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L'acier Bessemer s'améliore par de fortes compressions

QUESTION DE h APPRECIATION DE L OR. 59

30 fr. 50 c. en 1882, 29 fr. 50 c. en 1883, 23 francs en 1884, 19 fr. 60 c. en 1889. La Commission des valeurs de douane le fixait pour 1892 à 22 francs, à 21 francs pour 1900.

La baisse du nitrate de soude amène celle de Tazotate de potasse et de Tacide azotique. La baisse de Tacide azotique s*est répercutée sur le prix des matières colorantes artiGcielles extraites, à la suite des travaux de Verguin, Perkin, Lauth, etc., de Taniline dont cet acide forme, avec le benzol, la matière première. D'autre part, le perfectionnement des appareils a fait baisser le prix des benzols ou benzines commerciales, qui oscillait de 1872 à 1886 entre 108 et 300 francs, varie de 1886 à 1893 entre 100 et 45 francs et, après être monté en 1896 à 100 francs, se tient entre 27 et 33 francs. Enfin, l'usage d'appareils continus pour la fabrication de Taniline a amené une singulière économie de main-d'œuvre.

C'est encore au perfectionnement des appareils qu'est due la baisse d'un produit concurrent du nitrate de soude, le sulfate d'ammoniaque. En 1883, l'Angleterre produisait 75,000 tonnes de ce sel ; elle en a produit 157,000 en 1892. Malgré l'accroissement de la consommation, les prix sont tombés de 50 à 30 francs. C'est que, dans cette période, les appareils de distillation, dits.à colonnes, se répandaient, en même temps que des industriels imaginaient de retirer l'ammoniaque des fours à coke et des vidanges ^

Même cause de baisse des prix pour l'alcool. Pendant longtemps, l'appareil d'Edouard Adam est resté le dernier mot de la science ; mais avec la colonne Champonnois, avec les procédés de Le Play, de Dubrunfaut, avec les modes de fermentation étudiés par Pasteur, on voit se développer la production des alcools de grains, de betteraves, de pommes de terre et les prix s'aliaisser à un bon marché inouï. Les industries qui utilisent l'alcool sont nombreuses et importantes. En 1893, les quantités soumises au droit de dénaturation approchaient de 107,000 hectolitres d'alcool pur. Elles ont dépassé 221,000 hec-

1. LMmportation française des seh ammoniacaux ne dépassait pas 13,000 tonnes en 4892. Elle est de 14.000 tonnes environ en 1900. La France a organisé, à son tour, la récupération des sous-produits de la fabrication du coke et commence à produire des quantités notables de sulfate d'ammoniaque.

toîitres en 1900. Le remplacement de cet impôt réduit par une taxe de statistique de 3 francs, puis de 0 fr. 25 c, l'application, que Ton peut espérer prochaine, de procédés de dénaturation X peu coûteux, abaisseront encore les prix de revient des produits dans la fabrication desquels est employé Talcool.

La fabrication de la soude occupe Tune des plus importantes industries chimiques. En 1894, la production totale était de 1,250,000 tonnes de carbonate de soude, qui se sont vendues, en moyenne, 110 francs la tonne*. En 187.5, la même matière valait 280 francs. C'est qu'à cette époque, on obtenait la soude par le procédé Leblanc." Cette méthode, plus coûteuse malgré l'emploi des fours tournants et la régénération du soufre imaginée par des ingénieurs et des chimistes distingués (Mac Tear et Chance), est supplantée par le procédé dit à l'ammoniaque, inventé par M. Schlœsing et développé par les frères Solvay. Sur 1,500,000 tonnes de carbonate de soude fabriquées en 1900, 900,000 l'ont été par ce dernier procédé. Les prix sont d'à peu près 100 francs la tonne.

La baisse du prix de la soude a influé sur le prix des savons (soude caustique), des verres (sulfate de soude). La verrerie a été encore améliorée par l'introduction des fours à gaz. La baisse de l'acide chlorhydrique, autre produit comj)lémen taire du procédé Leblanc, a contribué avec l'emploi des pâtes de bois à la baisse du prix des papiers. A la soude se rattache encore la fabrication de couleurs telles que l'alizarine.

En 1880, M. Sorel a triplé le rendement des chambres de plomb où s'élabore l'acide sulfurique. Le prix des couperoses (sulfates de cuivre, de fer, etc.) en a été atténué. L'acide sulfurique entre également dans les superphosphates : il sert à rendre l'acide phosphorique assimilable et propre à être utilisé par l'agriculture. Le prix de l'acide phosphorique assimilable est, en conséquence, tombé de 0 fr. 95 c. le kilogramme en 1878 à 0 fr. 60 c. environ en 1892. Ajoutons quo la déphosphoration des fontes a mis à la disposition de l'industrie une nouvelle source d'acide phosphorique.

1. V. Annales du Conservatoire des Arts et Métiers. E. Fleurent. Lcsgrandes industries chimiques à l'Exposition de 1900. 3* série, t. IIL Paris, Gaulhier-Villars, 1901.

