‹ La monnaire, le crédit et le changeChapitre 217 sur 260 · Magliani. op. cit., p · texte numérisé non relu

Magliani. op. cit., p

et cela d'autant plus qu'elles sont à longue échéance et que, par suite, les variations de Tagio peuvent être plus fortes avant qu'elles soient définitivement réglées*. »

« On a dit souvent que le cours forcé protège l'industrie... » En effet, « les produits de l'industrie évalués en papier augmentent de prix; les salaires» les loyers, les intérêts des sonames précédemment empruntées, etc., restent invariables pendant quelque temps. Mais le phénomène inverse se manifeste quand l'agio diminue ; le prix des marchandises baisse rapidement, tandis que les salaires et les autres frais de production ne diminuent que peu à peu. L'industrie ne tire donc pas du cours forcé un avantage permanent, comme on l'a dit par erreur, mais une succession de profits et de pertes qui, mathématiquement, se balancent et qui, en fait, soumettent la production industrielle k une incertitude nécessairement funeste à son développement *. »

Les effets du cours forcé n'avaient pas été moins désastreux pour le crédit international. L'étranger avait accordé au commerce et à l'État italiens, un crédit bien moindre qu'auparavant.

Les dépenses budgétaires avaient été augmentées dans leur ensemble, en dépit des économies apparentes réalisées sur les paiements faits & l'intérieur : il avait fallu accroître les subventions payées aux chemins de fer et services maritimes, relever plus hâtivement les traitements des fonctionnaires, contracter certains emprunts en or à des conditions très onéreuses. D'autre part, le produit des impôts qui ont pour base le mouvement des affaires et pour condition de plus-value le développement de l'aisance générale, avait été profondément affecta*.

L'abolition du cours forcé fut prononcée par une loi du 7 avril 1881.

Le Consorzio fut dissous, 600 millions furent remboursés avec le produit d'un emprunt de 644 millions autorisé parla loi précitée ^ Les 340 millions restant ne furent pas rembour-

i. Mesures proposées pour Vaholilion du cours forcé, p. 5.

a. ibid., p. 10.

3. Le surplus, soit 44 millions, servit à rembourser un prt^t de 44 millions en or, fait au Trè.sor par la Banque naiionale, en vertu d'une con* vention du 1" juin 1870.

4i2 LE BILLET DE BANQUE.

ses, mais les billets du Consorzio qui les représentaient furent retirés et remplacés par des billets d'État, en coupures de 5 et 10 francs, convertibles en monnaie métallique. Ces billets devaient être amortis au moyen des excédents futurs des budgets. La reprise effective des paiements en espèces eut lieu le li2 avril 1883, en vertu d'un décret royal du 1®'* mars. Précédemment, l'Italie, par un arrangement spécial conclu en 1878 avec les autres puissances de l'Union latine, avait opéré le rapatriement de sa monnaie divisionnaire d'argent, que le cours forcé avait fait émigrer.

Les excédents budgétaires que la sage politique des hommes d'État italiens avait su ménager à partir de 1875, disparurent en 1888.

Dans un discours* prononcé à Milan, le 9 novembre 1891, M. di Rudini, alors président du Conseil, énumérait sans détours les causes du déficit. Les résultats de l'œuvre patiente des ministres auxquels était due la restauration des finances italiennes avaient, par leur grandeur même, exalté l'ambition de leurs successeurs. On avait conçu les plus vastes desseins, dépensé 4 milliards dans la construction du réseau des chemins de fer, 1 Va milliard dans les travaux des fleuves, des ports, des phares, des routes ; donné des encouragements à l'agriculture ; doté l'enseignement; porté le budget de la guerre de 215 millions en 1881 à 410 millions en 1888-89, le budget de la marine de 46 à 162 millions (entre 1878 et 1888-89} ; tenté de créer une colonie en Afrique. « L'activité de l'État a servi d'exemple et de stimulant aux administrations locales et aux entreprises privées. L'Italie a ainsi dépensé une grande partie de ses énergies dans une œuvre multiple et gigantesque, hors de proportion avec ses forces... Co futl'effet de l'atmosphère d'espérances et d'illusions dans laquelle nous vivions : ce fut l'effet de l'élan naturel d'une nation jeune, ambitieuse, impatiente d'agir. L'essor provoqué par ces aspirations exagérées a engendré une profonde perturbation dans la politique financière et dans l'économie privée des citoyens. Les budgets de l'État et les budgets locaux s'en sont ressentis, ainsi que le bilan économique de la nation, et, dans

1. Le Dullelin de statistique du Ministère des finances en a donné une traduction, novembre 1891, p. 550.

la crise générale qui sévit aujourd'hui, l'Italie a été la plus cruellement atteinte. Nous courrions, hélas! à toute vapeur contre un écueil dissimulé par le brouillard épais de nos illusions et de nos espérances. Lorsque le danger fut proche, il s'éleva un cri de douleur et de menace qui obligea nos prédécesseurs à ralentir la course. Nous nous sommes résolument arrêtés, nous, et maintenant nous comptons reculer. »

On sait que M. di Rudini n'a pu réaliser son programme. La situation de l'Italie s'est encore aggravée. Déjà elle était critique. Depuis 1887, le change était constammeat défavorable. En février 1888, au moment de la rupture des relations commerciales avec la France, il atteignit 2 72 P- Vo^ véritable prime sur l'or. En 1889, en 1890, la perle au change continua, quoique à un moindre degré. En 1891, M. Bodio* constatait que les encaisses du Trésor et des banques avaient diminué, depuis 1883, de 434 millions. Déduction faite de la monnaie divisionnaire, dont le chiffre était discuté, plus de 300 millions avaient dû être exportés.

