à une exploiUition infiniment plus longue.
Ainsi, pour qu’une mine d’or exerce de l’influence sur le marché général du monde, pour qu’elle parvienne à modifier sensiblement la valeur relative de ce métal, il est indispensable que le gisement ait une grande superfieie. Depuis que les Européens se sont emparés du nouveau continent et qu’ils y cherchent de l’or, on eu a trouvé beaucoup de mines dont le rendement était supérieur à celui des alluvions exploitées en Europe, toute cherté de la main-d’œuvre étant balancée de même que toute autre dépense, et la baisse de l’or s’en est suivie. La baisse n’a cependant pas eu lieu dans les proportions que faisaient pressentir plusieurs de ces gîtes, parce qu’ils étaient fort restreints et qu’ils ont été épuisés avant d’avoir pu exercer une influence appréciable sur l’offre comparée à la demande.
De nos jours surtout, la quantité d’or qui existe à l’état d’offre sur le marché est fort considérable; car, ainsi que nous l’avons dit pour l’argent, tous les lingots et toutes les monnaies en circulation sont à cet état d’offre. Donc, de nos jours plus que par le passé, pour que des mines nouvelles occasionnent la baisse de la valeur de l’or, il faut qu’elles ouvrent à l’industrie une carrière très-vaste, que ce soient des gisements irèséiendus.
Voici une autre conséquence de la manière d’étre des mines d’or: La main-d’œuvre représente presque en totalité les frais de production de l’or, autres que les redevances au trésor public, quand il y en a, surtout si l’on fait abstraction des frais que subit le métal après qu’il a quitté la mine. C’est, en effet, une
LA MONNAIE, SECTION VI, CUAPITItE I.
industrie OÙ il y a très-peu de capital engagé sous la forme de machines ou de travaux préparatoires. Même sur les mines les mieux travaillées de la Russie boréale, les engins sont d’une grande simplicité : ce sont des tables de différentes formes pour le lavage. Les travaux préparatoires aussi sont extrêmement bornés : ce n’est plus, comme dans les mines d’argent du Mexique, un vaste ensemble, de puits profonds et de galeries longues, qui coûtent, les premiers surtout, des sommes énormes; pas de fourneaux non plus pour le traitement des minerais. Tout se réduit, en fait de travaux préparatoires, à déblayer la surface des bancs aurifères de quelques mètres de sables stériles, quelquefois de quelques décimètres ; en fait d’appareils, à de petits creusets, dont à la rigueur on peut se passer, puisque l’or se vend en poudre comme en lingots. Point de capital de roulement non plus, sous la forme de bois, de poudre, de fer et d’acier, pour l’extraction du minerai, ou sous celle de combustible et de réactifs chimiques pour le traitement du minerai une fois extrait. Ce sont les journées des ouvriers qui., à peu de chose près, constituent toute la dépense d’une mine d’or.
Cherchons maintenant à nous faire une idée des conditions auxquelles les hommes extraient l’or, de la quantité de travail à laquelle les oblige, lorsqu’ils veulent s’en procurer, l’avarice avec laquelle la nature a semé ce métal, même dans celles des alluvions où elle semble s’être plu à le concentrer.
Nous avons un exemple à nos portes, chez nous-mêmes, dans la vallée du Rhin, car l’industrie des orpailleurs y subsiste. Un mémoire d’un savant ingénieur, M. Daiihréc, professeur à la faculté des sciences à Strasbourg, a récemment attiré l’attention sur ce gîte aurifère, et nous fournit des faits précis bien observés (1). La production de l’or est fort ancienne dans la vallée du Rhin; moindre aujourd’hui qu’avant la découverte de l’Amérique, elle s’élève pourtant encore, entre Bâle et Manheim, à 45,000 fr. par an. Il est douteux que, parmi les autres fleuves de l’Europe, il y en ait un seul qui donne autant. Tout
(i) Complet retulut de l' Académie des scieuccs, Ionie XXII, page 6311, et Annales des Alinei, quatrième série, tome X, page 3.
