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V. infra, p. 4il

Les questions monétaires se sont posées en Indo-Chine avec une véritable acuité dès le début de Toccupation française. Elles n'ont pas cessé, depuis lors, de solliciter Tattention de Tadministration coloniale et du gouvernement métropolitain.

Pendant longtemps, c'est au gouvernement local lui-même, à sa prétention de régler la circulation métallique, soit qu'il voulût établir des taux de conversion immuables entre la monnaie du pays et le franc, soit qu'il voulût introduire en Cochinchine le système monétaire français, qu'ont été imputables les difficultés contre lesquelles se débattaient vainement le commerce européen et le Trésor public. En 1881, le gouvernement de la métropole intervint pour mettre un terme aux errements précédemment suivis par les gouvernements locaux.

Mais à ce moment même une nouvelle cause de diflicuUés avait déjà surgi. La dépréciation de l'argent s'accentuait. Elle ne pouvait manquer d'avoir de fâcheuses conséquences pour un pays dont la monnaie principale est faite de ce métal. Une période nouvelle de crises monétaires s'est donc ouverte pour nos possessions de rExtrôme-Orient. Les intérêts lésés se sont adressés et s'adressent encore à l'administration pour en obtenir un remède aux maux qui les éprouvent. Nous pensons qu'on la convie à une œuvre au-dessus de ses forces. En Indo-Chine, comme en France d'ailleurs, les mesures que Ton recommande volontiers aux pouvoirs publics en vue, soit d'enrayer la baisse persistante de l'argent, soit d'en pallier les résultats, peuvent au contraire compromettre gravement les intérêts dont ils ont la garde. C'est ce que nous essayerons de démontrer.

328 LA lfON!(A]E DB L INDD-CHINB.

% l— Origines da système monétaire indo-chinois.

Deux systèmes monétaires sont juxtaposés en Indo-Chine. Le plus ancien, d'origine indigène, n'est plus représenté que par une pièce de valeur infime, mais qui répond aux besoins des Annamites, lasapèquedezinc; Tautre, d*importation étrangère, fournit à la circulation la monnaie principale du pays^ la pias* tre d'argent.

A. Système indigène *. — Le système monétaire de l'empire d'Annam, d'où procède la sapèque, était remarquable par la correspondance établie entre les diverses coupures d'or, d'argent, de cuivre ou de zinc et les divisions du système des poids annamites : l'once ou lu'o'ng (37.75 gr. 2), son multiple le 7iénde 10 onces, (377.5 gr.), et son sous-multiple le dô7ig, dixième d'once (3.775 gr.).

On connaît des monnaies d'or de 100 onces, 80 onces, 40 onces, 30 onces, 10 onces ou pain d'or {nén-vàng), 5 onces ou demi-pain d'or [n^ua-nén-vâng) ou qavetle d'or (thoi-vàng)^ 1 once (lu' o'ng-vàng) ou clou d'or {dinh-vang), 1 demi-once ou, demi-clou d'or {n'ua-luo'ng-vàng oyx^i'ua-^dinhvàng), 4 dixièmes, 3 dixièmes, 1 quart, 2 dixièmes, 1 dixième d'once; des monnaies d'argent de 100 onces, 50 onces, 40 onces, 30 gnces, 20 onces, 10 onces ou pain d'argent' {nén-hac), 8 onces ou

1. Voir Silvestre, Soles pour servir à la recherche et au classement des monnaies et médailles de VAnnam et de la Cochinchine française. Saigon, Imp. nat., 1883; Notice sur les monnaies et médailles d'Annam (dans le Rapport du Directeur des monnaies de d900) et Désiré Lacroix. Numismatique Annamite, Saigon, Imp. Ménard et Legros, 1900.

2. Le poids de l'once annamite se déduit de celui du picul. On assigne des poids différents à cette mesure. D'après la Chambre de commerce de Saigon, le picul pèse GO kilog. 400. U y a 10 nén ou 160 onces au picul. Le nén pèse donc 377. o gr. et le lu'o'ng 37.75 gr. En fait, le poids des pièces de frappe officielle que possède la Monnaie de Paris varie de 38.25 à H8.0O grammes par /M'o';t<7. Certaines pièces de fabrication privée ne pèsent que 38 grammes par lu'o'ng.

3. Au Cambodge, la barre d'argent était appelée vienh. Elle pesaitgénéralement 10 damlong 2 chi. Lcdamlong pèse 37.75 gr. comme le lu'o'ng annamile : le chi, 1/10 de damlong. Le poids du nen/i était donc de 385.05 gr. C'est le poids du nén annamite. Mais il n'y avait souvent que 377.5 gr. de fin. Le vienh était d'ailleurs fabriqué à Saigon et à Cholon.

ORIGINES DU SYSTÈME IXDO-CHIXOIS. 32^

demi-pain d'argent (n'ua-^én-bac), 1 once oa clou d'argent (lu*o'ng-bàc ou dinh-hac), 1 demi-once ou demi-clou d'argent {n'ua-lu'o'ng'bac ou fCua-dinh-hac), 1 quart d'once ou quart de clou d'argent*.

La fabrication de ces pièces n'était pas réservée au souverain; le code annamite ne punit comme faux-monnayage que lafalsi* fication ou la fausse fabrique des sapèques. Toutefois, les ateliers privés ne produisaient que des néns d'argent; ce sont de petites barres quadrangulaires légèrement incurvées dans le sens de la longueur. Il existe, au contraire, soit en or, soit en argent, des pièces de toutes les coupures sortant des ateliers impériaux : elles affectent la forme de parallélipipèdes réguliers*, et portent des inscriptions et des ornements gravés en creux ou frappés au marteau.