Le papier se dépréciait donc de nouveau et cette mauvaise monnaie recommençait à chasser la bonne *. L'or et les écus de 5 francs une fois exportés et le change devenant de plus en plus défavorable, on se servit de monnaie divisionnaire pour liquider avec Tétranger. Les puissances latines, la Suisse et la France surtout offraient un asile à ces pièces, grâce aux dispositions des conventions sur leur admission dans les caisses publiques. Au mois de septembre 1893 ^ les pièces italiennes représentaient 28.78 p. % de Tensemble des monnaies divisionnaires d'argent circulant en France; dans les départements

1. Di^alcuni indici misuratori del movimento economico in Ilalia^ traduction du Bulletin de statistique du Ministère des finances, revue et mise à jour par l'auteur. Bulletin de juin 1891, p. 673 et suiv.

2. Dès le mois d'août 1891, les embarras étaient tels qu'à Turin, la Banque de Naples en était réduite à défendre son encaisse en opérant avec une lenteur calculée l'échan^^e de ses billets. Un procès lui fut intenté, de ce chef, en janTier 1892. Le tribunal de Turin se déclara incompétent, alléguant que les banques agissent comme déléguées de l'État quand elles remboursent les billets à cours légal (jugement du 9 juin 1892). Le cours fon-é était, en quelque sorte, déclaré par autorité de justice. Giornale de'jli economisti, Uoma, juillet 1892, p. d.

3. Enquête du Ministère des finances. V. Bidletin de statistique, octobre 1893, p. 415.

du Sud- Est la proportion variait de 30 à 45 et 60 p. %; elle dépassait 70 p. Vo dans les Alpes-Maritimes et la Savoie. En Suisse, le pourcentage se rapprochait de ces derniers taux. La perte au change ou la prime de l'or était à ce moment de plus de 13 p. Vo- La monnaie de bronze elle-même commençait à être exportée.

Le 4 août 1893, un décret royal autorisait l'émission de 30 millions de bons de caisse à cours légal, de la valeur de 1 franc, contre dépôt dans les caisses du Trésor de monnaies divisionnaires italiennes d'argent. On espérait ainsi conserver dans la circulation des coupures indispensables aux menus échanges. En même temps, le gouvernement italien demandait aux puissances latines de retirer de leur circulation et de lui vendre les monnaies divisionnaires d'argent à son effigie. Un arrangement spécial fut signé, à cet eflfet, le 13 novembre 1893, à Paris.

Un décret du 4 août précédent avait autorisé une émission supplémentaire de 2 millions de francs de monnaies de bronze.

Le 12 novembre, un nouveau décret ordonnait de percevoir les droits de douane en espèces métalliques (or ou argent), conformément à la loi du 7 avril 1881 sur la suppression du cours forcé. Les droits de douane pouvaient aussi être payés au moyen de certificats nominatifs, délivrés par les banques d'émission, contre versement de billets de banque ou de billets d'État représentant la valeur du certificat demandé, plus le change, réduit de 0 fr. 23 cent, par 100 francs. Le change à payer serait déterminé par la moyenne du cours des chèques sur l'étranger, dans un certain nombre de bourses italiennes, deux jours avant la délivrance des certificats. Le Gouvernement reconnaissait ainsi lui-même, officiellement, la dépréciation du billet de banque.

Le 23 janvier 1894, un décret étendait les limites d'émission déterminées par une loi du 10 août 1893, et suspendait l'application de l'article 12 de cette loi, aux termes duquel les établissements d'émission étaient tenus de réduire leur circulation des trois quarts de la somme des comptes courants productifs d'intérêt qui dépasserait 130 millions pour la Banque d'Italie,

LE BILLET DE BANQUE A COUnS FORCÉ. 445

40 millions pour la Banque de Naples, 12 millions pour la Banque de Sicile.

Le 21 févriçr 1894, un décret autorisait rémission de bons de caisse de 2 francs pour 60 millions, et la fabrication de pièces de nickel de 20 centimes pour 20 millions.

Un autre décret, de la même date, autorisait le ministre du Trésor à augmenter l'émission des billets d'État jusqu'à concurrence de 600 millions*. Sur cette somme, 200 millions devaient être immédiatement remis aux trois banques d'émission en échange d'une égale somme en or, qui aux termes d'un décret du 28 mars suivant devait être immobilisée dans les caisses du Trésor en garantie des billets d'État. Le même décret élevait à 125 millions l'avance ordinaire des trois banques au Trésor •.

L'obligation de payer en espèces les billets d'État était suspendue. Enfin, les banques étaient autorisées à rembourser leurs billets, pendant la durée du cours légal établi par l'article 4 de la loi du 10 août 1893', en billets d'État, et, au cas de remboursement en espèces métalliques, à retenir l'agio d'après le cours du jour à la Bourse la plus voisine *.

L'Italie était donc de nouveau au régime du cours forcé.

A partir de 1890-91, la prime sur l'or est permanente. Voici les maxima et les minima^du cours des changes à vue sur Paris (année fmancière du l*"" juillet au 30 juin) :

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