‹ La monnaire, le crédit et le changeChapitre 6 sur 260 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Les produits du travail humain sont l'objet d'échanges incessants, conséquence et condition nécessaires de la division des occupations entre les individus et entre les peuples.

La matière première, à peine créée par les industries extractives ou agricoles, est dirigée sur l'usine ou sur la manufacture; le produit fabriqué, aussitôt terminé, s'achemine vers le magasin de gros, puis vers le magasin de détail, pour parvenir enfin au consommateur. Un courant régulier porte ainsi les marchandises, duproducteurauconsommateur, ensuivant le canal d'intermédiaires plus ou moins nombreux.

À ce mouvement correspond un mouvement en sens inverse, une sorte de contre-courant, qui remonte du consommateur au producteur. Il ramène successivement au détaillant, au commerçant en gros, au fabricant, au producteur de la matière première, sous la forme de prix de vente, le capital que chacun d'eux a employé pour créer les produits vendus et les mettre à la portée du consommateur. Le capital que le producteur de la matière première, métal, pierre, bois, blé, laine, coton, fils, tissus, etc., a incorporé dans ces produits divers, est dégagé et remplacé par le capital du fabricant; à son tour, le capital incorporé par le fabricant dans les matières qu'il a mises en œuvre, est dégagé et remplacé par celui du marchand ; enfin le capital que le marchand a employé à constituer ses appro-

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visionnemenLs et assortiments est dégagé par la vente au consommateur, qui liquide toute Topération.

L'industriel, le commerçant n'attendent pas, pour entamer de nouvelles affaires, que la vente des niarchandises qu'ils ont fabriquées ou achetées leur ait rendu la disposition des capitaux employés dans les fabrications ou dans Tapprovisionnement des magasins. Pour commencer de nouvelles opérations sans avoir à liquider celles qui sont en cours, ils font appel à des capitaux d'emprunt, qui tiendront la place de leurs propres capitaux jusqu'au jour où ceux-ci seront redevenus libres par la vente des produits dans lesquels ils étaient incorporés.

Il y a toujours sur le marché, des capitaux flottants, en quête d'emploi, les uns de formation nouvelle, les autres, de création plus ancienne, récemment dégagés d'une première affectation. Les producteurs trouvent là les capitaux de remplacement qui leur sont nécessaires. Des opérations d'emprunt et de prêt interviennent, en conséquence, entre les producteurs et les capitalistes, et des échanges réguliers de valeurs s'établissent entre eux, comme entre les producteurs et les consommateurs.

Les divers courants qui naissent des échanges de marchandises et des emprunts de capitaux, constituent la circulation des richesses.

Les richesses circulent de deux façons.

Elles sont déplacées matériellement à Taide des moyens variés de transport que l'homme a inventés, depuis la bête de somme, chargée de quelques kilogrammes de marchandises, qui chemine lentement par des sentiers mal frayés, jusqu'aux trains de chemins de fer qui charrient des milliers de tonnes en quelques heures à plusieurs centaines de kilomètres, depuis le radeau qui dérive et le chaland halé à la cordelle jusqu'aux puissants steamboats qui traversent les océans.

Les richesses sont aussi l'objet de transports que l'on peut appeler juridiques, de translations de propriété. C'est ce mode de circulation des richesses qui fait uniquement l'objet du présent traité.

Comme la circulation matérielle , la circulation juridique utilise des instruments, des véhicules, dont l'emploi rend plus

LA CIRCULATION, SES INSTRUMEiNTS, SON MECANISME. 3

faciles et plus rapides les transporls de propriété par lesquels producteurs ou consommateurs acquièrent la disposition des matières premières, des objets fabriqués, des capitaux. Ces véhicules sont d'abord la monnaie, puis les titres de créance transmissibles par voie d'endossement ou par tradition manuelle, lettres de change, billets de banque et chèques.

On les appelle, pour ce motif, intruments de la circulation. Dans le langage courant, on prend aussi l'instrument de la circulation pour la circulation elle-même. On dit la circulation métallique pour désigner le stock d'espèces monnayées, la circulation fiduciaire pour désigner l'ensemble des titres de crédit, qui existent dans un pays. Dans ce sens un peu détourné mais très usuel, le mot circulation correspond au mot anglais currency, usité surtout pour la circulation fiduciaire.

Il est nécessaire, avant tout, de déterminer exactement la nature des divers instruments de la circulation , monnaie , billet de banque, chèque, lettre de change, de définir leur rôle, de préciser les qualités particulières qui les font aptes à le remplir.

On doit ensuite considérer la circulation en elle-même, en exposer le mécanisme, montrer comment chacun des instruments d'échange concourt, selon sa nature et sa fonction propres, aux transports de capitaux par lesquels se règlent^ en définitive^ toutes les opérations du commerce.

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