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CHAPITRE IV

La nidine question examinée à propos de la Calirornie.

Chaque jour apporte à l’Ëuropc des renseignements nouveaux sur la Calirornie. Depuis qu’a été imprimé le chapitre consacré plus haut à cette contrée (1), on a été mieux édiiic sur la richesse et l'étendue des gisements aurifères qu’elle recèle. Le rapport, récemment publié, d’une personne que le gouvernement des États-Unis avait chargée d’un examen spécial des lieux, M. Butler King, est particulièrement de nature à éclairer les esprits (2).

Suivant ce document, l’extraction journalière par tête de mineur ne serait pas moins d’une once ou 28 *'*“•, 338 ; en supposant que l’or obtenu soit au titre de 9/10 (3), ce serait 25 504 de fin. Crpeudant, selon M. B. King, à leur arrivée, les travailleurs novices sont loin d’obtenir d'aussi beaux résultats. Sans nous croire autorisé à rieu alïirmer, nous raisonnerons comme si l’extraction moyenne était d’environ 20 gr. par jour. Si une plus longue expérience indiquait une quantité différente, en plus ou en moins, il serait facile de déterminer entre quelles limites les conséquences que nous aurions déduites ici auraient à être modifiées.

A l’appui de l’évaluation de l’extraction journalière que présente M. B. King, on peut citer oe fait qui est certifié par quelques correspondances, qu’on ne trouve pas d’ouvriers pour les mines, à moins de leur offrir un salaire de 12 dollars par jour; c’est 18 grammes d’or fin. Un pareil taux du salaire attesterait qu’un homme, dans sa journée moyenne, retire au delà de 20 grammes de fin.

(1) Section VI, chapilrc III.

(2; Ce rapport est daté de Wasliiiigloii, du 22 mars i8à0 (>) Quatre écliuntillons d'or de la Californie, de ipiatre localités difTérciitc.s, analyses dans le laboratoire de l’Ecole des mines de Paris par M. Uivot, oui eu les litres de t)09, 9t4, 89t cl 930 millièmes, doiil la moyenne est de 914 millièmes, (dimales dva JUinca, 4< série, t. XVI, 128.)

LA HOHNAIE, SECTION XIH, CHAPITRE IT. 435

Dans le cas, qui reste cependant hypothétique, d’une extraction continue de 20 grammes d’or rm, par jour et par télé de mineur en moyenne, la Californie tendrait fortement à déprimer la valeur de l'or. Mais comment les choses se passeront-elles? Dans l'empire russe, en vertu des lois et des usages, la richesse des gisements profitera en majeure partie aux entrepreneurs d'industrie minérale, et la Russie contribuerait à la baisse de l’or par la concurrence que se feraient entre eux ces entrepreneurs, pour le placement de leur métal dans le monde. Le gouvernement impérial, s’étant approprié, par l'ukase du ^ avril 1849, une portion notable du profit, sera lui-méme un compétiteur de plus. Il est vrai que, par ce prélèvement même, il diminuera l'énergie de la concurrence que se feront les exploitants. En Californie, les choses atteindront le même but sans preniire exactement le même tour. La liberté la plus étendue est la loi qui préside au travail parmi les populations des Etats-Unis, et l'esprit démocratique y règne sans partage. Usant, jusqu'à la dernière limite, des avantages que leur donneut les lois et les mœurs, les ouvriers tireront à eux, autant que possible, le bénéfice résultant de la supériorité, que je suppose, dos gisements aurifères du pays sur ceux du reste du monde. Ce ne sera pas la rareté du capital qui les en empêchera : il faut, nous l'avons fait remarquer, très-peu de capital pour exploiter des alluvions aurifères (1); ce n’est presque qu'une alTaire de main-d’œuvre. L’exploitation de gisements de ce genre se prête avec une aisance toute particulière au système démocratique; de petites associations d’ouvriers, avonsnous dit, s'en acquitteraient au mieux (2).

Actuellement l’ouvrier, pour vivre et se procurer les choses le plus strictement nécessaires à scs besoins, est forcé de se dessaisir d'une grande partie de l'or qu’il extrait ou qu’il reçoit

(t) Dans la Russie, aiijourd’liui, il faut, par exception, un capital assez fort, parce que les exploitants pourvoient aux besoins de leur monde : et puis, pour rentrer dans ses avances, il faut avoir emidnit l’or ft Saint- P^tersbonrp. qui est fort ttloijZiu' des lieux <l’exploilaliou. Kn t^aliforiiie, l’ouvrier s'eiitn tient, et il écoule son or par une voie beaucoup plus courte. ^2; Voir plus haut, page 22i

i3G COURS d’économie politique.