OUESTION DE \! APPRECIATION DE l'OR. 61

Les anciens procédés de fabrication du chlore ont été remplacés en France, vers 1878, par le procédé Weldon qui a fait baisser de 50 p. Vo 1^ prix de revient de cette matière indispensable aux papeteries et aux blanchisseries. Un procédé plus économique encore, le procédé Deacon, tend à s'y substituer. Sans la révolution qui s'est opérée dans la fabrication de la soude et qui a rendu rare l'acide chlorhydrique , autrefois simple produit résiduaire, le prix du chlore serait complètement avili. La méthode électrolytique, qui donnerait le chlore sans passer par Tacide chlorhydrique, se substituera peut-être dans un avenir prochain aux procédés Weldon et Deacon et achèvera la ruine du procédé Leblanc pour la fabrication de la soude, en donnant k meilleur marché le chlore et aussi la soude caustique.

Citons encore l'abaissement du coût de Téclairage par l'invention des manchons à incandescence garnis de terres rares (oxyde de thorium, etc.) ; du prix des parfums par la découverte des parfums chimiques ; la liquéfaction industrielle de Tammoniaque, de l'acide carbonique, de Tacide sulfureux, du chlore.

L'industrie est définitivement sortie de l'empirisme pour entrer dans des voies scientifiques. Ses opérations sont à chaque instant contrôlées par. la chimie. Un progrès industriel suit un progrès scientifique, qui souvent paraissait d'ordre purement spéculatif. Les ammoniaques composées de Wurtz et de Zinin ont donné les couleurs d'aniline ; les études de Pasteur sur la fermentation ont révolutionné les distilleries, les vinaigreries, les brasseries. Les théories mécaniques de la chaleur dues à Carnot, à Joule, à Meyer ont transformé les machines à vapeur. A son tour l'électricité fait son apparition dans l'éclairage, dans le transport de la force motrice, dans les décompositions chimiques. Ces deux dernières applications sont les plus récentes et peut-être les plus fécondes. Le transport de la force, inauguré il y a moins de dix ans par les expériences de M. Marcel Deprez, aujourd'hui entré dans la pratique courante, a permis, entre autres résultats, l'utilisation des énergies naturelles contenues dans maints cours d'eau et créé, à côté de la houille extraite des entrailles du sol, ce que l'on a pitlores-

qiiement appelé là houille blanche. L'électrolyse rencontre des emplois muUiplîés. En 1894^ nous en signalions rintervention dans la fabrication des chlorates et le raffinage dû cuivre. Elle a, depuis lors, déplacé au profit de la France et de la Suisse rindustrie du chlorate de potasse, dont le centre était en Angleterre ; la moitié environ des cuivres sont affinés électrolytiquement ; c'est par l'électrolyse au four électrique que l'aluminium est maintenant préparé. Et ce ne sont pas les seules applications du procédé ^

En résumé, la baisse des prix depuis 1873 nous parait due pour la plus forte part aux applications nouvelles de la science à rindustrie. Nous admettons que les effets de cette révolution, économique ont été rendus plus sensibles par la circonstance qu'ils n'ont plus été atténués, comme après 1850, par une réduction de la valeur de l'or, ce métal ayant reconquis, au moins partiellement, son ancienne puissance acquisitive. Enfin, le relèvement temporaire des prix de 1878 à 1882, puis de 1888 h 1890 et de 1898 à 1900 nous semble indiquer que leur abaissement de 1873 à 1878, de 1883 à 1887 et de 1891 à 1897 résulte dans une certaine mesure de la- liquidation de crises de surproduction ou de spéculation.

Il reste à tirer les conclusions de cebte étude sur les fluctuations de la valeur des métaux précieux depuis 1850.

On a vu que, soit pour l'or, soit pour, l'argent, les mouve* ments de hausse ou de baisse ont toujours coïncidé avec des variations dans l'intensité relative de l'offre et de la demande. L'exemple de la législation des États-Unis sur l'argent a permis également de constater l'impuissance des gouvernements à régler l'usage des métaux monétaires. La théorie classique de la valeur des métaux précieux trouve donc dans l'examen des faits une confirmation entière.

1. V. A. Uiche, Les principales nouveautés en chimie^ Paris, Doin, 1900.

L'invention de la monnaie, complétée par Taffectation des métaux précieux à la fonction d*intermédiaire des échanges, a constitué un progrès immense. Elle a doté la circulation au comptant d'un instrument parfait.

