CHAPITRE III
('.oiniiir-iit le nlrc.■llli^nH• imliislricl, ni se luTfoclionniiiil, poi nicl île se livrer
il une mllmc quniiliiti île Irnnsacliuns nvee une qmmiilii moindre il'esiièccs.
~ 1.08 méiHUX |iréeicu\ remplnevs eu grande partie par le crédit.
L'usage de Ihésaiiriser retient sans utilité, chez plusieurs nations, une assez grande quantité de métaux précieux monnayés. C'est une mauvaise habitude qu’il faut combattre, qui ne disparaîtra cependant que lorsque la sécurité sera deveuuc complète chez les peuples qui l'ont contractée; elle se perpétuera donc indéfiniment chez les nations qui sans cesse se livrent à des agitations violentes, chez celles qui sont soumises à une autorité spoliatrice ou exposées à des incursions de barbares. La monnaie qu'on thésaurise doit être considérée comme n’ayant plus rien de commun avec les opérations journalières du commerce. C'est autant de retiré du mécanisme des échanges. Il est une autre coutume, legs des temps de méfiance, qui agit sur la masse d'espèces monnayées nécessaire au service des transactions, pour l'enfler dans une forte proportion ; c'est d'avoir chacun une cais.se à domicile, et d'effectuer soi-méme scs recettes et scs payements. Tous ces fonds de caisse individuels, qui attendent un emploi, composent, à tout instant, dans un grand État, une très-grosse somme. Les nations dont les idées commerciales sont avancées ont imaginé et adopté quelques dispositions organiques, moyennant lesquelles la majeure partie de celte richesse stagnante devient un capital actif.
 l'isolement et à la dispersion, le remède naturel gît dans la centralisation. II faut que, quelques hommes devenant les caissiers de tous, le service des payements et des recettes se fasse par leur entremise. Ils y subviendront facilement avec une fraction du numéraire qui, auparavant, restait épars dans les caisses particulière.s. Si l'on établit ensuite une autre centralisation parmi ces agents eux-mêmes, on portera le mécanisme à un haut degré de simplicité et de perfection. Ces deu.x degrés de centralisation existent Irès-dislinctemcnl à Londres.
LA MONNAIE, SECTION X, CUAPiTRE III. 319
Là, Don-seulcment les chefs d'industrie, mais tous ceux qui out quelque aisance, s'abstiennent de garder chez eux du numéraire, si ce n'est cette quantité insigniGante qu'on peut appeler l'argent de poche. On dépose tout ce qu'on a d'espèces chez son banquier [banker), qu'on devrait plutôt qualiüer de caissier. Tous les payements journaliers, commerciaux ou domestiques, que chacun faisait autrefois en tirant des écus de sa caisse propre, s'opèrent par le moyen d'une traite à vue {check) que le débiteur délivre sur son banquier. Le créancier, à qui la somme a été remise, l'apporte à un autre banquier, dont il est le client, ou plutôt il remet le check à celui-ci. Chaque jour, dans l'après-midi, tous les banquiers se font représenter par un de leurs commis dans un bureau central (le Clearing-üoute ou chambre de liquidation), où ils échangent les traites qu’ils out à recevoir contre celles qu’ils ont à payer, et ainsi un immense mouvement de fonds se réduit au versement de quelques balances. Je lis, dans un document parlementaire, que pendant tout le cours de l’année 1839, avec 66,275,600 liv. sterl. en numéraire (1), on a liquidé dans le Clearing-Hou$e une masse d’engagements montant à 951,401,600 liv. sterl En moyenne, quotidiennement, 200,000 liv. sterl. ont tenu lieu de 3,000,000. C’est la proportion d'un pour 15 (2).
Indépendamment des deux degrés de centralisation représentés, le premier, par les bankers, le second, par l’institution du Clearing-House, on doit en signaler un troisième, qui résulte d’un premier mode d'intervention de la Banque d’Angleterre. Elle fait, par rapport aux bankers, ce que font ceux-ci relativement aux particuliers. Elle est la dépositaire de leurs fonds en compte courant (3). Et ainsi, il n’y a plus, dans celte opulente
(!) Presque tout en billets de la Banque d'AuglcIcrrc. Ou va voir bientôt (p. 351) comment le billet de banque se substitue aux espèces.