en salaire, parce que tout ce qu'il lui faut est fort cher. Le pays lie produit guère rien par lui-ménie, si ce n'est de l'or. La culture n'y est pas organisée. Grâce aux soins que les Espagnols avaient toujours de multiplier le bétail dans les pays soumis à leur domination, quand le climat permèltait qu’il s’y propageât sans abri, la Californie offre une notable quantité de bœufs; mais c'est quant à présent la seule subsistance qu’elle fournisse aux émigrants qui s’y précipitent. On fait venir la farine de l'autre revers du continent américain, par le cap Horn. De même les articles manufacturés sont tirés des bords américains de l’Atlantique, ou de l’Europe, ou des entrepôts de l’océan Pacifique, tels que Valparaiso (1). Les profits que font les marcbands sur les articles d’importation sont considérables en moyenne, malgré quelques périodes passagères d’avilissement. Ils ne peuvent manquer de l’étrc, parce que, le capital étant peu abondant en un pays neuf comme la Californie , relativement au besoin qu’on en a, il y revient une bonne rémunération; et puis, la rétribution que le commerçant requiert pour son industrie personnelle est forte; elle se règle, suivant une certaine proportion, sur celle de l'ouvrier mineur lui-méme. Les marchandises sont d’ailleurs enchéries par celte circonstance que les navires, une fois à San-Francisco, peuvent être désertés par les équipages qui se rendent aux mines. 11 faut donc que l’armateur ajoute la valeur du bâtiment au fret dont il se contenterait ordinairement. Enfin lecoôt do transportdans l’intérieur, et les autres frais accessoires dont sont grevées les marchandises, sont élevés, je veux dire absorbent une quantité d’or plus forte qu’ailleurs, parce que ces frais représentent surtout de la main-d’œuvre, et la main-d’œuvre est chère; elle vaut environ 18 grammes d’or fin par jour, plus ou moins, selon les mérites respectifs des différents labeurs en comparaison du travail des mines, lequel, répélons-le, serait rétribué, d’après ce qui précède, sur le pied de 18 grammes.

(t) On aura une idée du niourenieni qui a lieu entre le Chili el la Culiruniie par ce seul fuit mi’cii deux inui.-, du 28 décembre 1819 au 28 février 1850, 12C navires jaugeant 56,531 tonneaux sont sortis de Valparaiso pour la Californie, ou y sont entrés venant du même pays.

La soinine de 12 dollars, ou 18 grammes d'or (in par jour, continuera indéfiniment d’étre, à peu de chose près, la rétribution du mineur en Californie, aux conditions suivantes : 1° que la richesse des gisements reste la même; 2“ que les facilites qu’ils oifreiit à l’exploitation persistent; 5° qu’il y ait toujours place sur les mines pour ceux des arrivants qui choisiraient cette profession. En effet, au milieu de ces circonstances, ce serait toujours la quantité supposée d’au moins 20 grammes de métal fin qu’exirairait un mineur dans sa journée ; et déduction faite du profit de l’entrepreneur d’industrie et de la redevance à payer par celui-ci au propriétaire des terrains, c’est toujours 18 grammes environ qu’il resterait à l’ouvrier, quand il travaillerait pour le compte d'autrui, il aurait un peu plus quand ce serait pour son propre compte, à ses risques et périls.

Mais il est deux choses qui peuvent et doivent changer. La première est la proportion de la quantité d’or extraite qui reste comme un bénéfice acquis au mineur. Cette proportion doit prochainement devenir plus forte qu’aujourd’hui. La seconde est la valeur de l’or, c’est-à-dire la somme d’objets qu’on se procure sur le marché général en échange d’une même quantité d’or ; cette quantité lend à décroître.

La baisse de la valeur de l’or sous l’influence de la Californie, dans la supposition que celle-ci réalise ses promesses, est inévitable. Il faut seulement que la Californie ait eu le temps de changer très-sensiblement le rapport qui existe entre la quantité d'or offerte et la quantité d'or demandée sur le marché général, en y jetant des masses de métal. A part une quantité relativement faible que la (Californie monnayera pour le service des échanges intérieurs, et à part le peu d’orfèvrerie qu’elle poiiira fabriquer, tout l’or des mines sera exporté; et il faudrait qu’il y eût dans le monde un surcroît prodigieux de demande pour que la valeur du métal ne fût pas profondément affectée, après un certain délai, de l’offre toujours croissante qui en sera la conséquence.

Ce n’est qu’à la longue cependant que le genre humain pourra participer à la richesse des mines d’or de la Californie, en acquérant l’or avec une moindre quantité d’objets ou de ser-

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vices quelconques. En attendant, le bénéfice s'en répartit, à peu près tout entier, entre un certain nombre d'individus, savoir : le mineur, les marchands qui vendent à celui-ci ce dont il a besoin, et les personnes qui lui reiulenl divers services. La répartition entre ces individns s’opère sur des bases nécessairement fort mobiles. Chacune des marchandises que consomme le mineur varie de prix entre des limites fort écartées, en raison des énormes fluctuations qu’éprouve naturellement, dans un pays tel que la Californie, le rapport de rofl'rc à la demande. Que beaucoup de navires chargés de farine, ou de salaisons, ou de vins, arrivent coup sur coup, ces denrées baissent de moitié ou des deux tiers; la part qui demeure au mineur sur l’or qu’il a obienu est grossie d’autant. Que les vents contraires ou toute autre cause retardent les arrivages, ces mêmes arti des haussent fortement, le bénéfice du mineur diminue : la part qu’il est contraint de céder au mareband, sur son or, a augmenté. Qu’une bonne route soit ouverte entre San-Francisco et un district de mines, ou que des haleaux à vapeur en bon nombre soient lancés sur le Sacramenlo et le 8an-Joaquiu améliorés à cet effet, le mineur sera dégrevé aussitôt d’une partie des frais de transport excessifs que supportent tous les produits qu'il consomme; il pourra mettre en réserve une plus forte fraction de son extraction quotidienne. Auparavant, le roulier, ou le muleiier, ou le batelier, lui en soutirait peut-être plus qu’il n’en gardait pour lui même.

