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CHAPITRE III

])p riiifliience qnr les mines de In Russie bori'ule pniirront avoir sur la valeur lie l'or pour l'ubaisscr.

Considérant les alluvions aurifères du Rhin comme offrant le minimum de richesses qui aujourd'hui permetle la recherche de l'or dans l'Europe occidentale, pour que des mines d'or, avons-nous dit, tendent avec quelque énergie à faire baisser la valeur de ce métal, elles doivent satisfaire à une double condition : premièrement, leur rendement doit être supérieur à celui des alluvions du Rhin, non-seuiement en quotité absolue, mais encore en tenant compte de tout ce dont les frais de toute espèce, que peut occasionner la production de l'or dans le pays dont il s'agit, excèdent ce qu'il en coûte auprès de Strasbourg;

(I) ProdHction det metaur prcfieux, olc., page 378. i2) /6id., page 420.

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secondement, le gîte doit être assez étendu pour donner Heu à une extraction qui modifie sensiblement le rapport de l'oiTre à la demande sur le marché général (1).

La première de ces conditions cst-elL remplie par les mines de la Russie boréale? Oui, car dans l'Oural, par exemple, le rendement des alluvions est vingt fois plus grand que dans la vallée du Rhin, et les mines de la Sibérie surpassent bien celles des vallées de l’Oural. Il est vrai que, en Russie, l'cxploiiation est grevée d’un gros impôt, tandis que dans la vallée du Rhin elle est eiilicremenl franche. Puis il y a quelques frais jusqu’à Saint-Pétersbourg, où l’or se trouve rendu sur le marché général. Enfin la rétribution d'un ouvrier est plus chère dans la Russie boréale, dans la Sibérie au moins, que dans la vallée du Rhin.

Quant à ce dernier point, on assure que, dans les vallées de l’Oural, qui ne sont pas, comme la Sibérie, de tristes déserts, la main-d’œuvre n’a rien de bien élevé. En Sibérie, où la principale ressource des entrepreneurs d’industrie est d’employer les condamnés qu’on y a transportés, et où ces hommes débattent librement leurs salaires, la main-d’œuvre est plus chèrement payée. Indépendamment de la demande de bras, chaque jour plus intense, ces ouvriers ont une raison pour élever leurs prétentions. Les vivres ont beaucoup monté de prix dans les régions métallifères de la Sibérie, depuis que l’industrie des mines s’y est déployée et y a attiré une population hors de proportion avec celle qui y vivait déjà. M. Pierre Tcbiliatcbeff, qui a visite les exploitations sibériennes en 1842, expose comment déjà les subsistances avaient beaucoup enchéri à Tomsk, à Krasnoyarsk, à .Minousinsk, dans tous les principaux centres de lavages (2).

(1) Section vi, chapitre !«'.

(2) « L’afiluence extraordinaire, vers ces parages, de tous les ouvriei s disponibles avail déjà produit sur le marché de Krasnoyarsk une révolulioii dont se sont ressenties non-seulement les villes limitrophes, mais aussi celles du gouvernement de Tomsk, et c’est particuliérement par cette raison qu’on peut explicpicr la hausse prodigieuse qu’y ont éprouvée les prix de tontes les denrées dans un laps de temps peu considérable. V’oici (|uelqiies exemples de cet eiichérisseiiienl e.xtraordinaire : dans le village de Bérézovo,

LA monnaie, section XIII, CHAPITRE III. 451

En somme, il ii'y a pas lieu de croire que, lorsqu’on sera arrivé à une situation mieux équilibrée entre la demande et l’offre du travail, la demande et l’offre des subsistances, les salaires soient plus élevés dans la Sibérie qu’aux États-Unis; on peut même douter qu’ils restent aussi hauts. Pour tenir compte largement de divers frais accessoires, accordons qu’une extraction de 2 grammes par jour soit nécessaire dans la Sibérie pour représenter celle de moins de deux tiers de gramme, qui fait vivre l’orpailleur des bords du Rhin. Il est facile de voir qu’il restera encore une belle marge, uoii-seulement pour les IH'ofits des entrepreneurs d'industrie, mais aussi pour la baisse de la valeur de l’or, autant que la concurrence y pousserait.

C’est déjà une opinion fondée pour les mines de l’Oural, pour celles qui ont la teneur indiquée plus haut (1), de deux millionièmes à deux millionièmes et demi; ce serait même vrai pour celles qui en auraient une sensiblement moindre. Voici dn reste un calcul concluant :