(2) Hank.1 of hune, second rapport, 18tl, page 320.
(3) Toutes les personnes qui sont dans les affaires savent ti'ès-bieii ce que c’est (pic d'être eu compte courant avec une bainpic ou un banquier. On a, h la banque ou citez le banquier, un crédit ouvert; ici, les crédits résultent du ce que des sommes ont été déposées à lu Itainpic par les particuliers ou pour eux. La Banque inscrit à l’actif de ceux-ci toutes les soinnics (|u'ils versent, ou qu’elle reçoit pour eux, à leur débit toutes celles qu'ils retirent
COURS d'économie politique.
ville, qu'uue seule caisse, autour de laquelle tout se meut, où tout cotre et de laquelle tout sort. De cette manière, tout se passe avec une économie extrême de démarches, avec un tout petit déplacement de numéraire, et se réduit, ou peut se réduire à peu près, à quelques lignes d’écritures sur les livres de la Banque, pour transporter les sommes du crédit de l’un au crédit de l’autre.
Les banquiers, qui ont reçu les dépdts des particuliers, les emploient à leurs opérations propres, sous leur responsabilité personnelle ; et l'un des effets de cet emploi est que les métaux précieux qui formaient la monnaie en excès sont convertis en lingots, exportés, ou utilisés comme matières premières dans les arts. Seulement, les banquiers ont des précautions à prendre, afin d’étre en mesure de toujours répondre aux demandes d'espèces, que sont en droit de leur adresser, à chaque instant, les particuliers dont ils sont les dépositaires (1).
Dans tous les pays dont l’éducation commerciale est faite, le même système se retrouve, sauf des nuances plus ou moins marquées. Le plus ordinairement, ce sont les banques publiques qui remplissent l’office dont, à Londres, se chargent les banker$. C’est ce qui a lieu presque partout dans les îles Britanniques et aux Étals-lJuis. A Paris, un très-grand nombre de commerçants sont en compte courant avec la Banque de France; ils lui livrent leur numéraire sans exiger d’elle aucun intérêt, à la charge, par elle, d’effectuer pour eux les encaissements à domicile, et d’acquitter, de leurs fonds, les mandats qu’ils délivrent sur elle. Le service des recouvrements qu’elle fait au dehors, pour les particuliers, est extrêmement étendu, et c’est une des dépenses de l’institution.
personnellement, ainsi que le munlantde tous les mandats par eux délivres sur la Banque, soit que la Banque les ait acquittés en especes ou en billets, soit qu’elle les ail transférés au crédit d’une autre personne avec qui elle est aussi en compte courant.
(I) Nous ne nous occupons pas en ce moment de ce que les particuliers, au lieu d’exiger des espèces du leurs banquiers ou caissiers, acceptent d’eux des billets de banque. C’est ce qui sera expliqué dans la suite du présent chapitre.
Je lis dans M. Tooke (i) que, depuis 1825 parUculièremenl, les différeuts modes de centralisation, tant celui qui consiste en ce que les particuliers se groupent autour des banquiers, que celui qui concentre à la Banque d’Angleterre les réserves des bauquiers eux-mémes, se sont* beaucoup développés à Londres.