Le même effet serait produit si une communication plus rapide et plus économique était ouverte entre la Californie et le reste des Étals-Liiis, dont présentement elle est séparée par un trajet immense quand on prend la voie de mer, par des déserts inhospitaliers quand on vient jiar terre. Ainsi ce serait un grand avantage pour le mineur qu’on terminât promplemcnt le chemin de fer commencé entre Panama et Chagres; ou qu’un canal maritime fût ouvert au travers de l’Amérique centrale, par le lac de Nicaragua, le lac de Léon et le fleuve ban-Juan; ou, encore mieux, que le chemin de fer projeté entre la vallée du Missouri ou le réseau des grands lacs et l'océan Pacifique fût mis à exécution.

Qu’à un certain instant les gisements productifs se restreignent, en attendant qu’on en ait découvert de nouveaux, les possesseurs des terrains privilégiés ne laisseront fouiller que moyennant une redevanee beaucoup plus forte : au lieu d’une quantité nette de 18 grammes, l’ouvrier devra s’estimer heureux d’en obtenir pour lui 16 ou 12 ou 10. A quelques mois de là, d’autres bancs d’une grande richesse auront été découverts : les propriétaires du sol, dont la part s’était extrêmement accrue, réduiront leurs prétentions, la grosse part retournera aux mineurs.

Je viens de raisonner dans la supposition que les terrains aurifères auraient été tons vendus, par l’autorité compétente, à des capitalistes qui les auraient accaparés; mais je dois ajouter que c’est une bypotbèse fort peu probable. La probabilité est que le gouvernement fédéral, propriétaire des terrains aurifères aujourd’hui, ne s’en dessaisira guère. Il est vrai que, dans le cas ou les gisements se restreindraient beaucoup, il faudrait bien que le gouvernement lui-même, ne pouvant offrir de l’espace à tout le monde, mît aux enchères le droit de chercher l’or sur les terrains domaniaux. Ce serait alors l’équivalent de ce qui vient d’être dit.

Les oscillations des prix des articles habituels de consommation doivent, avec un peu de temps, beaucoup diminuer d’étendue et de fréquence en Californie. Le commerce se fera une idée plus exacte des besoins du marché californien, et y proportionnera mieux ses envois. Il le fora d’autant mieux qu’il aura, pour parvenir en Californie, des voies plus expéditives. C’est en ce sens encore que des ouvrages tels que le chemin de fer de Panama à Chagres, ou le canal de Nicaragua, ou le grand chemin de fer de l’océan Pacifique, exerceraient une heureuse influence sur le bien-être des Californiens, et par suite hâteraient les développements de l’extraction.

La culture du sol se réjiaudra en Californie, quoique la diminution des frais de transport doive y abaisser le prix des denrées étrangères. Il en résulterait une nouvelle amélioration de l’existence des mineurs, une nouvelle cause d’activité pour l’exploitation. La majeure partie de la Californie, au dire du

COURS d’économie politique.

tous les explorateurs, est d’une grande fertilité. Le climat, lorsqu’on se place à une certaine distance de la mer, paraît être fort agréable. La réunion de ces deux circonstances déterminera beaucoup d’arrivanis, parmi ceux qui auraient déjà été cultivateurs, à garder cette profession. Ils pourront le faire avec avantage : il est des productions indispensables à la bonne hygiène qu’il faut absolument que le pays produise, et qu’ils seraient assurés de vendre parfaitement : Je veux parler des légumes frais, des fruits, des œufs et autres denrées de bassecour. Il en est d’autres qu’il est difficile de faire venir en bien grande quantité du dehors, à moins que les marchés extérieurs d’approvisionnements ne soient très-proches. Telle est la viande fraîche. Le bétail que contient la Californie s’épuise rapidement depuis que la population s’y est tant multipliée. Ce qui était une surabondance extrême pour les 15,000 à 18,000 âmes qu’on y comptait avant la conquête, serait de la pénurie quand il y en aura 200,000, et c’est un nombre qui sera atteint et dépassé, selon M. IL King, avant la fin de 1851.

M. B. King estime à 500,000 têtes la race bovine en Californie. On calcule, ajoute-t-il, qu’il faut annuellement une demi-tête par personne. A ce compte, en partant delà population de 1850, qui doit être de 120,000 âmes au moins, et en admettant un accroissement annuel de 100,000 âmes, il faudrait bien peu de temps pour que Yexistence actuelle en bétail filt dévorée; vraisemblablement, dans quatre ou cinq ans, il n’en resterait plus rien, si d’avance on ne s’était appliqué à le renouveler, en donnant des soins particuliers aux troupeaux actuels et en faisant venir de nombreux convois du dehors.

Mais cettebranche de l’industrie agricole offre tant de facilités en Californie que, en prévision des profits qu’elle doit donner, elle ne peut manquer d’être embrassée par beaucoup de personnes, et elle déterminera la culture du sol pour d’autres objets.

