‹ La monnaire, le crédit et le changeChapitre 69 sur 260 · RELATIONS ENTRE PAYS A CIRCULATION NORMALE · texte numérisé non relu

RELATIONS ENTRE PAYS A CIRCULATION NORMALE

frais. Le cours auquel la perte sur le pair égale les frais de transport du numéraire est encore un gold point : le point d'entrée de l'or.

Sur les places qui donnent le certain, le point de sortie de Tor est, au contraire, au-dessous du pair, et le point d'entrée, au-dessus du pair.

Si l'imporlance variable des créances et des dettes extérieures est la cause prépondérante des oscillations du prix des effets courts, le taux de l'escompte n'en a pas moins une certaine action. C'est sous Tinfluence de la balance du commerce que le prix s'achemine vers le point de sortie ou vers le point d'entrée de l'or. La marche sera plus ou moins rapide, selon que le taux de l'escompte sera plus ou moins élevé.

S'il y a un grand besoin d'argent sur la place, que le taux de l'escompte y soit plus élevé qu'au dehors, les vendeurs de change seront pressés de réaliser leurs créances sur l'étranger, les débiteurs de l'étranger, au contraire, feront en sorte de retarder leurs remises le plus possible, les uns et les autres ayant intérêt à employer sur place leurs capitaux. Les offres seront, en conséquence, précipitées et les demandes ralenties. Dans ces conditions, si la balance du commerce est défavorable, la hausse des cours sera moins rapide, si la balance du commerce est favorable, la baisse des cours sera accélérée.

Si le marché de l'argent est facile, si le taux de l'escompte est m^ns élevé qu'au dehors, les vendeurs de change seront moins pressés de se procurer du capital métallique, les débiteurs de l'étranger moins tentés de retarder leurs remises. Les offres et les demandes viendront sur le marché, à leur heure, sous la seule influence de la balance des créances et des dettes.

Les variations du taux de l'escompte agissent donc comme cause adjuvante ou troublante : la cause principale des variations du prix des effets courts réside dans les modifications quotidiennes de la balance du cominerce.

Papier long. — Les acheteurs d'effets longs ne sont pas mus par les mêmes considérations que les acheteurs d'effets courts. Un banquier achète des effets longs, soit afin de s'en servir comme couverture lorsque viendra l'échéance de ses tirages,

de façon à ne pas être forcé, à ce moment, de subir la loi des vendeurs de papier court, soit pour être lui-même vendeur de ce papier en réalisant un gain sur la différence des prix, après avoir bcnéQcié de l'intérêt de ce placement temporaire de ses capitaux.

En effet, le papier de commerce porte intérêt. Quand on escompte du papier à quatre-vingt-dix jours, l'intérêt des jours à courir est déduit du montant de l'effet. A l'échéance, on touche le montant nominal de l'effet. La différence entre la somme payée par le tiré et la somme déboursée par Tescompleur est Tintérôt de son capital.

L'acheteur de papier long n'est pas ordinairement pressé, comme l'acheteur de papier court, par la nécessité de régler une dette prochainement exigible. Il fait simplement emploi de ses capitaux. La différence qui peut exister entre le taux de l'escomple sur sa place et celui qui est pratiqué sur les places étrangères sera l'un des principaux éléments de ses déterminations.

Soit le papier long sur Londres à 25.28, le taux de l'escompte à Londres 4 p. %, à Paris 3 p. Vo-

fr. c.

Un effet de 100 livres à 90 jours vaudra. . . . 2,^28 00 moins l'escompte, ou 1 p. 7© (pour trois mois), soit. 25 2S

Il coûtera donc 2,502 72

et à l'échéance sera payé 2,528 francs. De la sorte, 2,502 fr. 72 c. auront rapporté en trois mois 25 fr. 28 c, soit 1.10 p. Vo-

fr. c.

Un effet sur Paris à 90 jours, de même somme. . 2,528 00 déduction faite de l'escompte, 3/4 p. 7o (pour trois

mois) ....•: 18 96

coûtera' 2,509 04

2,509 fr. 04 c. rapporteront au bout de trois mois 18 fr. 96 c, soit 0.755 p. %.

