Alph. Allard. Dépréciation des richesses
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paradoxale, Thypothèse d'une crise de surproduction. PeuUon admettre, disait-il, non sans raison, que ce pendant quinze années les hommes aient continué à produire trop de richesses Tte leur procurant que pertes et mécomptes ? » Il attribuait dès 'lors à la crise une origine monétaire. Mais son argumentation différait un peu de celle de M. Robert Giffen et portait la trace de ses convictions bimétallistes*. c< On a enlevé du plateau métallique de l'Europe tout l'argent et on n'y a laissé que l'or. Quoi d'étonnant que l'équilibre se soit rompu et que le plateau des marchandises, emporté par son propre poids, ait été précipité dans une baisse fatale? » La conclusion de l'auteur était qu'il fallait réhabiliter l'argent et le replacer sur le plateau métallique à côté de l'or, dont le poids ne suffisait pas à balancer celui des marclmndises.
Il est aisé de sortir du dilemme où M. Alph. AUard prétendait enfermer ses contradicteurs. La baisse des prix peut résulter d'autres causes que de la surproduction ou de la rareté du numéraire. Toute réduction du prix de revient tend inévitablement à produire une diminution du prix de vente. C'est précisément à cette réduction du prix de revient que doit être surtout attribuée, selon nous, la baisse que l'on a constatée dans les prix de vente après 1873.
L'influence qu'ont exercée dans ce sens la transformation des moyens de transport et, en termes plus généraux, la transformation des moyens de production par la substitution des moteurs mécaniques aux moteurs animés, a été signalée déjà. Cette grande révolution économique n^était pas consommée en 1870. Elle ne l'est pas encore. Chaque année, de nouveaux perfectionnements sont apportés à l'outillage des peuples civilisés*.
Beaucoup sont de l'ordre mécanique. Tel, pour les machines
i. Les bimétaUistes ont accepté la thèse de M Robert Giffen avec empressement. Y. notamment le discours de M. Cernuschi au Congrès monétaire international de i889 et le livre d*E. de Laveleye, La monnaie €l le bimétallisme international, Paris, F. Alcan, 1891. M. Bobert Giffen est monométallisle. V. son article de la yineteenlh Century^ novembre 48S9.
2. Je tiens à remercier M. Albert Golson, professeur à l'École polytechnique, des renseignements nombreux qu'il m'a donnés sur ce point, tant pour la précédente édition que pour celle-ci.
QUESTION DE "CAPPRECTATTOy DE L'oR. 57
à vapeur, le système Corliss, apparu à Texposition de Vienne, qui procure une économie considérable dans la consommation du charbon par cheval-vapeur et par heure. L'invention plus récente des surchauffeurs de vapeur, l'emploi de Tacier pour la construction des chaudières, qui peuvent fonctionner à des pressions de 12 à 15 atmosphères, ont encore procuré des réductions considérables du prix delà force motrice, c'est-à-dire du principal élément du coût de production dans un grand nombre d'industries; transports, constructions mécaniques, filatures, tissages, etc. Prenons la construction même des machines à vapeçr. Avant 1870, une bonne machine de 38 à 50 chevauxvapeur se vendait environ 1,000 francs par cheval ; vingt ou vingt-cinq ans plus tard, une machine, de même force, consommant moins de vapeur pour le même travail, ne coûtait que la moitié. On voit, par là, combien sont réduits les frais d'établissement d'une filature de 500 chevaux de force, par exemple. Au point de vue des frais d'exploitation, l'économie est plus considérable encore, la consommation journalière du charbon ayant beaucoup diminué avec l'amélioration des moteurs. Mêmes progrès dans l'e-Kploitation des chemins de fer. Ici un élément particulier, la substitution aux rails de fer des rails d'acier, plus résistants à poids égal. Dans les constructions maritimes* signalons les navires à coque d'acier, moins lourds que les navires en fer, les bateaux capables de naviguer à la fois sur la mer et dans les grands fleuves.
En même temps s'ouvrait une autre voie de progrès industriel. Les procédés de fabrication étaient renouvelés par les recherches des savants. C'est encore une cause de baisse des prix'. Veut-on des exemples? Aux anciens procédés de fabrication de l'acier, qui nécessitaient la mutation préalable de la fonte en fer^ se substituent les méthodes Bessemer et Siemens-i Martin de transformation directe de la fonte en acier. A partir
i. Fret de la tonne de blé de New-York au Havre, en 1879, 56 francs ; en 1893, 10 francs; de Bombay au Havre, en 1879, 56 francs; en 1803, 17 fr. 50 c. M. René Brice, discours à la Chambre des députés, séance du 12 février 1894. Journal officiel, 1894, p. 205.
2. M. de Foville a signalé cette cause à propos des fontes, fers et aciers et de l'aluminium. V. Économiste français, 13 mai 1893. Ce dernier métal est tombé de 100 à 3 fr. 50 c.
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de 1871, date de la construction du marteau- pilon de 100 tonnes au Creusot S le système Ressemer prend une extension considérable : le système Siemens-Martin se développe de même et la concurrence entre les usines qui emploient ces deux sortes de fours fait profiter le consommateur de la baisse des prix de revient. Les rails d*acier valaient, en 1879, 216 francs la tonne, en 1891, 145 francs, en 1900, 180 francs; les aciers marchands et spéciaux, en 1879, 585 francs, en 18^1, 348 francs, en 1900, 283 francs. Ces réductions sont le fruit des applications de la science à Tindustrie : en 1879, sur une fabrication totale de 419,000 tonnes, les aciers Bessemer et Siemens-Martin représentaient 307,000 tonnes; dix ans plus tard, la presque totalité des aciers étaient obtenus dans des fours de ces systèmes. Vers la même époque, la matière première de Tacier, la fonte, a subi une baisse notable à la suite de Tinvention du procédé de la déphosphoration, qui permet d'utiliser des minerais de fer très abondants, extraits à proximité des hauts fourneaux de la haute Moselle. Enfin l'emploi des récupérateurs de chaleur, qui n'est pas d'ailleurs particulier à Tindustrie de l'acier, s'est développé de plus en plus, et a réduit encore les frais de fabrication.
L'industrie des produits chimiques peut être citée parmi celles où les plus merveilleux progrès ont été réalisés.
Un fait des plus importants, en ce qui la concerne, est la baisse du nitrate de soude, due & la réduction des frais de transport et à l'exploitation scientifique des gisements du Chili. Ce sel est devenu un engrais chimique des plus employés depuis que l'enseignement agricole vulgarise les belles découvertes de Gilbert, de Lawes et de Boussingault. La consommation en était de 110,000 tonnes en 1865, de 200,000 en 1872, de 325,000 en 1875, de 430,000 en 1885, de 932,000 en 1889. L'importation française était, en 1889, de 178,000 tonnes ; elle s'est élevée à 205,000 tonnes en 1892, à 286,000 tonnes en 1900. Malgré l'énorme accroissement de la demande, malgré le droit de sortie élevé perçu par le Chili, le prix qui, en 1880, était à Dunkcrque de 38 francs les cent kilogrammes, est tombé à