S’il n’en était point ainsi, et si par conséquent les subsistances restaient toujours relativement fort chères en Californie, ce serait pour les mineurs et les autres habitants du pays, et pour le reste du monde, tout comme si la richesse des mines

était sensiblement moindre. Toute circonstance qui rend l’existence des hommes plus dillicile dans un pays de mines est l'équivaleiU d’une plus grande dilTicuIté dans l’exploitalion, ou d'iiiie plus grande rareté du métal dans la mine. Les frais de production eu sont augmentés de même. C'est autant à rabattre sur la faveur que la nature paraissait avoir faite aux hommes en leur livrant une mine où le métal fût plus abondant. Les mines d’argent du Potose, où l’argent s’offrit avec profusion pendant la seconde moitié du seizième siècle, auraient eu plus de puissance encore pour déprimer la valeur de ce métal, si la montagne qui recelait ces riches fiions n'eût été placée au milieu d’une solitude inhabitable. Situées dans une contrée infiniment plus riante et plus fertile, les mines de Guanaxiiato ont pu avec une moindre teneur en argent peser fortement sur la valeur du métal, pour la faire descendre encore. Supposons que la subsistance d’un homme sur les gisements de la Californie dût, après que la concurrence se serait pleinement établie entre les commervanis et entre les entrepreneurs de transport, coûter définitivement tout juste un poids d'or égal à ce qu'un mineur peut en obtenir dans sa journée moyenne. Quand même cette dernière quantité serait de 20 grammes, d’une once, de deux si l'on veut, les mines de la Californie n’auraient pas plus de puissance sur la valeur du métal dans le monde pour la faire baisser que celles de la vallée du Rhin. Je me hâte d'ajouter que l’hypothèse indiquée ici est toute de fantaisie (1).

En Californie, il est une circonstance qui ne doit pas peu contribuer à hâter le déA'eloppement de l’agriculture et particulièrement l’élève du bétail. Une bonne partie des gisements aurifères qu’on y exploite est dans le lit même des rivières. Pendant la saison des pluies, qui est fort longue, les cours d’eau se gonflent, et force est aux mineurs d’abandonner leur travail : leurs champs d'exploitation sont inondés. De là, pour une por-

(I) On remarquera que l'observatiun présentée ici n'est que la reproduclion, sous une roruic purliculière, de lu première des deux condilions signalées section VI, chapitre I, ouxquelles des mines nouvelles doivent satisfaire pour causer la baisse de la valeur du métal.

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lion au moins des mines, une interruplion obligée. Pendant cet intcn'alle de plusieurs mois revenant périodiquement tous les ans, le 1. Leur agricole semble devoir être naturellement adopté par une population industrieuse, à moins que l'abondance des pluies n’y mette obstacle (1). Déjà, au rapport de M. B. King, quelques colons s'y préparent en faisant venir des troupeaux de race bovine, et même de race ovine, de l’autre côté des Montagnes Roebeuses, soit du Nouveau-Mexique, soit de l'État de Missouri (2).

Il est bien vrai que la baisse de l'or sur le marché général viendra graduellement faire contre-poids aux conditions d’existence plus favorables qui résulteront, pour le mineur comme pour le reste de la population californienne, du développement de l'agriculture et de divers autres progrès. Mais de ces deux pliénomènes, la baisse de l'or sera celui qui se révélera avec le moins de promptitude, il est vraisemblable que les améliorations diverses, (ju’on est fondé à csjtércr pour la Californie, vont se déployer avec une grande rapidité. Les moyens de transport, entre les métropoles orientales des États Unis et le revers occidental du nouveau continent, se perfectionnent tous les Jours. Les paquebots se multiplient; le chemin de fer de Cbag res à Panama est en construction; le canal de Nicaragua trouvera, bientôt peut-être, des actionnaires, et l'opinion se prononce si énergi(|uemonl aux États-Unis pour le grand chemin de fer destiné à traverser le continent américain dans sa plus grande largeur, qu’il serait surprenant qu’on ne s’y mît pas prochainement : le congrès, par une concession de terres publiques, aura le pouvoir de le faire entreprendre dès qu’il le voudra bien.

L’aflluence prodigieuse des colons qui accourent de toutes

(1) Dans le nord de la Californie, ce qui comprend la vallée du Sucramenlo, abstraction fuite du San-Joaquin, les pluies paraissent beaueuup moins intenses qu'au midi.

(2) Les facilités extraordinaires qu'on rencontre en Californie pour l’rlève du bétail ont été exposées pur plu.sieiii's écrivains, et M. II. Kiiiff y insislc de nouveau, il fuit remarquer aussi que lu culture <lu blé y scruiUrès-prodnetive ; il as.sure que l'on y a récolté déjà 40 et OtI grains pour un.

les scellons des Élals-Uriis, de toutes les parties du monde, est une garantie certaine de la célérité avec laquelle se constitueront en Californie les éléments principaux d’une société régulière et passablement complète. C’est aussi une raison pour que la baisse de l’or devienne elle-même manifeste bientôt, et que, une fois commencée, elle se poursuive sans rclàcbe.