Après que la centralisation a réduit, dans une forte proportion, la quantité de métaux précieux qui est nécessaire au service des échanges, on n'est pas encore au terme des économies que la société peut faire sur la masse de son or ou de son argent monnayé. Alors se présentent des inventions qui permettent de remplacer les métaux précieux par des signes, derrière lesquels sont des équivalents. Tel est d’abord le billet de banque. C’est un engagement qu’une institution financière s’oblige à échanger contre des espèces, à la volonté du porteur, et dont le public se sert en place d’espèces d’or ou d’argent, parce qu’il se tient pour assuré d’obtenir immédiatement, en retour, de ces espèces, et que c’est plus commode à manier et à porter. Une banque qui a réussi à gagner la confiance maintient dans la circulation une grande quantité de billets, sans avoir besoin de conserver en caisse, pour rembourser ses engagements, une somme égale en espèces, à beaucoup près. La Banque d’Angleterre, communément jusqu’à ces divers temps, avec 7 ou 8 millions sierling d’or ou d’argent dans ses caves, garantissait suffisamment une circulation de 18 à 22 millions en billets (2). A ce compte, l’emploi des billets de la Banque d’Angleterre donnerait au pays le moyen de diminuer d’environ 14 millions sterling son numéraire métallique. ,
La lettre de change (3) ajoute une action très-puissante à
(t) HUtorij of Priées, l. i, note au bas des pages tt>2-3.
{i) ActuellemeiU la Uaiique d'Angleterre parait s’étre impos<l la règle d'avoir une plus forte réserve en métaux, principalement en or, eomme auparavant.
(3) l.a letire de change est connue de tout le monde ; nous en avons beaucoup parlé déjà sans en donner la définition. C'est un titre par lequel un commerçant qui habite une place charge un correspondant, qu'il a dans une autre ville, de payer tel jour, à un tiers ou A l’ordre de ce tiers (c’est-àdire ù la personne à laquelle celui-ci aura lriinsnii.s le litre) une somme
couns d'économie poutiqce.
celle du billet de banque, pour réduire le montant des écus en circulation. La lettre de cbaiige n’est qu’un engagement individuel, qui offre moins de garantie que celui d’une ricbe institution, dont les affaires sont soumises au contrôle de la publicité. Mais lorsque la personne qui l’a signée est un commerçant considérable, ou lorsque le signataire, occupant un rang plus modeste, a sa signature appuyée de celle de plusieurs endosseurs solvables, la lettre de change circule, parmi les commerçants, comme le ferait un billet de banque. Le cercle dans lequel elle est accueillie varie d’étendue avec rimporianec des hommes qui s’en sont faits les garants : il suiUt que l’un d’entre eux ait une grande situation commerciale pour que le cercle soit vaste.
Ici apparaît un degré nouveau de centralisation qui sert de couronnement à tout ce que nous avons indiqué déjà. Par les moyens qui précèdent, la centralisation s’effectue heureusement dans le sein de chaque localité, mais elle ne s’étend pas au delà de l’enceinte de la ville. La lettre de change, qui crée des relations entre les habitants des localités diverses, proches ou éloignées, est l’élément naturel d’une centralisation supérieure qui peut embrasser tout un empire. Pour mieux fixer les idées, considérons ce qui se passe en France. Chaque ville a ses banquiers qui ont, entre autres attributions essentielles à leur profession, le commerce des lettres de change. Les banques publiques, toutes transformées aujourd’hui en comptoirs de la Banque de France, remplissent la même fonction dans les villes où elles sont instituées. Par les soins des banquiers et des banques, toutes les lettres de change, qui représentent les titres
(tctermiiu'e. Puur (|uc lu lettrr ilc chiinge uit son l'fTel, il faut <|u’ellc ail été aereplée pur celui sur lc(|iicl elle est tirée. Elle devient alors un engagement qui lie deux personnes, Vueerpteur et le lireur. Lu lettre de change se transinel ordinairement par voie d'entéossernent. Cliaqiie nouveau détenteur, en la passant à une autre personne, signe au dos et devieid endosseur, et |Hir conséquent responsable lui-même.