coüRS n'ÉconosiF. roi.iTigci;. 19
21$ COUKB D’éCOMOMIE POUTIQUE.
entière, la spacieuse alluvion au milieu de laquelle est placé le lit actuel du Rhin, contient de l'or; mais elle n’en a pas partout, à beaucoup près, en quantité suffisante pour attirer les orpail'c leurs. On ne peut chercher utilement l'or qu’en de petits bancs que forme joumeliement le fleuve par le remauiemeut de sou propre gravier, et où il réunit les paillettes de métal trop dissémi' nées dans la masse. Ces bancs sont toujours situés à l'aval d'uae rive ou d’une île que les eaux ont rongées ; le métal y est placé à bi pointe supérieure, au milieu du plus gros gravier, et l'épaiS' seur exploitable avec avantage n’a pas plus de 15 ceutimètres moyennement. Ces petits champs d’exploitation rendent eu or de 15 à 15 cents millionièmes des matières soumises au lavage, à peu près 1 kilog. sur 7 millions. L’ensemble des graviers du Uhiii ne contient que 1 kilog. d’or sur 125 millions, de sorte que ce second travail du fleuve sur ses alluvions premières coudeuse le métal dans le rapport de 1 à 1£. Malgré cette concentration cependant, il faut remuer et laver sous le courant près de i mille mètres cubes de sables et graviers pour obtenir i kilog. d’or, d’une valeur d’envirou 5,000 fr, La Journée de l’orpailleur lui rapporte liabitucHemeut de 1 fr. 50 à 2 fr. ; disons 1 fr, 75, c’est à peu près la valeur d’un demi-gramme d’or flu. Dans de rares journées, d’un bonheur extraordinaire, il gagne 10 et mémo 15 fr., ce qui répond environ à 3 grammes ou 4 1/2 grammes. On se place au delà de la vérité quand on porte la quantité d’or que produit en moyenne la journée d’un homme à deux tiers de gramme.
C’est parce que l’or se présente partout plus ou moins dans ces conditions d'exlréme rareté, c’est parce qu’une journée de travail n’en produit que des atomes, qu’il a une grande valeur eu comparaison des autres objets. Les mines d’or sont nombreuses, et leur richesse, ou pour mieux dire leur pauvreté, n’est pas iinirorme ; mais partout il faut beaucoup de labeur pour obtenir une petite quantité de mctal. Donc le métal, quellu qu’en soit la provenance, est cher.
Puisqu’en nos contrées, un homme, dans une journée de travail, ne retire d’or, de nos sables, que la modique quantité des deux tiers d’un gramme, il a bien fallu, du mometit que les
LA MONNAtfc, SEÉffOM VI, CEAPlrllE I.
homifieii voulaient de l’or pour rornenient de leurs demeures ou de leurs personnes, que la petite quantité de deux tiers de gramme d'or ftU payée en toute autre marchandise par nne quantité qui répondit à peu près à ce qu’en peut faire un homme dans sa journée, tous frais accessoires compensés.
Pour faire connaître à quelle extrême division peut arriver l’or dans lés gisements d’alluvion, il suffit de dire que, pour un poids d’un milligramme, il faut de <7 à 22 paillettes d’or du Rhin. Ainsi, pour un kilogramme d’or, il faut de 17 à 22 millions de paillettes. A ce compte, la célèbre pépite de Hiask re> présente 612 à 798 millions de paillettes du Rhin ; et un mètre cube des graviers moyens qu’on exploite dans le Rhin, quelque peu qu’ils soient riches, contient encore de 56,000 à 45,000 paillettes.
Une aussi prodigieuse exiguïté des paillettes d’Or rend compte de la distance à laquelle des courants impétueux ont pu transporter l’or. C’est ainsi que, selon M. Daubrée, l’or qu’on trouve dans le Rhin, à Strasbourg, provient des Alpes, d’ob le Rbin sort, à une grande distance de Strasbourg cependant. M. Daubrée en donne les preuves minéralogiques.