Mais le comptant ne peut être le mode unique, ni même le mode principal des échanges, dans une société dont la richesse et l'activité économique se développent. Le comptant exige des disponibilités de capitaux toujours présentes : il se prête mal à des transactions quelque peu étendues. Le commerçant qui serait tenu de régler en espèces et sans délai tous ses achats, serait singulièrement entravé dans ses opérations. Une fois ses fonds engagés dans une affaire, il lui serait impossible /l'en entamer de nouvelles : force lui serait d'attendre que le règlement de l'entreprise en cours lui eût rendu la disposition de ses capitaux. Si dans l'intervalle, une occasion favorable se présentait, baisse dans le cours des matières premières, commande à des prix avantageux, etc., il ne pourrait pas la saisir. Pour se tenir en mesure de profiter de semblables éventualités, ce commerçant devrait toujours ménager une réserve de capitaux libres. Il serait ainsi amené à augmenter beaucoup son capital de roulement, dans le seul but d'accroître ses encaisses métalliques, c'est-à-dire la partie du capital de l'entreprise qui, restant oisive, étant détournée du travail de la production, demeure stérile, ne rapporte aucun loyer.

Une telle organisation des affaires n'est supportable que dans les sociétés primitives. Le premier acte d'une société qui progresse est de briser les entraves du comptant. Elle cherche à .proportionner exactement le fonds de roulement à l'impor-

tance des entreprises, de façon à ne jamais laisser libre et oisive une fraction notable de* ses capitaux et à ne pas grever le compte des frais généraux d'intérêts frustratoires : sa tendance est de réduire au minimum les capitaux sur lesquels elle opère et d'accélérer autant que possible les transformations alternatives de ces capitaux en marchandises et en numéraire, qui sont la source du bénéfice.

Ces fins ne peavent être réalisées qu'à. Taidedu crédit. Grâce au crédit, le commerçant est dispensé d'accumuler des encaisses improductives. Ses facultés d'achat sont égales, en effet, non seulement an numéraire dont il dispose actueUement, mais à Tensemble de son patrimoine, y compris ces' biens immatériels mais plus précieux que tous, qui s'appellent Thabileté professionnelle, Thonorabilité. Aussi toutes le^ grandes affaires, à Texception bien entendu de celles où les espèces métalliques sont la matière même du marché, comme les opérations de change, se font-elles à crédit. L'usage du comptant se limite de plus en plus aux relations entre le commerçant et les consommateurs; la vente à crédit ou à terme est la^ règle des relations entre les commerçants.

L'intervention du crédit dans les transactions est d'origine fort ancienne : elle est liée aux premiers progrès économiques de la société.

Mais voici un fait plus récent et plus fécond encore. Les créances de sommes d'argent sont devenues l'objet d'un traffc régulier. Elles circulent à l'instar de la monnaie, dont elles représentent une quantité déterminée, et se substituent à elle comme instrument de transport des richesses.

Le point de départ de cette transformation économique est l'invention des effets à ordre ou au porteur : lettres de change, billets et chèques à ordre ou au porteur, valeurs mobilières. Les créances sont incorporées dans ces effets de telle sorte que le transfert du titre par une formalité très simple, endossement, simple tradition manuelle, transfère la créance ellemême. La cession de créance, ainsi dégagée des formes compliquées du droit civil, s'opère par des moyens analogues à ceux qui réalisent la translation de propriété des espèces métalliques. Les titres qui constatent ces créances peuvent donc,étrft

considérés comme Téquivalent de la monnaie; ils sont propres à remplir certaines de ses fonctions : celles d'intermédiaire des échanges et d'instrument de transport des capitaux. On verra même que ces titres transportent les capitaux à moins de frais encore que la monnaie.

D'autre part, leur emploi permet de réduire les encaisses inoccupées et par suite de réaliser des économies d'intérêts. Ce dernier avantage de la circulation fiduciaire avait surtout frappé Adam Smith qui, pour le mettre en pleine lumière, emj)loyait une comparaison ingénieuse : « L'or et Uargent qui circulent dans un pays peuvent se comparer précisément à un grand chemin qui, tout en servant à faire circuler et conduire au marché tous les grains et fourrages du pays, ne produit pourtant par lui-même ni un seul grain de blé, ni un seul brin d*herbe. Les opérations d'une banque sage, en ouvrant en quelque manière, si j^ose me permettre une métaphore aussi hardie, une espèce de grand chemin par les airs, donnent au pays la facilité de convertir une bonne partie de ces grandes routes en bons pâturages et en bonnes terres à blé, et d'augmenter par là, d'une manière très considérable, le produit annuel de ses terres et de son travail^ ».

Mais, pour continuer la métaphore, il faut se garder de vouloir convertir en terrains de rapport une trop grande partie des routes stériles dont parle Adam Smith. La circulation fiduciaire ne peut être développée sans danger au delà d'une certaine limite. C'est le crédit qui fait la valeur des efiFets de commerce ; et le crédit, c'est la croyance dans le payement au terme convenu. Le créancier peut accepter des moyens de paiement autres que le numéraire. Mais, s'il les accepte, c'est qu'il n'a aucun doute sur la possibilité d'une conversion immédiate en numéraire. Il est donc indispensable que le papier en circulation soit gagé par des disponibilités métalliques suffisantes, que le capital monnayé du pays ne soit pas immobilisé en totalité ou dans une proportion trop forte.

Les conséquences de ces propositions apparaîtront lors de l'étude des systèmes de circulation fiduciaire. Dans le présent

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