‹ La monnaire, le crédit et le changeChapitre 50 sur 260 · LE CERTAIN ET L IKCERTAIN · texte numérisé non relu

LE CERTAIN ET L IKCERTAIN

contraire, le rouble, le dollar, la piastre espagnole, le milreis portugais y sont évalués en pence.

Ces deux procédés différents sont dénommés d'une façon bizarre.

On dit des places où la monnaie nationale est évaluée en monnaies étrangères, qu'elles donnent le certain et reçoivent Vincertain ; des places où chaque monnaie étrangère est évaluée en monnaie nationale, qu'elles donnent Vincèrtain et reçoivent le certain. Paris, Amsterdam) l'Allemagne, Vienne, Pétersbourg donnent l'incertain ; Londres donne le certain à Paris, Amsterdam, Bruxelles, TAllemagne, Vienne, et Tincertain à Madrid, Lisbonne, Pétersbourg, New-York ; Madrid donne le certain à Londres et Berlin, l'incertain à Paris ; New-York donne le certain à. Paris, l'incertain à Londres, Amsterdam, TAllemagne. Certain est pris ici pour Tiihq ; incertain pour variable. Le certain est la marchandise vendue, l'unité monétaire payable à l'étranger, quantité fixe; l'incertain est le prix d'achat, quantité variable. C'est toujours Tincertain, le prix variable, qui figure sur la cote; le certain, c'est-à-dire l'unité monétaire vendue et achetée, n'y est pas exprimé. La cote donne toujours l'incertain ; c'est la place, qui tantôt donne le certain, tantôt l'incertain et qui, par contre, reçoit au premier cas l'incertain, au second cas le certain. Une place donne le certain quand elle cote sa propre monnaie en monnaie étrangère, parce que c'est alors sa monnaie qui sert de terme fixe, invariable, dans la comparaison des deux monnaies. Au contraire, la place qui donne l'incertain ou qui reçoit le certain est une place qui emprunte à chacune des autres places leur monnaie pour en faire le ternie fixe, invariable de la comparaison. La terminologie serait plus claire si Ton disait : donner le certain, recevoir le certain, au lieu de dire donner le certain ou l'incertain ; mais cette dernière formule a prévalu.

L'usage d'évaluer la monnaie nationale en monnaie étrangère est irrationnel. La monnaie étrangère est une marchandise comme une autre ; elle ne doit donc pas fournir l'unilé d'évaluation, mais l'unité évaluée. On ne comprendrait pas qu'au lieu d'estimer le quintal de froment à 25 francs par exemple, on estimât le franc à 4 kilogrammes de froment. Il est aussi peu

naturel de dire à Londres : 1 livre sterling vaut francs So.Slâl ; la formule rationnelle serait : 1 franc vaut 9 V2 pence. Ce que Ton vend et achète à Londres, en effet, ce ne sont pas des livres sterling, mais des francs, puisque Tobjet du marché est une somme d'argent destinée à payer une dette en France.

t)n se trouve en présence de coutumes qui ont survécu aux raisons qui les avaient fait introduire. Autrefois, c'étaient les places dont la monnaie était le plus anciennement connue et qui jouissaient d'une prédominance commerciale, qui donnaient l'incertain aux autres*. Les places dont le développement était de date plus récente donnaient le certain , évaluaient dans leur propre monnaie l'unité monétaire des places plus anciennes.

Ainsi, pendant longtemps, Paris a donné le certain à Amsterdam, évalué la monnaie française en monnaie hollandaise, e), chose singulière, c'était l'ancien écu français de 3 livres qui continuait sur les deux places d'être l'unité monétaire évaluée*. C'est qu'Amsterdam, comme place commerciale, est notablement plus ancien que Paris. Le papier sur Paris était à Ams* terdam l'objet de transactions régulières et suivies, alors qu'à Paris le papier sur Amsterdam donnait sans doute lieu à moins d'affaires.

De même, Paris a eu quelque temps la prédominance sur Londres, comme place de change. Il n'y avait à Londres, autrefois, d'affaires de change que deux fois par semaine, les jours du départ des bateaux pour le continent. Aujourd'hui encore il n'y a que deux séances officielles par semaine S bien que, chaque jour et à toute heure, il se fasse de nombreuses transactions sur les monnaies et les effets étrangers, soit directement entre les intéressés, soit par l'intermédiaire des cour-

1. Courcelle-Seneuil, Traité théorique et pratique des opérations de banque, Paris, GuiUaumin, 1876, p. 541. Le Touzé. Traité théorique et pratique du change, des arbitrages et des matières d'or et d'argent. Paris, F. Alcan, 1868, p. 19. Lefèvre, Le change et la banque, Paris, Delagravc, 48SO, p. 52.

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