Quelquefois cependant, pour éviter cette responsabilité, il se dispense d’endosser; les lettres de cliange qui se transmettent île cette manière exceptionnelle sont ce qu'on appelle des lettres de change en blanc : il en a été question page 35.
de créance qu’a chaque ville sur les autres villes de la France, sont recueillies, et ainsi ces litres se trouvent tons réunis dans un petit nombre de mains. Il n'y a plus qu'à organiser un système de liquidation entre les banquiers cl les banques de tout l'empire français pour que les Irausaclions entre les diverses parties du territoire donnent lieu à un mouvement de papier ou d'écritures plutôt qu’à un voyage d’espèces, et que les métaux précieux n'aiebt plus à se déplacer que pour solder des balances. On y est parvenu au m^en des lettres de change sur Paris, c’est-à-dire payables dans la capitale. La lettre du change sur Paris est une forme d’engagement fort usitée aujourd'hui dans nos villes commerçantes ou manufacturières. C'est de celle manière qu’on s’acquitte d’une ville à l’autre, dans le plus grand nombre des cas, et c’est un des remarquables perfectionnemeuis qu'a reçus notre mécanisme commercial (I).
Des lettres de change arrivent à Paris de tous les coins du territoire; elles viennent endossées par quelqu'un des banquiers les plus importants de chaque localité, quand elles ne sont pas transmises par les succursales de la lianque de France. C’est de cette façon que les comptes des diverses villes les unes avec les autres aboutissent à une liquidation entre des agents tous établis dans une seule et même localité. Paris devient un Ctearing-House pour la France entière.
A la faveur de la Banque de France, la ressemblance devient plus frappante entre ce qui se passe à Paris pour les chefs d’industrie répartis sur la totalité du territoire, et ce qui a lieu à Londres dans la salle du Clearing -Home pour la réunion des bankers. Les banker», avons-nous dit, se présentent au Cleming- House avec des traites qui sont toutes payables à vue. Les lettres de change, que les banquiers ou les banques de la province ont colligées et envoyées à leurs correspondants de Paris, sont à une échéance convenue et non encore arrivée. Mais la Banque de France, en escomptant ces effets lorsqu’ils lui sont dircctc-
(I) Je parle de ce qui uvail Heu avant la révolution de février. I.’indiisirie des banquiers est une de celles qui ont été le plus dérangées par celte catastrophe. Les opérations de crédit sont devenues extrènieineiit dilticiles el restreintes, niais ce dcrangeinant ne peut avoir qu'un temps.
35i couas d'économie poi.itiqce.
ment présentés par les commerçants, soit à Paris, soit dans les villes oü sont les succursales, c'est-à-dire en les prenant comme argent comptant (sauf une retenue qui n'importe pas ici), et en donnant en retour immédiatement du numéraire, ou encore en ouvrant, ce qui est fréquent, un crédit d'autant sur ses livres, les transforme par cela même en traites à vue, et dès lors la liquidation est parfaitement facile, tout commedans leCUaringlloute. Les banquiers parisiens, dépositaires d'une partie des lettres de change sur Paris, qu'on leur expédie de toute la province, les gardent en portefeuille jusqu'au moment où ils ont à acquitter d'autres lettres de change tirées sur eux. L'instant venu, ils portent à la Banque des eifets de leur portefeuille pour une somme égale, les font escompter, et la liquidation a lieu tout comme dans le cas précédent.
Je n'ai pas besoin de dire que, a fortiori, la place de Londres est devenue, en Angleterre, par un procédé analogue, le centre de liquidation de l'ensemble des transactions qui se passent entre les différentes localités des îles Britanniques. Chaque institution financière, chaque compagnie un peu importante, presque chaque commerçant ou fabricant au-dessus de l'ordinaire a un correspondant, et par là une sorte de domicile commercial à Londres. La Banque d'Angleterre est ensuite, dans Londres même, le point où tout converge, surtout dans les temps un peu difficiles.
il est encore plus superflu de faire remarquer les services que peut rendre directement, pour la centralisation des opérations financières, une banque centrale comme la Banque d'Angleterre et la Banque de France, qui ont des succursales sur tous les points principaux du territoire.
