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CHAPITRE II

Le pair du change.

Un dit que le change entre deux places de commerce est au pair lorsque le cours est tel qu’en remettant aux banquiers de l’une des places une somme d’espèces monnayées représentant tel ou tel poids d’argent ou d’or fin, il donne en retour une lettre de change moyennant laquelle on obtienne, à présentation ou à quelques jours de vue, dans l'autre place, des espèces monnayées qui forment exactement le même poids de métal. Lorsqu'il s’agit de places qui ne sont pas dans le même État et par conséquent n’ont pas la même monnaie, de Paris et de Hambourg ou de Paris et de Londres, du llavrcctdeRio-Janeiro, les banquiers, pour établir le pair, ont un calcul à faire daus lequel on lient compte non-seulement de la composilion des

COURS ll’licOROVIIB l'ilunvuu. !'i

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monnaies respectives des deux contrées , mais aussi de la fidélité de la fabrication monétaire, et du degré de détérioration que les espèces ont éprouvé moyennement par l’usage ou par la fraude; car le véritable pair est celui qui permet de se procurer, non pas une égale somme nominale dans les deux places, mais bien une égale somme réelle, je veux dire un même poids de métal fin, argent ou or.

11 faut que le pair du change entre deux places situées dans des États différents soit facile à connaitre et soit un point fixe; autrement les opérations commerciales prennent un caractère d'incertitude qui les fait plutôt fuir que recherther des hommes sages et de bonne foi. A l'époque où les princes se laissaient aller à la coupable pratique de fausser les monnaies ou de les changer, le commerce était difficile et aléatoire.

Le pair du change a une base parfaitement solide lorsque les deux contrées n’ont chacune, en droit ou en fait, d’espèces monnayées qu’en un seul métal cl que ce métal est le même de ]>art et d’autre. Il en est ainsi entre Paris ou le Havre et Hambourg : en France et à Hambourg, les payenieuls ne se font qu’eu argent, jamais en or. Entre Paris et Londres, au contraire, le véritable pair du change a quelque chose de mobile, parce que, en droit et en fait, les Anglais n’ont de monnaie qu’en or, et que nous, en fait, nous n’eu avons qu’en argent. Pour établir le pair du change, il faut alors une hypothèse, à savoir qu’un gramme d’or est le pair de tel nombre de grammes d’argent. Si l’on prend le rapport de 15 1/2 à 1, qu’adopta chez nous le législateur en l’an xi, il s'ensuit que le pair du souverain anglais est 25 fr. 21 c. en pièces françaises d’argent; mais cette hypothèse, fondée un jour, peut cesser de l’étre le lendemain.

Quand un des deux pays est au régime du papier-monnaie, et par là j’entends un état de choses dans lequel des morceaux de papier, billets de banque ou assignats de l'État, ont un cours forcé, le pair du change est bien autrement mobile que dans le cas précédent. C’est que ces papiers qui, si l’on en croyait les inscriptions qu’ils portent, équivaudraient absolument à des quantités fixes de l’un ou de l’autre des métaux précieux, que dis-je? seraient ces quantités fixes, ne se troquent communé-

ment, malgré les ordres du législateur en cela impuissant, que coutre des quaulités moindres et variables. Depuis le decret rendu par le gouvernement provisoire, le 15 mars 1848, la France est, en apparence, au régime du papier-monnaie; en fait, elle n’y est point, parce qu'on a eu le soin de limiter rigoureusement l'émission des billets de banque à un montant peu élevé. Grâce à cette précaution, il est resté une très-grande quantité de numéraire métallique dans la circulation, et il a toujours été facile d’échanger un billet de banque contre le montant nominal eu espèces. Pareillement, après que, en 1797, le parlement britannique eut douué un cours forcé aux billets de la Banque d'Angleterre, pendant quelques années l'égalité sc maintint entre les billets et les espèces ; mais en 1809 , l'équilibre fut renversé, nue livre sterling en billets ne trouva plus à s'échanger contre une livre sterling en or ; l'or gagna une prime de plus en plus forte, ou, pour mieux dire, le papier perdit de plus eu plus relativement à l'or, jusqu’à la paix (I). L'aventure s'est répétée avec les roubles eu assignats de la Russie, avec les reis en papier du Brésil, les billets de banque de la Suède, ceux du Danemark, ceux de l’Autriche, ceux de Buenos-Ayres, ceux des États-Unis on 1814. Ces exemples de dépréciation du papier-monnaie sont surpassés par ce qui arriva aux billets de la banque de Law en France , sous la Régence , aux billets d’État, qualifiés de continental moneg, qu’émit le congrès des États-Unis pour soutenir la guerre de l’indépendance. Sous ce rapport encore aucune catastrophe n’est comparable à celle des assignats qu'émirent trois des gouvernements successifs de la révolution française.