Les monnaies d'or et d'argent de fabrique impériale ne se rencontraient guère dans la circulation. C'étaient des monnaies de thésaurisation mises en réseirve dans le Trésor impérial; les plus petites en sortaient pour servir à des gratifications ou récompenses. Les néns d'argent de fabrique privée servaient seuls aux échanges courants.

Il n'y avait pas de titre légal. Les monnaies fabriquées dans les ateliers impériaux étaient réputées sans alliage; en fait, les pièces d'or que possède la Monnaie de Paris contiennent de 0. 805 à 0.858 d'or et de 0.134 à 0.177 d'argent, l'ensemble du fin, or et argent, variant de 0.970 à 0.993; celles d'argent sont souvent à 0.995 et tiennent de 0.001 à 0.002 d'or. Quant aux néns d'argent du commerce, le titre en est quelquefois très bas. La forme et les dimensions du nén en facilitaient le fourrage et il n'est pas rare d'en trouver où il n'y a d'autre métal précieux qu'une mince pellicule dissimulant un métal plus vil. Les barres de fabrique privée étant de simples monnaies de commerce, sans cours légal, la fabrication et la mise en circulation de néns

1. L'harmonie du sj^stème paraît troublée par rexistence des pièces d'argent ci-après : la pièce de 3 ligatures {quaji), de Tu-Duc, pesant environ trois cinquièmes d'once ; la pièce de â ligatures, de Minh-Mang. pesant environ deux neuvièmes d'once ; la pièce de 1 ligature, de Tu-Duc, pesant un peu moins d'un cinquième d'once. Mais ce sont moins des monnaies que des médailles destinées à être données en récompense.

2. Toutefois les pièces de Tu-Duc de 1, 2 et 3 quarts sont rondes.

fourrés ne constituaient pas le crime de faux-monnayage, maïs une simple fcaude K

La monnaie de cuivre ou de zinc que les Annamites appellent dông, sans doute parce que le poids en était à Torigine de 1 dông (dixième d'once) et que les Européens nomment sapèque, ne pouvait être fabriquée que par les ateliers impériaux. Les sapèques sont des pièces rondes comme les monnaies occiden- "^ taies. Mais, au lieu d'être frappées, elles étaient coulées dans des moules. Leur centre est percé d*un trou carré S dans lequel on

1. Art. 325 du Code annamite. — Ceux qui auront fondu et coulé privément do la monnaie de cuivre seront punis de la strangulation (avec sursis):..- ceux qui ^avec du cuivre, du fer ou du vif-argent), auront contrefait de l'or ou de l'argent seront punis de cent coups de truong et de trois ans de travail pénible... { L'or et l'argent dont le litre n'est pas com. plet ne sont pas des matières contrefaites, et cette loi ne peut être appliquée dans ce cas.)

Décret I. — Lorsque quelqu'un aura pris de l'argent, y aura creusé un trou et l'aura frauduleusement rempli avec du cuivre ou du plomb ou toute autre matière pour fabriquer frauduleusement des lingots recouverts à l'extérieur d'une pellicule d'argent, pour lui donner l'apparence voulue, lorsque la quantité de cuivre, de plomb ou autre matière sera telle que, dans chaque once, il n'y aura que deux, trois, quatre ou cinq dixièmes d'argent environ, celui qui aura fabriqué ce faux argent et ceux qui iau. ront acheté pour le mettre en circulation seront également condamnés selon la loi relative à ceux qui se servent de cuivre, de fer ou de vif-argent pour contrefaire de l'or ou de l'argent...

Explications coordonnées. — Pour les monnaies de cuivre, le texte dit : fondre privé ment, la matière employée est donc le cuivre : pour l'argent et l'or il dit : contrefaire, la matière n'est donc plus l'or et l'argent ; cependant la peine du fait de fondre privément est plus grave. En effet, les régies de la fabrication des monnaies émanent de l'autorité supérieure : ceux qui fondent privément cette monnaie enfreignent une défense et jettent le désordre dans les règles de l'Etat ; c'est pour cela que la punition est plus sévère. La production de l'or et de l'argent est naturelle à la terre ; ceux qui contrefont ces matières ne font qu'abuser le peuple pour usurper un bénéfice, aussi la règle de punition est-elle plus légère. — Philastre, Le Code annamite. Paris, Leroux, 1876.

M. Philastre observe que ces textes sont la reproduction*pure et simple de ceux du Gode chinois. Prise à la lettre, la loi ne serait pas applicable à la fabrication privée des sapèques de zinc. Il n'est question, en effet, dans ce texte, que des sapèques de cuivre; or le gouvernement annamite n'a pas réussi à les introduire dans tout l'Empire. Un décret postérieur aura sans doute prohibé la fabrication des sapèques de zinc; c'est du moins ce que pense M. Philastre. Voir t. Il, p. 510, op. cit.

2. Voici quelle est, d'après M. Silvestre, l'origine de cette menue monnaie, qui a cours depuis la Malaisie jusqu'au Japon : « A l'époque de la grande invasion de l'an 214 avant J.-C, la Chine faisait encore usage do monnaies de bronze ayant la forme de couteaux, longs de 13 1/2 centimètres, portant sur la lame le caractère ininh et mimis d'un anneau a lextrémité du manche pour les enfiler. Sous la neuvième dynastie (de l'an 479 à l'an 501 de l'ère chrétienne), on se servait aussi de monnaies

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