Pour un avenir plus ou moins éloigné, et quant à présent fort nuageux, l'esprit conçoit un degré ultérieur de centralisation qui résulterait de relations régulières établies entre les banques centrales des différents États, telles que sont : la Banque d'Angleterre pour les iles Briianniqucs, la Banque de France pour notre patrie, et comme seraient la Banque de Vienne pour l'Autriche, la Banque de Berlin pour la Prusse, si Vienne et Berlin avaient, dans les affaires des États dont elles
sont les capitales, le poids qui appartient à Londres et à Paris. On peut avoir une idée des rapports dont ici nous exprimons le vœu, en regardant ce qui se passe aux États-Unis, entre les banques diverses de New-York et celles de Boston, de Philadelphie, de la Nouvelle-Orléans, qui président aux traiisactions financières et commerciales des dilTérents groupes d’États, tous souverains jusqu'à un certain point, qui composent l'Union. On comprendra mieux encore les avantages qui pourraient être ainsi obtenus en se rappelant ce qui avait lieu dans le même pays, alors qu’un s\ stème de comptoirs centralisés autour d'une institution supérieure, la Banque des États-Unis, occupait tous les points principaux. Mais quand est-ce que les États européens pourront se décider à instituer entre eux des relations qui ressemblent, même de loin, au bon accord par lequel les États de l’Amérique du Nord ont tant avancé leur prospérité et leur puissance mutuelle?
Ce qui précède fait pressentir quelle est aujourd hui l'étendue du rôle que joue la lettre de change. Nous n’avons cependant pas indiqué tous les usages qu’on en peut faire. Primitivement réservée partout à représenter les engagements de commerçant à commerçant, et jusqu’à présent consacrée exclusivement à cet emploi dans la plupart des pays, la lettre de change en a reçu quelquefois un plus général. En Angleterre, dans quelques comtés, il y a un demi-siècle déjà, les particuliers s'en servaient pour payer leurs fournisseurs; on les faisait en sommes rondes de 10 liv. sterl., ou de 15 ou de 20. C’était le cas dans le Lancashire (I). L’impôt du timbre sur les lettres de change ayant été augmenté, le public préféra les billets de banque, soit à vue soit à échéance (bank-pott-bills).
Dans l’ensemble des payements qui s’accomplissent dans le Royaume-Uni, la lettre de change a une action tellement vaste que celle du billet de banque lui-même l’est peut-être moins. Un relevé passablement conjectural, mais cependant plausi-
(t) Témoignage de M. Louis Loyd, banquier ii Maiicliesler, lors de l’en- (|uéle de 1819, il la eliainbre des lords, sur la reprise des piiyenients eu espères
336 COURS d’économie' POLITIOra.
ble (I), qu’un banquier anglais, M. Leatbam, a dressé, en prenant pour point de départ le produit du droit sur le timbre de ces effcis, porte à 528 millions sterling (13 milliards et demi de francs) la masse de lettres de change qui fut mise en circulation dans l'anuéc 1839. L’accroissement était couliiiu; depuis 1852, il était moyennement de 21 millions sterling (600 millions de francs) par an (2). Fait plus intéressant peutêtre, le montant des lettres de change en circulation simultanément, à un instant donné de 1839, aurait été, d'après les memes calculs, de 132 millions sterling (5 milliards 300 millions de francs) en moyenne; l’accroissement annuel moyen était, depuis 1832, de plus de 150 millions de francs (3). Il est remarquable que le montant des billets de banque eu circulation dans le Royaume-Uni soit beaucoup moindre (1), et qu’il ne varie guère d’une année à la suivante (5). Il est vrai qu’on est fondé à croire qu’un billet de banque passe beaucoup plus rapidement de main en main qu'une lettre de change, et sert à plus de transactions.
Le billet de banque, la lettre de change, la traite à vue, du genre du check sur le banquier avec lequel on est en compte courant, ne sont pas les seuls titres qui tendent à se substituer aux métaux précieux dans les transactions. II en est d’autres qui méritent d’être cités. Nous ne voulons ]>as parler ici du papier-mounaie; c’est un sujet qu’il faut réserver. Contentonsnous de dire que le papier-monnaie est une témérité. J’ai particulièrement en vue, eu ce moment, l’usage oui se fait, en Angleterre, des bons de l’échiquier {Exchequer bilh) analogues à
(t) I.cs calculs lie M. Lcalluim ont reçu l’approbatiuii explicite île M. Tooke dans sa publication .du hiquiry inlo the Curreiicy Principlt, page 2ü.