Dans chacune des circonstances que je viens de rappeler, et dans toutes celles du même genre, le pair du change, dans les contrées où le papier-monnaie circulait, suivait toutes les variations du papierpar rapport à des espèces d’or ou d'argent droites de poids et de litre, indépendamment des variations qui seules l’affectent aujourd'hui, celles qui tiennent au sens dans lequel

(1) Nous avons imliqiK- plus haut (secliou viii, cliapilrc lit) uno cause particulière, il'uuc naliirc exccptiuiincllr, qui parait avoir contribué, plus que toute autre, ü la iléprécialiun Hes billets ,1e banque, à partir do IS09.

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peuclie la balance du commerce, c'est-à-dire à l'inégalité des deux masses de lettres de change que les deux pays doivent se payer l’un à l’autre.

Ainsi, en Angleterre, le change sur Paris ou sur Amsterdam, abstraction faite de la balance du commerce, fut, en 181â et 1813, de 18 fr. ou de 17 fr. pour 1 livre sterling. Le change de Londres sur Saint-Pétersbourg, qui, primitivement, était d'environ 40 deniers sterl. pour le rouble de papier, est tombé à 1 1 . Entre Londres et Rio-Janeiro autrefois, le pair du change était d’à peu près 60 deniers sterl. par miRe reis ; il eu est venu à 24 deniers. Le changement a été plus fort à l'égard du papiermonnaie de Buenos-Ayrcs. Il en est ainsi parce que le commerce ne se paye pas de mots. Il ne tient pas compte des inscriptions que portent les billets de banque ou les assignats, et ne prend en considération que la quantité de métaux précieux qu’on peut couramment obtenir en échange.

11 arrive quelquefois que l’on qualifie de pair du change entre deux pays une cote qui en diffère. On en voit un exemple entre l’Angleterre et les États-Unis, qui sont deux contrées ayant des espèces métalliques d’un poids et d’un litre bien connus. Ce qu’on nomme abusivement le pair est de 4 dollars 44 cents 4/9 pour 1 livre, st. ou de 4 schcilings C den. pour un dollar. Or, l’équation qu’on suppose entre ces deux sommes n’existe pas. Il faut croire, dit M. Gallatin, que cette évaluation , qui date d'avant l’indépendance des États-Unis, fut déduite de quelque piastre espagnole dont, par hasard, la valeur intrinsèque, par rapport à la monnaie anglaise, se trouva telle. Mais , continue M. Gallatin, c’est un pair imaginaire, attendu que si l’on compare les monnaies d’or des deux pays, le rapport qui exprimera le pair sera celui de 56 pour 1 livre sterling; et si l’on part, au contraire, des pièces d’argent, en prenant le schelling d’avant 1816, ce sera 4''°"- 63. Enfin si l’on compare le dollar d’argent à la livre sterling , en attribuant à l’or, par rapport à l’argent, la valeur courante sur la place de Paris, qui est d’un peu plus de 15 1/2 pour 1, on trouve 4'*°“^ 75 pour la livre sterling. En adoptant ce dernier rapport, le pair réel serait de 7 pour cent au-dessus du pair supposé. Les changeurs et les banquiers

sont parfaitement au courant de cette erreur, et les négociations n’en sont aucunement affectées (1).

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