11 est donc permis de présumer que, dans un délai qui ne sera pas très-long, dans vingt-cinq ans peut-être, les conditions du travail, en Californie, se seront rapprochées de celles qui existent dans le reste des États-Unis. Pour exprimer la même chose en d’autres termes, les satisfactions qu’aurait un ouvrier, en Californie, y compris la faculté d’économiser, ne surpasseraient pas de beaucoup ce qui se verrait alors dans l’ensemble de l’Union américaine, et la rétribution journalière de l’homme dont le labeur aurait exactement le même mérite que celui de l’extracteur d’or serait, dans la moyenne de l’Uuion, formée d’une quantité d’or médiocrement différente de celle qui rémunérerait le mineur californien au même moment.

Une fois qu’on en serait là, la valeur effective de l’or, en Californie, ne serait que médiocrement éloignée du niveau indiqué par le montant des frais de production, et la valeur même de l’or, en Europe, à cette époque, n’en différerait guère qu’autant que ce devrait être en vertu de circonstances tenant à la civilisation et à la richesse respectives de l’Europe et de l’Amérique du Nord, circonstances qui sont indépendantes des frais de production du métal précieux (1). C’est que, entre les États-Unis et le reste de la civilisation, les rapports commerciaux étant très-faciles et très-multipliés, la force qui, relativement aux métaux précieux, pousse à rétablissement, entre l’Union américaine et les autres parties du monde, d’un certain équilibre dépendant de l’ensemble des faits economiques, est extrêmement énergique et active; elle ne saurait donc manquer d’avoir rapidement son effet Du reste, l’or ne peut baisser, en Californie, jusqu’au moutaut des frais de production, à moins

(I) On se souvient de ce qui a été exposé plus haut, sceliou xi, chapitres II, III et IV.

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que l’cquilibre dont je parle ici n’ait été atteint. Ce sont des faits qui doivent nécessairement coïncider, et dont l’un suppose et implique l’autre.

Au sujet de l’agrandissement de la production et du développement de la concurrence qui s’ensuivrait, il y a lieu ici à une remarque qui s’applique aussi aux mines de la Russie boréale. Le nombre d’éniigrants nécessaire à une extraction d’or qui soit considérable, eu égard à la production accoutumée de ce métal, est fort borné. A cent cinquante jours de travail par an, et sur le pied de 20 grammes par jour (1), un homme extrairait, dans son année, 5 kilog. de métal. 10,000 hommes suffiraient donen une extraction de 30,000 kilog., c’est-à-dire double de ce ((u'en donnait depuis un demi-siècle toute l’Amérique; 20,000 hommes rendraient 60,000 kilog., soit une quantité qui approche de celle qui, avant 1848, était versée sur le marché général du monde.\ Triplons pour les industries accessoires, nous voilà à 60,000 hommes. Or, est-ce une difficulté aujourd’hui que de réunir, par l’émigi’ation, une population de 60,000 personnes valides? Non, puisque de nos jours l’Europe expédie annuellement .300,000 émigrants aux États-Unis. A elle seule, la race industrieuse qui peuple les États-Unis ii’a pas besoin d’un grand effort pour donner à la Californie un contingent supérieur à celui de 60,000 personnes propres au travail. D’après les relevés qui ont été publiés, on est fondé à affirmer nonseulement que les 60,000 personnes valides y sont déjà rendues, mais même que ce nombre est grandement dépassé.

Dans ce calcul estimatif de la quantité d’or produite, nous n’avons compté que cent cinquante joursde travail par an. C’est que

(!) On coniprrnd bien qu’ici, de même que dans tons les aiilrcs endroits de ce volume où il est question de lu quuiitilé d'or qu'un mineur relire, en moyenne, dans su journée, je comple comme miiieui s tous les liommcs altiicliésù l'exploilnlion. Ions ceux qui ngumit sur la liste des sai.aires et rétribnliuns, quoique un grand nombre de ces hommes n'extraient pas directement de l’or, et qu'il y en ait beaucoup d'appliques b des travaux préparatoires, comme d'enlever les sables qui recouvrent les bancs aurifères, ou à des travaux accessoires, comme d’entretenir les mucliincs et appareils; sans parler des surveillants et des employés de bureaux, qui, dans cette industrie eependant, sunt peu nombreux.

l’or s'exlrait, au moins dans un grand nombre de cas, nous l'avons dit, du lit même des rivières. Jusqu’à présent ou n’a attaqué avec une certaine vivacité que le lit du Sacramento et de six ou sept de scs affluents; mais l’or a été reconnu avec une abondance pour le moins égale, selon les renseignements recueillis par M. B. King, non-seulement dans un nombre pareil d’autres affluents du Sacramento, mais encore dans le lit du San-Joaquin et de ses tributaires. On en a constaté aussi l’existence et l’abondance dans d’autres cours d’eau, notamment dans la Trinité, fleuve dont le bassin est au nord de celui qui réunit le Sacramento cl le Sau-Joaquin. .M. King calcule qu’un peu plus de la moitié de l’or qui a été extrait jusqu’à ce jour provient du lit accoutumé des rivières ou d’espaces sur lesquels leurs eaux s’épaudent quand elles se gonflent. Or la saison pendant laquelle est possible l'exploitation du lit des cours d’eau de quelque importaucc est à peine de cent cinquante jours par an, déduction faite des dimanches.

