‹ La monnaieChapitre 4 sur 81 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ce n’est pas & dire qu’il soit mal d’avoir des signes, parallèleinenl a la monnaie.

Si je combats ici l’idée d’après laquelle la monnaie serait un signe, ce n’est pas que je repousse systématiquement toute conception qui tende à remplacer dans une certaine mesure la monnaie, c’est-à-dire les métaux précieux, par des signes bien reconnus pour tels. On comprend sans peine, et c’est un sujet qui sera l'objet de beaucoup de développements dans le cours même de ce volume, que les métaux précieux étant des substances chères, il est avantageux d’organiser le mécanisme des échanges, de façon qu’il fonctionne bien sans en absorber une trop grande quantité. Si l’on se refusait à admettre toute repré-

(1) Aiustotc, Potilique, livre I, cbapitre lit. Traduction dcM. Barlhélcmy Saiul-IIilaire, lomc I, page 33. Pans une note au bas de la page, M. Barthélemy Saint-llilairc a montré quel était le véritable sens d'un autre passage qu'on avait supposé en contrndiotion avec celui-ci.

3i COURS U’éCONOMtr. politique.

sentation de la monnaie dans le règlement des transactions, toutes les opérations de commerce, grandes et petites, ne se feraient plus qu'argeiit ou or comptant. Ce serait un grand obstacle aux actes d’achat et de vente, et il faudrait qu’une trèsgrande partie de la richesse de la société fût sous la forme de métaux précieux monnayés. Le souci de se procurer des métaux précieux, non point noininaleinent, mais en nature, deviendrait presque aussi poignant que celui d’avoir du pain. Ce serait pour la société une dure servitude sous bien des rapports. L’esprit d’invention des hommes s’est donc porté vers la recherche de combinaisons à l’aide desquelles la société pût subvenir au service des échanges avec une quantité relativement modique d’or ou d’argent monnayés, et ces efforts ont été couronnés de succès. Ainsi qu’on le verra, c’est par le moyen du crédit qu’on a résolu le problème. Ce sont des titres ou des instruments de crédit qui ont pris, et dans de vastes proportions, la place de l’or et de l’argent. Mais tous ces titres et instruments représentent des métaux précieux. Ce sont des engagements diversement formulés, par lesquels on s’oblige à délivrer des quantités parfaitement déterminées d’or ou d’argent, à un moment convenu. Voilà ce qu’on peut à bon droit appeler des signes. Je n’ai pas à exposer ici par quels expédients les règlements de compte se font sans qu’on effectue, au moment fixé, l’apport de rien de plus qu’uue fraction souvent extrêmement petite de la quantité totale d’or ou d’argent qui a été stipulée par l’ensemble des parties conti-actantes ; c’est encore une question qui nous occupera daits une autre partie de ce volume. Il suffit de dire ici que ces signes ne sont acceptables et acceptés, à moins de circonstances exceptionnelles et essentiellement passagères, que parce qu’on est certain qu’il y a par derrière des réserves d’or ou d’argent qui servent à solder la balance des comptes, toute compensation faite, et où chacun a la faculté de puiser, si tel est son désir, jusqu’à concurrence des signes qu’il a entre les mains. Supprimez la monnaie, c’est-à-dire l’or et l’argent, aussitôt les signes sont illusoires, tout au moins fort incertains, et le système devient ce que deviennent un navire sans lest, un édifice sans fondations.

En un mot, il peut y avoir des signes qui prennent, jusqu’à un certain point, la place de cette matière utile, comme dit Aristote, de cet objet à la fois mesure et équivalent, comme dit lord Liverpool, qui est la monnaie, qui seul l'est. Non seulement c’est permis, mais c'est fort désirable. Il n'en reste pas moins vrai que la matière utile, l'objet mesure et équivalent est indispensable à côté des signes, afin que la représentation soit bien réelle et puisse être sans cesse contrôlée.

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