(2) A ce cuiiipte, ce seruil aujuurd'bui (1S49) une masse de 19 milliards.
(3) D'après celte base, il y en aurait, eu 1849, pour! iiiiliianls 800 iiiilliuns.
(4) Le niüiitaul des billets de buiit|ue dans les Iles Brituiinit|ues est, eu niuyeiinc, de 800 inillioiis de rrancs.
(5) Je renvoie aux Principes U'éeonomie politique lie J. -S. Mill pour
ce t|ui concerne rétendue divcr.se du rôle que jouent dans les transactions les difTérenls mécanismes de crédit avec une même puissance nominale, livre III, chapitre XII. Voir aussi VJlistoire des Prix de M. Tooke, tuiiie IV, cl l'Inqiiiry inlo the Cnn-enry Principle du même auteur.
nos bons (lu Irésor. Ils sont employés dans les payements commerciaux, et même quelquefois dans les règlements de consommateur à fournisseur. Ce sont des engagements de l'Élat dans lesquels on a confiance, et dont, grâce à la solidité du gouvernement anglais, on est toujours assuré de trouver le montant en espèces (1). Ils sont en coupures rondes et produisent un intérêt qui se compte jour par jour, pendant que le billet de banque qu'on garde ne rapporte rien, et cette circonstance ne contribue pas peu à les faire recberefaer.
Est-ce tout? Pas encore. M. Fullarlon, dans son écrit Sur la /ic9/emeRfat/oN(iunumêraird(ONTUEREGCLATiONOFCuRRENCiEs)(2), fait l’énumération des moyens qui sont actuellement en usage pour remplacer les métaux précieux, en se référant cependant toujours à ceux-ci. 11 indique successivement, outre ceux que nous venons de signaler :
1" Les dépôts en compte courant qui, à l'aide de transferts, servent à solder une prodigieuse quantib^ de transactions, par l'intermédiaire des banques et des banquiers, lesquels euxmêmes cependant ont disposé, en partie, de la substance métallique des dépôts, lorsque les dépôts leur ont été effectivement remis sous celte forme; les crédits ouverts, à quelque titre et pour quelque raison que ce soit, cher, un banquier ou une banque, peuvent ici être assimilés aux dépiHs en compte courant;
Les obligations de l'Inde (India Bonds) et une foule d'autres engagements du ,même genre qui sont sans cesse flottants sur le marché;
3° Les certificats d’arrérages de la dette publique, dont il est émis, tous les ans, pour une somme de 28 millions sterling.
Il y joint même les fournitures par lesquelles certains manufacturiers s'acquittent, envers leurs ouvriers, en leur donnant des subsistances, des vêtements, ou d’autres articles de consommation, au lieu de numéraire, pour leurs salaires.
Cet ingénieux et spirituel écrivain fait remarquer que, par
(I ) Pendant la crise de l'uulomne de lSi7, ils ont élé un inslani au-dessous du pair; il y avait longlenips ((ii’oii n’.ivnit rien vu de semIdaMc.
(i) Édilion de 1849, page 31 .
COURS d'économie POLITiQUE.
le mécanisme de la comptabilité commerciale et par les procédés de liquidation qui sont employés cominunémenl, dans la Grande-Bretagne, au moyen d'agents tels que les banques et les banquiers, les neuf dixièmes des transactions sont réglées et soldées dans ce pays, sans qu'il y soit besoin d'un écu on d'un billet de banque, si ce n'est pour de faibles appoints. 11 estime que, tout considéré, la quantité de billets et de métaux monnayés, qui est réellement employée, est un infiniment petit de la masse des titres qui sont propres à être mis en circulation, ou des insiruments qui donnent le même résultat.