Je trouve dans V Annuaire du Journal des Mines de Russie (2), que dans le lavage de 1,355,558 pouds de sables aurifères de l’Oural, tenant en moyenne27 7/10 millionièmes, chaque zolotuik d'or est revenu à 6 13/1. 4 kopecks d’argent (5), soit 2 fr. 70 c. Mais le zolotnik d’or, en le supposant au titre de 88 centièmes, vaut eu monnaie d’or française 12 fr. 78 c. C’est cinq fois envi-

plusivurs hubiinnis se nippellenl cncure l’épuque où le puud (I6'‘^',ô72) de rurinc de seigle coûtait 8 ceiilimcs et iin bœiiro l'raiics, tandis qu'aujourd'bui le |>remicr y est de ôO à 40 centimes et le second A 9 francs. Dans la ville de Biisk, les prix des denrées suivantes étaient, il y a cinq ans, la livre de viande 2 eciilimes.le puud de farine de seigle23 centimes, le poud de beurre 2 francs, taudis qu'aujuurd’bui la première est à 13 centimes, le secoml à 33 sous, le troisième à 10 francs A Krasnuyarsk, lu comparaison des prix a donné des résultats encore plus forts, de manière qu’on ne sera pas très-loin do ebiffre véritable en admettant (pic i'encbérisscnient progressif des denrées, pendant les cinq ou six dernières années, peut être évalué, en tenue moyen, comme 1 à ü, sans avoir égard à la buussc, souvent locale, des prix de certains articles qui fourniraient la proportion de 1 ù 20, et même plus. » {Voyage scientifique dans V Allai oriental, page 216.)

(1) l'age227.

(2) Année 1842, page 299.

(3) Sans compter la redevance au trésor public.

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ion le prix de revient. On ferait donc de beaux bénéfices, quand bien même le rendement serait moindre. Je fais cependant abstraction ici de l'ukase du îî avril 1849, qui est de nature à changer les conditions de l'exploitation dans les grands établissemcnls. Au surplus, il ne s’applique pas aux mines de l’Oural.

Si de l'Oural on passe à l'Altaï, aux mines qui y sont plus particulièrement exploitées aujourd'lini, celles dont le rendement est trois ou quatre ou cinq fuis plus grand que ce qui vient d'étre dit pour l'Oural, la question prend un bien autre aspect. Admettons que les frais quotidiens de l’exploitation proprement dite y soient doubles de ceux de l’Oural, le produit étant triple, quadruple ou quintuple, le bénéfice net restera très-considérable. Qu'on en retranche tout ce qu’il faudia pour un impôt modéré, pour les faux frais, cl il demeurera clair que la valeur de l’or peut baisser sans que l’exploitation s’arrête. Elle tendrait à baisser même sous le régime du nouvel ukase rigoureusement pratiqué.

La grandeur des bénéfices dans un bon nombre d’exploitations est attestée par les observateurs les plus intelligents, par ceux qui ont le mieux examiné le fond des choses. M. P. Tchihatcheff les porte, pour l’Altaï oriental, à un minimum de 100 pour 400, et signale 800 à 850 pour 100 comme un taux ordinaire (1).

Des renseignements qui m’ont été communiqués par une personne en position d’être bien informée autorisent à croire que, dans l’année 1848, la production moyenne des lavages, par tête de travailleur, a été dans l’Oural de 3 grammes d’or fin, et dans la Sibérie de plus de 10 grammes, abstraction faite de l’impôt. Dans le premier, c’est une somme de 10 fr. 33 c.; dans le second, c’est 34 fr. La production étant fort diverse d’un banc à un autre, il y a eu des exploitations qui ont rendu beaucoup plus que la moyenne, dans l’Oural comme dans la Sibérie; d’autres au contraire ont rendu moins. Les mines les plus productives, si elles ne sont pas limitées uaturellcmeut par l’espace.

(I) Voyage tcienli/ique, etc., |>ago 2i6.

si la loi ne fixe pas à l'exploitatiou des bornes artificielles, ou si, après eu avoir posé, elle est impuissante à les faire respecter, pousseront à la baisse et la rendront inévitable dans nn temps donné. Et le mouvement de baisse se prolongera, parce que la production de 10 grammes laisse beaucoup de latitude.

Car c’est ici que vient naturellement se placer ce que nous avons k dire de la deuxième condition à remplir; les gisements de sables aurifères, relativement riches, de la Russie boréale, semblent fort abondants. Dans chacun des trois grands groupes d'exploitation, qui composent les circonscriptions administratives de Tomsk, de Jéuisseïsk et de Nertschinsk, ei qui occupent la partie supérieure des bassins des fleuves Obi, Jénisseï, Léna et Amour, déjà de vastes dépôts d’alluvion d’une teneur trèsfavorable ont été reconnus, et chaque jour en voit trouver de nouveaux. C’est ainsi que, d’après une communication particulière que j’ai reçue, il parait que, dans le bassin de l’Amour, on vient de découvrir de beaux champs d’exploitation. Dans l'Oural même, la progression de l’extraction, en présence des merveilles de l’Altaï, toute lente qu'elle est, atteste que les mineurs ne sont pas mécontents de leurs alluvions, qu’ils en trouvent de meilleures, ou qu’ils tirent un parti plus avantageux des anciennes. Mais qu’est-il besoin d’insister? De tous les caractères des gisements aurifères de la Russie boréale, l’étendue est le plus manifeste.

Il y a donc lieu d’augurer que les mines d’or de la Russie sont par elles-mêmes de nature à amener une forte baisse de l’or.

Cependant, si le gouvernement russe maintenait et parvenait à faire respecter l’ukase du avril 1849, si aucune convenance intérieure ne l'induisait à le rapporter, si aucune concurrence extérieure ne l’y contraignait, la baisse en serait ralentie et restreinte.

Mais pour ne parler que de la concurrence extérienro, celle de la Californie est imminente, on va le voir.

coens d'écokomik i>oi.iTigut.

COURS d'économie politique.

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