Ailleurs, sur les flancs de la Sierra-Nevada, les neiges pourront gêner l'exploitation au fort de l’hiver. Mais il est des gisements où le travail pourra se prolonger toute ou presque toute l’année. Ce sont d’abord les gorges des montagnes qui flanquent la Sierra-Nevada tout le long de son cours; là, enfermée dans des ravins, l’eau ne gène pas l’exploitation des terrains situés sur les bords. Tels sont encore les gisements désignés par l’épithète de secs (dry diggings), sur lesquels nous reviendrons à la fin de ce chapitre. Les mines de ces deux dernières catégories pourront, quand on le voudra, être exploitées tout le long de l’année. Sous le rude climat de la Sibérie, on est bien parvenu en quelques points, par des expédients simples, à maintenir l’exploitation au cœur de l’hiver. Il n’est même pas démontré qu’il n’existe aucun moyen de prolonger pendant la saison des pluies l’exploitation de certains terrains submersibles de la Californie.

Le nombre moyen de jours de travail par an est une des circonstances dont il faut tenir compte, quand on veut évaluer convenablement rinflucncc que chacun des pays grands producteurs peut exercer sur la baisse de l’or. Le pays où celle

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durée serait sensiblement moindre, pourrait, par cela senl, perdre l’arantage, quand bien même ses gisements l'emporteraient eu richesse. Il est des pays, en effet, oü l’ouvrier mineur ii'a pas d’autre profession, et, hors de l’exploitation des mines, reste à peu près oisif. Alors le salaire qu’il gagne^ pendant la partie de l’année qu’il passe aux mines, est sa rétribution annuelle; de même que son travail de mineur, quoiqu'il ne dure que le tiers, la moitié ou les deux tiers de l’année, est le service annuel qu'il rend à la société. Si donc, dans la Californie, les ouvriers mineurs ne pouvaient travailler que cent cinquante jours par an et que hors des mines ils manquassent d'emploi, tandis qu'en Sibérie le travail durerait deux cents jours (c’est une supposition toute gratuite que nous faisons ici), à 20 grammes par jour, le mineur ne produirait pas plus dans le premier pays, par campagne, qu’à 15 grammes par jour dans le second; et si les conditions sociales étaient les mêmes, la rétribution payée à l'ouvrier par l'entrepreneur devrait être, par campagne, la même dans les deux contrées (t).

Pendant l'année 1849, la durée moyenne du travail en Californie a été de moins de cent cinquante jours, même pour les mineurs qui y ont passé la saison tout entière. C’est que d’abord on a compté comme des mineurs de profession beaucoup de personnes qui n’onl été qu’un petit nombre de jours sur les placereê et qui ont été vite rebutées de ce que ce travail a de pénible, qui même ne s’y étaient rendues que par curiosité. A n’en-

(!) II sérail iiossible qu'une des causes pour !es<iuellos les orpailleurs dn niiiii persistent dans leur industrie, quelque petite que soit la quantité d’or qu’ils obtiennent, eonsistiU en ce que le elimat et le régime du fleuve leur perinissciil de travailler presque à toutes les époques de l’annéo indislinclcment. Les orjiailleiirs du Rhin, à la fin de rannée, pourraient de celte façon avoir recueilli une somme plus forte, relativement h la riebesse du gîte qu’ils exploitent, que ceux de la Sibérie ou de la CaliftTnie. Un autre motif, plus déterminant, qui les fait persévérer, et qui n'est pas sans une certaine connexion avec le précédent, c'est que de cette manière ils utilisent des instants cpii aulrciiient seraient perdus; car, M. f)aubrce le fait remarquer, ce sont presque tous des liommes ayant une autre profession, des pécheurs, par exemple. Le lavage des sables est pour eux une ressource conli’e le chômage, et ils s’y livrent, quoiqu'il leur arrive plus d'une fois de n’uTuir recueilli, au bout de la journée, que {tour un franc d'or.

LA MONNAIB, SECTION XIII, COAPITRE IT. 447

visager que la population qui a réellement choisi cette profession et qui y reste, composée en grande partie aujourd’hui d'hommes ardents, elie est dérangée du travail par deux causes: l'une est l’amour du plaisir et des fortes émotions du jeu, l'aulre est la fièvre dont on est pris naturellement, à la suite d’excès de tout genre, quand on s’expose alternativement à l’humidité et à l’action d’un soleil dévorant, et qu’on enfreint toutes les lois de l’hygiène. En ce moment, les hommes même les plus rangés évitent difficilement la maladie, en Californie, lorsqu’ils travaillent aux mines. C’est un labeur très-dur, qui ne cesserait d’étre dangereux que par des précautions qu’on ne saurait observer aujourd’hui. Mais le progrès des mœurs, qui est déjà sensible, en comparaison des débuts de la colonie, et l’arrangement hygiénique des ateliers, qui viendra après, écarteront l’un et l’autre de ces éléments perturbateurs du travail (1).

Si la production moyeune de 20 grammes, ou seulement celle de 15 ou même de 10, par journée de travail, est une fois bien constatée, la tendance à la baisse de la valeur de l’or, sous l’influence de la Californie, sera irrésistible; à une condition pourtant, à savoir que les gisements de ce pays soient trèsvastes, afin qu’un grand nombre de mineurs y trouvent de l’emploi pendant une suite d’années, car c’est seulement de cette manière que la masse d’or versée sur le marché général pourra changer manifestement le rapport entre l’offre et la demande. Sur ce point donc, que faut-il penser?