11 est une dénomination unique, simple, sous laquelle se range sans efforts toute celle masse de litres qui, avec l'or et l'argent, passent de main en main pour solder les transactions, toute cette variété de combinaisons qui dispensent même des litres circulants : c'est le crédit. Le billet de banque, les lettres de change, les checks ou traites à vue sur les banquiers, les bons de l'échiquier, les obligations de l'Inde, et tous les autres titres; les comptes courants, les crédits ouverts sur les livres des banques, tous les autres mécanismes en usage pour la comptabilité réciproque, les liquidations, la transmission commerciale des capitaux, tout cela est englobé dans le crédit, n'est que du crédit. C’est le crédit qui, sous les nombreuses formes qu'il peut revêtir, se substitue aux métaux précieux, et dispense les peuples industrieux d'en avoir l'immense quantité qui serait nécessaire autrement pour leurs transactions si multipliées et si rapides.
C’est un des aspects sous lesquels on voit le mieux l'étendue des services que rend le crédit à la société.
L’exposé qui précède a pour conséquence une idée qui a déjà été développée dans ce volume (1) ; aucun des titres ou des expédients que nous venons d'énumérer n'est de la monnaie. Ils en sont les substituts commodes, mais on ne saurait les y assimiler. Ils en sont la promesse; mais on n’est pas plus fondé à leur donner le nom de monnaie, qu’il n’est juste de confondre un portrait avec l’original.
(!) Sf rlion i, chapilrc II.
Le billet de bauque se distingue au milieu de tous les autres expédients et signes, en ce que, généralement, il est d’une circulation plus facile que le reste. A de certains instants particuliers, la supériorité qu’il a, de cette manière, sur la lettre de change à échéance même peu reculée, est très-grande ; nous en avons cité un remarquable exemple (1). Cependant, ainsi que nous l'avons développé (2), ce serait une méprise dangereuse que de le classer dans la monnaie. Conjointement avec la monnaie, presque partout où il existe, il forme la totalité du numéraire (currency); mais il ii’est rien de plus.
Le billet de banque, s’il l’emporte sur les autres manifestations du crédit, en ce qu’il est d’une circulation bien plus générale et usuelle, leur est inférieur par d’autres côtés; par exemple, en ce qu’il ne dispense pas, au même degré que quelques autres, de l’usage de l’or ou de l’argent monnayés. On en a fait l’observation judicieuse (3), les bons à vue (checks) sur un banquier, qu’en Angleterre les particuliers délivrent à leurs débiteurs, l'emportent sur les billets de banque, pour économiser l’emploi des métaux précieux. Si, à Londres, ou payait en billets de banque au lieu de checks, tout appoint de moins de 5 liv. sterling devrait être en or ou en argent. Avec les checks, tout, jusqu’au dernier denier, est en papier.
Pour l’Angleterre proprement dite et le pays de Galles, où les billets de moins de S liv. sont interdits, ces appoints si nombreux exigeraient la présence d’une grande masse de numéraire métallique.
Les ordres de transfert sur la Banque de France, ou d'Angleterre, ou sur toute autre, présentent le même avantage. Mais ces ordres de transfert ne servent guère qu’entre commerçants, de quelque importance même. Les checks servent au solde des comptes dans une sphère bien plus étendue.
La lettre de change possède, par rapport au billet de banque, la même supériorité.
Une dernière observation qui se rapporte à certaines conjec-
(1) Plus haut, pages â88 et suivantes.
(ü) Seclion i, chapitre V .
(3) Tcwke, An fnquiry into tht Currency PrineipU, page 23.
360 COURS d'ÉCONOMIK POLITIUUE.
lures critiques : par l’effet du crédit, on vient de le voir, il y a, dans la société, une immense quantité d'engagements, les uns à terme prochain, les autres immédiats, qui, à la volonté des détenteurs, peuvent être exigibles en métaux précieux. La masse de métaux précieux, qui existe à côté de ces engagements, leur est inférieure, et n'en est meme qu’une petite fraction. Par conséquent, si une circonstance quelconque induisait tout à coup les possesseurs de ces engagements à réclamer d’étre payés en métaux précieux, il y aurait impossibilité de les satisfaire, et par suite une débâcle.