Ibid., 3 et 19 septembre 18'M
2^6 l'umov l.vtink, lk problème monétaire. •
permis. C'est ce qui arrive surtout pour les exportations de métaux précieux *. M. Ottomar Haupt pensait que les inexactitudes doivent se compenser. Mais, précisément lorsqu'il s'agit de métaux précieux, les inexactitudes se produisent toujours dans le môme sens. Les exportations d'argent sont invariablement grossies au détriment des exportations d'or, le commerce ayant intérêt, au point de vue des frais de transport, à déclarer le métal jaune comme métal blanc.
D'autre part, M. Ott. Haupt ne faisait pas état des pertes qui se sont produites en France même, abstraction faite de toute exportation. Elles sont considérables, notamment pour les millésimes antérieurs à 1830. L'effectif de ces anciennes frappes a été singulièrement i^éduit. Les affineurs ont détruit un très grand nombre de ces pièces, pour en extraire les quatre millièmes d'argent et les 8 ou 9 dix-millièmes ou même le millième d'or que l'imperfection des anciens procédés de départ n'avait pas permis d'y reconnaître au moment de leur fabrication.
Enfin, le chiffre de 3,500 millions était inconciliable -avec les résultats des recensements. En premier lieu, le rapport entre les pièces recensées et les pièces frappées de 1867 à 1871 ne permet pas d'admettre qu'il restât en 1891 plus de 1,550 à 1 ,650 millions de francs d'écus français. En second lieu, étant donné le chiffre de 3 Y^ milliards, les contingents hellénique et suisse, d'après les proportions constatées en 1891 (1.23 et 0.42 p. '>/o), auraient dû atteindre respectivement 30 millions et 10 Va millions, quantités qui n'ont jamais été émises par ces deux pays. Ces diverses considérations nous paraissent absolument décisives. Nous nous fonderons, en conséquence, sur les évaluations de M. de Foville dans les raisonnements qui vont suivre.
II. La question monétaire. — L'abondance de l'or dans la cir-
1. Le ministère du commerce italien a eu ildée de publier, comme contrôle de la statistique douanière des importations et exportations d'or et d'arf?cnt, une statistique dont les éléments sont fournis par les grandes institutions de crédit et les grandes entreprises de transport. L'écart entre les chifTres des deux statistiques est toujours considérable; il y a eu des années où, pour l'or, le chiffre du ministère du commerce, allait presque au triple du chiffre de la douane. V. Rapport du directeur des monnaies au Ministre des finances, 1901. p. loi.
culalion et dans les encaisses des banques a eu pour résultat l'atlribution à ce métal du rôle d'étalon, longtemps dévolu à Targent. C'est en or que tous les prix sont exprimés, notamment ceux des changes, parce que la France possède assez d'or pour payer dans ce métal tous ses engagements. La riche réserve de métal jaune qu'elle détient est, en outre, le gage de la valeur de sa monnaie d'argent. En dépit de la déprécration du métal blanc, Técu de 5 francs aux empreintes françaises circule au pair, à l'intérieur. Au dehors, il ne subit d'autre perte que les quelques millièmes correspondant aux frais de son rapatriement ; on est sûr, en effet, de l'échanger en France, au pair, contre de l'or. L'admission des écus de l'Union latine dans les caisses publiques et à la Banque fait bénéficier d'un traitement identique celles mêmes de ces pièces qui ne trouvent pas dans la circulation de leur pays d'origine, l'Italie et la Grèce, un gage suffisant de leur valeur nominale. Le public ne conserve d'ailleurs dans la circulation que la quantité de celte monnaie strictement nécessaire aux besoins des échanges. Le surplus est à la Banque. Toutes les tentatives faites pour alléger l'encaisse argent de cet établissement et pour augmenter le nombre des écus dont le commerce et les particuliers font usage, ont invariablement échoué. Les pièces, à peine sorties des caisses de la Banque, y ont été refoulées.
La situation monétaire de la France est par certains côtés moins brillante qu'à l'époque où l'argent formait, non les trente centièmes, mais moins des trois centièmes du stock métallique. La valeur de la monnaie blanche reste intacte à la vérité; mais cette valeur est devenue fiduciaire. Une partie des encaisses d'or est en quelque sorte engagée et immobilisée pour la garantir. " La masse d*argent qui n'est pas utilisée et qui est inutilisable dans les échanges, n'est pas un élément de richesse, une force, mais une gêne. De plus, en cas de dénonciation de l'Union latine, la France est exposée à gardet à son compte une bonne partie des écus belges et italiens qui se trouvent actuellement sur son territoire. Les premiers représentaient, d'après les dernières évaluations de M. de Foville, 329 millions. A supposer qu'il y ait toujours en Belgique les 125 millions d'écus français qui s*y
2^8 l'union latine, le problèmb monétaire.
trouvaient en 1885 d'après M. PirmezS le solde serait de 204 millions, dont 104 millions seulement seraient remboursables en or par la Belgique. Vis-à-vis de TUalie, la situatico est moins favorable encore. Il n'y a guère déçus français dans ce pays ; le cours forcé les en a chassés, comme d'ailleurs le plus grand nombre des écus italiens. Le solde créditeur de la France ne serait pas très inférieur à la totalité des écus italiens qu'elle possède. Sur ces 208 millions, 100 millions devraient être rapatriés par les voies naturelles du commerce ; ces voies sont fermées par le change défavorable. Le surplus serait remboursable en or; mais la situation financière de l'Italie a été trop embarrassée à diverses reprises pour qu'on puisse penser que des atermoiements ne lui seraient pas nécessaires*.
Telle est, esquissée par ses traits essentiels, la situation monétaire de la France. Elle est fâcheuse par certains côtés. Mais elle n'est certes pas compromise. Notre stock de métal jaune, sauvegardé par la suspension de la frappe du métal blanc, suffit à gager la valeur de tous les écus français ou latins qui se trouvent sur notre territoire. Notre stock d'argent ne peut être augmenté par de nouvelles frappes. Des importations de pièces de 5 francs d'ancienne fabrique sont encore possibles ; elles sont peu probables : Tidenlité presque absolue des rapports constatés entre l'or et Targenl dans les enquêtes de 1885, de 1891 et de 1897, permet de présumer que la presque totalité des écus encore existants sont dès à présent rapatriés. L'expérience a démontré la sagesse des mesures prises de 1873 à 1878, On doit persévérer dans leur application.
Les bimétallistes pensent que cette politique s'inspire d'une vue très incomplète du problème monétaire. D'après eux, les gouvernements ne devraient pas seulement avoir le souci de procurer i leurs ressortissants la jouissance d'une bonne circulation métallique. Ils devraient encore se préoccuper des conséquences que leurs résolutions peuvent avoir en dehors du territoire soumis à leur autorité, du trouble qu'elles peuvent