En dehors de la vallée du Sacraroento et de quelques-uns de scs tributaires, la reconnaissance des gîtes aurifères, jusqu’à

(1) « Les cherchears d'or, dit M. Dillon, consul de France, qui était ù San-Francisco en sepleinbre t849,gciisdii peuple pour la plupart, éprouvent cet entrainement irrésistible vers les boissons fortes, qui caractérise partout la race anglo-saxonne. Il est rare qu'ils ne suspendent pas leur travail quelquefois pendant plusieurs journées de suite pour donner libre carrière A ce penebant, dès qu'ils se voicut possesseurs de quelques milliers de francs. C’est le lendemain de cesjours d’orgie qu'ils sont pri.'j, eu général, des fièvres qui régnent dans l'intérieur. Ces fièvres ont donc leur cause moins dans le climat même que dans les habitudes déréglées des émigrants. Le pays est loin d’élre malsain, cl à Sun-Francisco l'air est si vif qu’on ne peut porter que des vêlements de laine. » (Revue det Deux Monde» du 19 janvier 1990.)

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ces derniers mois, était fort sommaire. On annonçait qu’ils s'étendaient très-loin : on disait que l’Orégon lui-méme n’avait sous ce rapport rien à envier à la Californie. Mais que n'a-t-on pas aflirmé , en ce genre , à l'égard d'autres pays , depuis que les bruits venus de la Californie ont excité les esprits ? Or, si le gîte aurifère n’allait pas au delà de la vallée du Sacramento, on devrait s’attendre à ce que, en assez peu d’années, il fût épuisé, et le renom que les trésors de la ('alifornie auraient valu à cette contrée serait presque aussi passager que celui que tira Haïti, il y a trois siècles, des lavages d'or du Rio Hayna.

Mais aujourd'hui, à en juger par le rapport de M. B. King, dont le témoignage est corroboré par de nombreuses correspondances, l’existence de l’or sur de très-grands espaces serait iin fait au-dessus de toute conteslation : l’incomparable activité des Anglo-Américains aurait déjà fait une exploration du pays siiiTisante pour convaincre les plus incrédules. M. B. King affirme que les gisements aurifères sont distribués sur une superficie qui n’est pas moindre que celle qu’occupe la chaîne d’une médiocre hauteur (1,200'° au plus) placée comme un contre-fort au pied de la Sierra-Nevada, sur le versant occidental. C’est une longueur de 650 à 800 kilomètres sur 55 à 80 de large. Les alluvions aurifères s’étendraient au delà de cette zone en suivant les rivières. Dans tout cet intervalle, il n’y aurait pas un cours d’eau où l’on n’eût rencontré de l’or. Bien plus, la quantité extraite en moyenne dans une journée ne différerait guère d’un cours d’eau à un autre, ce qui est signalé comme l’indice d’une grande richesse uniformément répandue sur une vaste surface.

L’or des bancs d’alluvion provient en Californie de la destruction de filons de quartz, évidemment semblables à ceux qui, plus au midi, sur le plateau mexicain, recèlent le minerai d’argent. Ce sont les mêmes filous de quartz dont M. Duport avait signalé, il y a quelques années déjà, l’abondance remarquable sur le versant occidental de la chaîne des Andes ou du plateau (1). Dans le lit des rivières, les fragments d’or, roulés,

(t) Voir plus haut, page 438.

à angles arrondis, et réduits à Tétât de poudre, sont dégagés de quartz. 11 est des espaces plus ou moins considérables où les filons semblent s’être désagrégés sur place, sous Tinfluence de Tatmospbère et des eaux pluviales, sans que l’action puissante d’un cours d’eau déchaîné en ait remanié, trituré et charrié au loin les débris. Alors le métal se présente sous la forme de

pépites irrégulières, et très-fréquemment associé intimement au quartz. Tels sont les gisements connus sous le nom de dry diygings.Ceiw-dy quelquefois, sont spacieux, au point de recouvrir, dit M. King, des vallées d’une étendue considérable : c’est alors une véritable alluvlon formée par le dépôt lent et successif de matières qui proviennent des collines adjacentes. Les gisements découverts dans les ravines des montagnes moyennes, dont est flanquée la Sierra-Nevada, forment une catégorie intermédiaire entre les alluvions des rivières et les filons émiettés sur place qu’on appelle plus spécialement dry diggings. Là aussi, Tor est souvent en pépites.

Les dry diggings et une partie des ravines ont, par la manière d’être des fragments du métal, cet avantage précieux qu’on peut les exploiter sans recourir au lavage. Les particules d’or y sont assez grosses pour qu’on les reconnaisse, une fois à découvert; on les recueille à la main. On n’a plus à s’inquiéter alors ni si les rivières sont trop hautes, ni si elles sont à sec; on peut donc prolonger l’extraction toute Tannée, à peu près. C’est de la même circonstance qu’est venu le nom de dry diggings (fouilles sèches).

Le rapport de M. B. King, que nous devons croire bien informé, car il est resté plusieurs mois dans le pays, et il Ta parcouru a la suite du gouverneur, serait donc de nature à dissiper les doutes sur l’étendue des gîtes aurifères en Californie.