Il ne faut cependant pas juger de tous les dépôts aurifères d’après ceux du Rbin, pour ce qui est de la division du métal. La ténuité des paillettes du Rhin provient de ce que le métal était disséminé, au sein des montagnes, entre les feuillets d’un Schiste qui le recelait en petites lames infiniment minces. Les alluvioiis aurifères de l’Amérique et de la Russie boréale sont formées des débris de roebes ou de filons qui renfermaient l’or en grains. Dans l’Oural, dans la Sibérie, au Chili, selon de savants observateurs, les grains pèsent chacun i habituellement t plus d’un centigramme, et souvent sont beaucoup plus lourds. < Chaque grain est donc en moyenne 200 à 400 fols et très- I souvent 1,000 fois plus gros qu’une paillette du Rhin ou de I l'Eder (1). »
Mais, à cause de la grande pesanteur spécifique de l’or, des grains d’un centigramme sont de bien petites particules. Dans
(1) Daubrée, Mémoire déjà cité.
COURS d'économie politique.
la Russie boréale, dont les gisements donnent de si grands produits, je tiens d'un voyageur parfaitement compétent que l'observateur le plus attentif, en regardant la tranche des bancs aurifères à l'œil nu ou même avec une loupe, ordinairement n'aperçoit pas l'or. C'est le lavage seul qui en accuse la présence (1).
Nous pouvons prendre les lavages du Rhin comme un point de départ, et considérer les circonstances de ce gisement comme le minimum de ce qui peut donner lieu, en nos pays d’Europe, à une exploitation suivie. De cette manière, nous aurons une base pour les raisonnements que nous pourrons hasarder sur la question de savoir comment la valeur de l'or peut baisser.
Des mines nouvelles sont découvertes et mises en exploitation. L’or y est plus abondant, et de beaucoup, que dans la vallée du Rhin. La journée de travail d'un homme, au lieu d’y rendre deux tiers de gramme de métal fin, en rend plusieurs grammes; que s’ensuivra-t-il?
Pour qu’une baisse se manifeste à la suite de cette exploitation, plusieurs conditions sont à remplir :
Il ne suffit pas qu’une journée de travailleur y produise plus de deux tiers de gramme. Avec ce rendement, l’exploitation se soutient dans la vallée du Rhin, parce que c’est un pays où les deux tiers d’un gramme d’or fin représentent une rémunération égale au salaire habituel des hommes. Si la scène se passe aux États-Unis, où les salaires exprimés en métaux précieux sont plus forts et où un homme de peine reçoit jusqu’à 1 dollar, l’exploitation des alluvions aurifères ne se maintiendra qu’autant que le rendement quotidien d’un travailleur sera d’un gramme et demi de fin. Avec un rendement pareil, l’exploitation d’une nouvelle mine d'or, aux États-Unis, ne tendra aucunement à faire baisser le prix de l’or en Europe, et même, pour déterminer plus exactement le rendement moyen à partir duquel l'exploitation de la mine américaine commencerait à exercer de
(1) Il pai’ail bien qu’il y a, dans les alluvions de la Russie bore'ale, une substance argileuse qui, en voilant les paillellrs, coniribue ù enqiéclicr qu'on ne les dislingue.
LA MONNAIE, SECTION VI, CHAPITRE 1. ül
l'influence sur la valeur de l'or, à cette quantité d'un gramme et demi on devra ajouter un supplément égal à la somme des commissions que prélèveraient tous les intermédiaires par les mains desquels passerait le métal, entre le mineur américain et le marché général, pour le siège duquel on peut prendre, à peu près indifTérenimeiit, New-York, Londres ou Paris.
Parmi ces intermédiaires, dont quelques-uns sont exigeants, il convient de ranger le trésor public dans les pays où l'exploitation de l'or est soumise à un impôt spécial, et il est peu de pays à mines productives où le fisc n’intervienne pour prélever sa part.
