‹ La monnaire, le crédit et le changeChapitre 169 sur 260 · Ibid,, 1892, p · texte numérisé non relu

Ibid,, 1892, p

■5. Report of the secrelary of the Treasury, 1893, p. xi.

Arnauné. 21

de notre Trésor et est allée fortifier la situation financière de certains États étrangers... Du 1" juillet 1890 au 15 juillet 1893, notre Trésor a perdu pour 132 millions de dollars d'or monnayé ou non, pendant que son approvisionnement d'argent monnayé ou non augmentait de 147 millions de dollars. »

AvaiTt de chasser l'or des États-Unis à l'étranger, Targent l'avait d'abord chassé de la Trésorerie dans la circulation. C'est une sorte d'application de la loi de Gresham à l'intérieur du pays.

Ce double mouvement de l'or et de l'argent résultait d'un système adopté naturellement par les banques et par le public lui même. On demandait de l'or à la Trésorerie et on lui apportait surtout de l'argent.

Les banquiers de l'Est, hostiles au dollar d'argent, prenaient soin de stipuler en or. Au moment du vote du Bland act^, ils avaient résolument fermé leurs coffres aux États et aux villes de l'Ouest. Le Minnesota ne put, à ce moment, trouver de prêteurs à New- York. La municipalité de Chicago, celle de Cleveland, d'autres encore, ne purent obtenir le concours des capitalistes de la Nouvelle-Angleterre qu'en promettant expressément de faire en or le service de leur nouvelle dette.

L'année suivante, quand le trésorier-adjoint C.?. Etats-Unis à New- York demanda son admission au Clearing- House des banques associées de cette ville, il ne fut reçu qu'à la condition formelle de payer ses soldes en billets des États-Unis, ce qui e.Kcluait les dollars d'argent. L'acceptation de cette clause par la Trésorerie fédérale souleva une véritable émotion parmi les silv€7' men. Leur chef, M. Warner, souleva la question et M. Sherman fut invité à fournir des explications au Comité des monnaies. Le secrétaire du Trésor répondit qu'il n'avait nullement désobéi à la loi qui donnait cours légal au dollar d'ar. gent : le Trésor ne s'était pas engagé à ne pas payer en argent. Mais, ajouta-t-il, si le trésorier-adjoint usait de son droit, il serait exclu du Clearing-House. Les banquiers de New-York, disait M. Sherman, craignent que si la frappe continue un certain nombre d'années, les dollars d'argent soient en quantité

1. V. BuUetin de statistique du Ministère des finances, janvier 1878. p. 56.

ÉTALON MONÉTAIRB. 323

telle que le gouvernement ne puisse plus soutenir leur valeur nominale ; ils ne veulent pas contribuer à ce que les centaines de millions de richesse accumulée que représente leur association, cessent de reposer sur la base de Tor et arrivent à être mesurés en argent*. On dut s'incliner devant ces raisons.

En 1883, le trésorier-adjoint ayant prétendu imposer un paiement en argent aux banquiers associés, fut menacé d'exclusion et céda.

Dès cette époque, le Trésor commençait à être aux prises avec de sérieux embarras.

En vertu d'un usage remontant à l'époque de la reprise des paiements en espèces et confirmé par une loi du 12 juillet 1882) la Trésorerie devait tenir constamment en réserve, pour faire face aux demandes de remboursement des greenbacks laissés en circulation, une somme de 100 millions de dollars en or. Un secrétaire du Trésor, M. Manning, avait pris soin, dès son entrée en fonctions, de faire apparaître cette somme, d'une manière distincte, dans les situations mensuelles.

La Trésorerie avait eu souvent beaucoup de mal à sauvegarder rintégrité de cette réserve. M. Cleveland constatait, en 1885, que les droits de douane étaient payés en argent ou en certificats d'argent jusqu'à concurrence de 58 p. 7o- D'autre part, les achats obligatoires d'argent absorbaient chaque mois 2 millions de dollars d'or. Enfin, au Clearing-House de New-York, les banques payaient en argent et exigeaient de l'or. Au mois de juillet 1885, la réserve tomba à 128 millions. Des dispositions durent être prises, à la suite d'une conférence entre le trésorier des États-Unis, le contrôleur de la circulation et les présidents des banques associées. Celles-ci s'engagèrent à livrer l'or plus libéralement, en particulier à ceux de leurs clients qui avaient à payer des droits de douane; le trésorier fédéral fut provisoirement autorisé à payer ses soldes en certificats d'argent, jusqu'à concurrence de 20 millions.

Après le vote du Sherman acl, les embarras du Trésor furent à leur comble. Le Trésor ne reçut presque plus de métal jaune.

Circulation ofsHver, 1880, p. 10.

32i LE SYSTÈME MONÉTAIRE DES ÉTATS-UNIS.

À la douane de New-York*, l'or, qui en juillet 1890 avait formé plus de 9o p. 7© des receltes, n'en représentait plus que les trois centièmes ; les monnaies d'argent et certificats d'argent y entraient pour 23.3 p. 7©, les greenhacks pour 44 p. 7o. les billets du Trésor de 1800 pour 32. 7p. 7o- Et, en même temps, l'État était contraint de payer en or une forte proportion de ses dettes, notamment tous les billets émis pour achats d'argent. Sans doute, le secrétaire du Trésor avait la faculté de rembourser ces billets en argent. Mais, ainsi que l'expliquait M. Cleveland dans son message du 8 août, une telle détermination en aurait fait des créances payables seulement en argent. La prime de l'or serait immédiatement apparue.

On remboursait donc en or ces billets, dont le gage était de l'argent. Du l'*" mai 1892 au IS juillet 1893, les émissions avaient dépassé 54 millions ; les remboursements en or atteignirent 49 millions. La réserve de 100 millions de dollars, si souvent menacée, jusque-là toujours sauvegardée, fut atteinte pour la première fois. Le 22 avril 1892, elle fut réduite à 95,432,357 dollars, principalement parles demandes des exportateurs. Le 10 août, le secrétaire du Trésor l'avait ramenée à 103,683,290 dollars. Le 19 octobre, elle tombait de nouveau, par suite de remboursements de billets, à 81,581,385 dollars*. Comme le disait M. Cleveland, à moins de contracter constamment de nouveaux emprunts pour reconstituer à mesure l'encaisse d'or incessamment entamée, on ne pouvait éviter que l'argent se substituât bientôt à l'or dans le Trésor américain, par un effet fatal de l'application de la loi Sherman. Un jour ou l'autre on aurait été contraint de payer en argent déprécié toutes les dettes de l'Etat. Ce jour-là, on aurait vu se manifester la prime de l'or.

Le Trésor public, le peuple américain tout entier étaient donc dans une impasse. Quelle que fût la résolution prise, si l'on n'abrogeait pas la clause d'achat, on aboutissait à l'émigration définitive de l'or, à l'étalon d'argent, c'est-à-dire à la monnaie dépréciée. « Réduits à l'usage d'une monnaie très avilie relati-

1. V. Bulletin de statistique du Ministère des finances, juin 1893. p. 683.

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