Dans le courant de 1849, les diverses variétés de gisements ont été attaquées sur une grande échelle. On a fouillé nonseulement le lit des rivières, mais aussi les ravines des montagnes et les dry diggings, et jusqu’à présent Texlraction, avonsnous dit, se serait partagée à peu près également entre les rivières et les deux autres gisements réunis, ce qui donnerait

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une idée approximative de Timportance des rivières par rap* port aux autres groupes de gîtes.

La présence depuis longtemps avérée de bancs aurifères fort riches dans la province mexicaine de Sonora (1), qui est attenante à la Californie, serait un symptôme de plus en faveur de rétendue des gisements californiens.

Enfin, on assure qu’on a découvert dans la Sierra-Nevada même des filons de quartz semblables, dit-on, à ceux qui, en Géorgie, en Caroline et en Virginie, sont exploités comme des mines d’or, mais incomparablement plus riches. A la fin de 1849, le récit qu’on publiait de ces découvertes était accompagné d’assez de détails pour qu’on pût le considérer comme ayant de la consistance. M. B. King, dans son rapport, sans être fort explicite à cet égard, s’exprime de manière à faire penser qu’il y a lieu de fonder sur ces filons de sérieuses espérances.

11 serait très-intéressant de connaître la quantité d’or qui s’extrait déjà en Californie. Malheureusement on ne peut faire là-dessus que des conjectures. On sait le montant de ce qui est délivré aux capitaines des paquebots, mais on ignore ce qu’emportent les passagers avec eux, et on n’a aucune idée de ce qui reste en Californie pour le service des échanges ou dans la ceinture des mineurs. Les personnes bien informées s’accordent cependant à dire que déjà la production a été considérable. Ce ne fut qu’à la fin de mai 1848 que la découverte fut constatée chez le capitaine Sutter; et pourtant, avant le janvier 1849, on assure que l’extraction avait été de 5 millions de dollars, ou d’environ 7,500 kilogrammes de métal fin. Pendant l’exercice 1849, on pense que la Californie a rendu plus que la Russie boréale elle-même à aucune des années précédentes. M. B. King (2), par une évaluation qui ne laisse pas

(t) Voir plus haut, page 236.

(2) M. Kiug donne pour résnliat des informations par lui soigneusement recueillies, (]ue le produit moyen d'une journée de mineur est d'une uiicc de métal. Il répète ii plusieurs reprises celle déclaration. 11 estime que du cominenccmenl de tu saison au septembre 1849, il y a eu moyennement sur les mines 20,000 personnes dont les trois quarts venues du iHexique etdu

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que (l'étre conjecturale, arrive à une somme de 35 millions de dollars, ou 52,500 kilogrammes de fin, et il est d'opinion qu’en 1850 on ira à 50 millions de dollars, ou 75,000 kilogrammes de fin (1). Que ne serait-ce donc pas en 1651, si le nombre des mineurs devait, comme le présume M. B. King, atteindre alors 100,000, s'ils faisaient sur les ateliers un séjour moyen de cent cinquante jours, et si la moitié seulement d’entre eux se trouvait avoir acquis, par la pratique de l’art en 1650, le peu d'adresse qui y est nécessaire? On irait dès lors au delà de 200,000 kilogrammes de fin. 11 reste, on le voit, beaucoup d’incertitude encore sur la manière dont les choses vont se passer en Californie, et sur la grandeur précise des résultats qu’y donnera l’exploitation. Dès aujourd’hui, cependant, après la masse de renseignements plus ou moins concordants qui sont venus de ce pays, il serait difiieile de conserver des doutes sur le fait même de la magnitude de l’extraction qui doit s’y faire.

Chili, cl il calcule que l'exlraclion a été en nombres ronds de t.OOfl dollars (1 kilog. SU de nii) par personne, pour soixante-cinq jours de travail, durée à laquelle il réduit celle pn inière moitié de la saison. Pour la seconde moitié, pendant laquelle la majeure partie des Mexicains et des Chiliens s’était retirée, mais où cepcndaiil rufilueucc des Anglo-Américains surtout avait |>orlé le nombre des mineurs à i0,000 ou 50,UOU, dit-il, il ne compte que lD,IK)n,0tlU de <lollars, production relativement bien plus faible; ce qu'il faudrait attribuer à ce que les pluies ont commencé plus tôt que d'habitude, et A ce que les nouveaux débarqués étaient moins adroits que 1rs premiers chercheurs d’or. M. B King ne mentionne pas d'aulres causes qui vniiseniblablcmciil ont en plus d’inniiencc encore ; je veux parler : 1» de la vie déréglée des mineurs ; 2° des lièvres qui oui eu pour origine tant ce dérèglement que lu mauvaise hyg.éne à laquelle un était alors condamné sur les mines.

(I) Il suppose i|u'en 1850 le nombre des personnes travaillant aux mines sera de o0,U00. Mais il entend sans doute qu'elles n'y seront pas toutes des le commencement lie la saison, ou qu’elles n’y resleroul pas, à beaucoup près, autant que la saison le permettrait, car 50,UU0 personnes, travaillant cent cinquante jours en luuyeune, cl retirant chacune une once d'or (comme il l’admet constamment pour tout individu qui s'est familiarisé avec le métier), produiraient 191, OUO kilog. de métal lin.

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