Ibid., novembre 1879, p
4. En 1885, le Directeur des Monnaies expliquait que les caves de (a Irtsorcrie et des sous-trésoreries fédérales ne suffisant plus à contenir les dollars d'.irgont, les nouvelles frappes restaient dans les hôtels des monnaies, où il n'existait le plus souvent aucune installation convenable. Le Directeur des Monnaies insistait sur les dangers que présentait cet état de choses.
Pendant ce temps, les bimétallistes du Congrès s'efforçaient de développer encore plus le monnayage de l'argent. Le 24 mai 1879, la Chambre avait voté un bill Warner autorisant les particuliers à faire fabriquer les standard dollars sans limitation, mais réservant le profit de la frappe au Trésor. Le bill n'aboutit pas au Sénat. En avril 1885, M. Bland fît une nouvelle tentative ; mais sa proposition ne réunit que 126 voix contre 161. La majorité ayant reculé devant la solution extrême de la frappe libre, qui sacrifiait trop visiblement la circulation métallique de TUnion aux intérêts coalisés des producteurs, des spéculateurs et des débiteurs, partisans des moyens de libération dépréciés, on entra dans la voix des transactions.
En 1885 déjà, M. Warner, do TOhio, avait demandé l'émission de certificats à cours légal, sur dépôt de lingots d'argent, pour la valeur marchande du métal ; moyennant ce, le monnayage de l'argent aurait été suspendu. M. Manning, secrétaire du Trésor, recommandait une autre solution. Les 346 millions de billets d'État (greenbacks) encore existants auraient été retirés et remplacés par des certificats représentant tout le stock d'argent du Trésor ; la frappe du dollar blanc aurait été continuée jusqu'à concurrence de 250 millions. En 1887, M. Fairchild, secrétaire du Trésor, préconisait une solution analogue. En 1889, le secrétaire du Trésor, M. Windom, formulait la même proposition : la Trésorerie émettrait des certificats contre dépôts' de lingots,- suivant le cours de l'argent au jour du dépôt ; ces billets seraient remboursables à vue, soit en une quantité de métal représentant, au moment de la présentation des billets, une valeur égale au nombre de dollars qui y serait exprimé, soit en or au gré du gouvernement, soit en dollars d'argent au gré du porteur; ils seraient acceptés en paiement par les caisses publiques et pourraient être compris dans la réserve légale des banques ; le monnayage du dollar d'argent serait suspendu.
Ce projet transactionnel faisait courir au Trésor des risques sérieux pour le cas où l'argent continuerait à baisser : dans ce cas, en effet, le porteur du certificat aurait pu réclamer ufie quantité de métal plus grande que celle qui avait été déposée,
3iO LE SYSTÈME MONETAIRE DES ÉTATS-UNIS,
et le Trésor n'avait pour limiter sa perle que la ressource de payer en or, c'est-à-dire de donner une valeur égale à la quantité de dollars d'argent que Ton pourrait à ce moment se procurer sur le marché.
Cette solution ne satisfit pas les silver men, qui finirent par obtenir du Congrès le vote d'une loi nouvelle, appelée du nom de son promoteur le Sherman ad (14 juillet 1890).
En voici les dispositiong. Le secrétaire du Trésor était chargé d'acheter, chaque mois, 4,500,000 onces d'argent, ou du moins toutes les quantités qui lui seraient offertes jusqu'à concurrence de cette quantité. Ces achats devaient se faire au prix du marché, sans pouvoir dépasser 1 dollar pour 371.25 grains de fin (c'est-à-dire le pair légal du dollar d'argent) ou 129 cents par once. Pour payer ces achats, le Trésor émettrait des billets d'État (Treaswry notes), len coupures de 1 à 1 ,000 dollars, payables à vue en monnaie métallique dans les trésoreries fédérales. Ces billets avaient cours légal, sauf au cas de convention contraire. Sur les achats mensuels, 2 millions d'onces seraient employés mensuellement au monnayage, jusqu'au 1^^ juillet 1891 ; à partir de celte date, on frapperait la quantité de lingots qui pourrait être nécessaire au rachat des billets du Trésor.
Les achats annuels devaient atteindre en quantités 54 millions d'onces (1,080,000 kilogrammes), et, en valeurs, osciller entre 50 et 60 millions de dollars. Les partisans de l'argent comptaient qu'une demande régulière aussi forte relèverait les cours ; les in/lationisls, que l'addition annuelle de 50 à 60 millions de dollars à la circulation provoquerait à bref délai la hausse générale des prix.
Ces prévisions ont été déçues. A la vérité, l'argent, qui au milieu de 1889 était à 42 ^/\^ pence, remonta jusqu'à 54 Va pence le 21 août 1890. Mais bientôt les cours rétrogradèrent. En novembre, ils étaient à 45 pence. En janvier 1891, le Sénat vola un bill de M. West qui établissait la frappe libre et illimitée de l'argent et que son promoteur avait intitulé : « Bill tendant, entre autres objels, à remédier à la contraction de la circulation monétaire ». Malgré l'agitation entretenue par les silvev men et les ùi/lalionisis, malgré les bruyantes conférences de
Talliance des fermiers réclamant un minimum de circulation de 50 dollars par tête*, soit lo à 20 milliards de francs d'or et d'argent monnayés, la Chambre des représentants se sépara sans avoir pris parti sur le free coinage bill voté- par le Sénat.
L'année 1892 fut marquée par deux nouvelles tentatives de M. Bland à la Cliambre et de M. Slewart, du Nevada, au Sénat. ^ Ni l'une ni l'autre ne purent réussir.
Cependant, la politique monétaire des États-Unis aboutissait à son résultat fatal. Du i*»" mars 1892 au 31 mars 1893, 92 millions de dollars d'or furent exportés. Une crise éclata. Le président Cleveland convoqua le Congrès pour le 7 août 1893, « afin que le pays pût être législalivement sauvegardé contre les dangers et les maux qui le menaçaient ». Après de longues discussions qui durèrent quatorze jours à la Chambre et quatrevingts jours au Sénat, après des séances de trente-neuf heures et des discours de quinze heures, où tous les moyens dilatoires, tous les procédés d'obstruction furent employés, jusques et y •compris la motion de mettre en accusation le Président, coupable d'avoir attenté à l'indépendance du Congrès, la clause d'achat du Sherman ad fut abrogée par une loi du 1" novembre 1893 {Voorhees bill).
Les partisans du dollar d'argent ne tardèrent pas à recommencer la lutte. Le 1" mars 1894, la Chambre des représentants votait un bill de M. Bland, en vertu duquel le gouvernement aurait pu monnayer 5o millions de dollars d'argent, représentant la différence entre le prix d'achat des onces d'argent achetées en vertu du Sherman act et leur valeur au pair ; des certificats d'argent auraient pu être émis jusqu'à concurrence de pareille somme, en attendant que les espèces fussent fabriquées. Ce projet, dit de frappe du fonds de seigneuriage, fut également adopté par le Sénat. Le président Cleveland opposa son veto et la majorité des deux tiers, qui peut seule annihiler l'opposition du Président, ne fut pas réunie.
En 1893, le gouvernement se vit refuser l'autorisation de stipuler le remboursement en or de l'emprunt qu'il dut con-