Au nombre des causes qui, pour un entrepreneur d'industrie, enchérissent l'extraction de l'or dans une proportion sensible, et dont les effets peuvent être assimilés aux prélèvements opérés par les personnes placées entre le producteur du métal et celui qui l'achète pour s’en servir, il en est une, peu flatteuse pour l'homme, qu'il faut cependant indiquer dans cette analyse. Je veux parler du vol. Déjà, dans les mines d’argent du Mexique et 'du Pérou, les ouvriers soustraient des morceaux riches de minerai; pour empêcher ces détournements, on les soumet vainement à des visites quelquefois ignominieuses. C’est une éternelle guerre d’astuce entre l’ouvrier qui veut s’approprier des fragments de prix et le surveillant qui cherche à faire restituer ce qui a pu être dérobé (1). Avec l’or, la tentation est bien plus grande et le larcin bien plus aisé. L’or se présentant à l'état natif et fort divisé, on n’a qu’à en avaler des grains au moment où ils se montrent pour causer à l’entrepreneur un dommage réel. On ne peut douter que ces soustractions, toujours renouvelées, n’aient contribué à arrêter l’extraction de l’or dans l’Amérique espagnole, et à y faire préférer celle de l’argent. Un système d’exploitation qui serait à l’abri de cette difficulté est celui dans lequel les ouvriers de bonne foi, associés entre eux, feraient le lavage pour leur compte. L’extraction de l’or se prête à cette combinaison bien mieux que la plupart des
(1) Voir pour les déLiils le Voyage au Pérou du docteur Tschodi, chapitre XII.
23S COURS d’écoromir politique.
induslries, parce qu'elle ne réclame presque pas de mise de fonds préalable. C’est une opération simple, de très>peu de durée, qui se résout à peu près tout entière en main-d'œuvre, et qui donne, presque chaque soir, des produits marchands d’un débit assuré et immédiat. Dans un très-grand nombre de cas, il y sufiGrait d’une association peu nombreuse dont les membres se surveilleraient sans peine les uns les autres. C'est une petite industrie, une industrie essentiellement morcelée, lors même que beaucoup d’ateliers appartiendraient à la même personne; donc elle est plus qu’une autre à la portée des ouvriers s’érigeant eu entrepreneurs d’industrie. Exprimons la même idée sous une autre forme : c’est une industrie qui, pour bien faire, doit être assise sur une base démocratique. D’oii l’on est fondé à prévoir que, chez un peuple qui aura les goûts et les habitudes de la saine démocratie, elle aura une tendance distincte à réussir.
On peut donc présumer que le génie national des Ânglo-Âméricains leur ménagera des succès particuliers en Californie. On peut présager qu’ils y appliqueraient, plus naturellement et plus heureusement que d’autres, le système des petites associations. Sous ce régime, on y verrait très-peu de ces larcins qui ont déshonoré d'autres exploitations d’or, et les ont fait abandonner.
Les commentaires qui précèdent motivent suffisamment les conclusions suivantes, touchant l’influence qu’il est possible à de nouvelles mines d’or d’exercer sur la valeur relative de ce métal.
1° C’est principalement au taux de la main-d’œuvre qu’est subordonné le montant des frais de production de l’or dans chaque exploitation. De nouvelles mines d’or ne peuvent déprimer le prix du métal, si, dans le pays où elles sont situées, la main-d’œuvre est plus chère que sur les mines exploitées ailleurs, qu'autant que le rendement de ces mines serait plus grand au moins dans le rapport des prix comparés de la maind’œuvre, tous autres frais compensés.
2° Quand cette condition sera remplie, la baisse ne s’ensuivra pas nécessairement; il faudra de plus que le champ ofl'ert
par les nouvelles mines à riudustrie humaine soit assez vaste pour que la quantité de métal qui se présentera désormais sur le marché général soit sensiblement agrandie, et que l’accroissemeut persiste pendant un certain laps de temps.
ù" Il est indispensable enfln que le pays ofl're des cours d'eau, afin qu'on ait des moyens de lavage. Transportez au milieu du désert de Sahara les plus riches alluvions de la Russie boréale ou de la Californie, on n'en pourra rien faire ; car la méthode de travail qui seule peut réussir avec des minerais pareils, c'est le lavage. 11 est possible d'économiser l'eau, il u'est pas possible de s'en passer.