L'achat d'un effet sur Londres étant plus avantageux, les capitaux disponibles seront employés de préférence en effets sur cette place. On réalisera môme des effets sur Paris : on les présentera à la Banque de France qui les escomptera à 3 p. %» et avec le produit de la négociation, on escomptera à 4 p. '^/^ des effets sur Londres. En même temps que la demande d'effets sur Londres augmentera, l'offre en sera restreinte, les porteurs

PATS A CIRCULATION DÉPRÉGIÉE. i2f

de ces effets ayant avantage à les laisser mûrir dans leur portefeuille.

On en conclura logiquement que, le taux de l'escompte étant plus qlevé à l'étranger qu'à Paris, le papier long haussera de prix, et qu'il baissera tout au contraire, le taux de l'escompte étant plus élevé à Paris qu'à l'étranger.

Il est d'ailleurs évident que la tendance à la hausse, provoquée par l'élévation du taux de l'escompte à l'étranger, peut être contrariée par l'abondance du papier long et que, réciproquement, la rareté du papier peut enrayer la tendance à la baisse qui devrait résulter de l'élévation relative du taux de l'escompte sûr la place nationale. Dans la cote reproduite plus haut, on peut constater que le papier long sur l'Allemagne, par exemple, est coté 121 "/le à 122 7i6, c'est-à-dire au-dessous du pair, bien que le taux de l'escompte soit en Allemagne de 4 p. 7o et à Paris de 3 p. Vo seulement. C'est, sans doute, que le papier long sur l'Allemagne était, à cette date, plus otTert que demandé*.

Néanmoins, pour les effets longs, c'est le taux comparatif de l'escompte qui est généralement la cause prédominante des variations des cours : la balance du commerce intervient plutôt comme cause adjuvante ou troublante.

II. Relations avec les pays dont la circulation est dépréciée. — Lorsque la circulation d'un pays est dépréciée, il n'y a plus dans ses relations de change ni pair ni gold points ; les variations des cours sont extrêmes.

En premier lieu, le prix des eCfots courts peut s'augmenter ou se réduire d'une somme bien supérieure aux frais de transport du numéraire. Ainsi, avant la réforme de 1897, le change sur Pétersbourg, si la circulation de la Russie avait été normale, n'aurait pas dû descendre à Paris au-dessous de 398 fr. 80 c. Le pair du rouble or était en efifet de 4 francs; le pair du change, de 400 francs. Les frais de transport du numéraire y compris la prime d'assurance étant supposés de 3 p. 7oo, soit i fr. 20 c. sur 400 francs, la baisse n'aurait pas dû dépasser

4. L'écart a pu être de 2 p. «/o à certains moments, en janvier 1894 par exemple, sans que le papier long ait cessé d'être au-dessous du pair.

398 fr. 80 c. En réalité, le rouble se payait, au commencement de 1894, 265 à 267 (papier court). C'est que le rouble était une monnaie de papier considérablement dépréciée. L'acheteur payait avec des francs, qui sont de l'or, un effet qui lui donnait le droit de toucher à Pétersbourg une somme en papier déprécié. Il déduisait du prix d'achat le montant de la dépréciation. A Pétersbourg, au contraire, un effet de 100 francs sur Paris se payait bien au-dessus de 25 roubles, parce qu'on achetait iOO francs d'or avec du papier déprécié : le prix d'achat était rehaussé en proportion de la perte subie par la monnaie dont il était formé.

Le change sur Pétersbourg avait été coté, à d'autres époques, plus haut ou plus bas : il s'était élevé en 1876 jusqu'à 333 Vi et, en 1888, était descendu à 198. Le montant de sa dépréciation variait incessamment. Aussi n'y avait-il pas de pair fixe du change sur Pétersbourg, comme sur les pays à circulation d'or, tels que l'Angleterre, l'Allemagne, la France, etc..

Depuis 1897, la circulation de la Russie repose effectivement sur l'étalon d'or; aussi les oscillations du change sûnt-elles limitées par des gold points. Le pair du rouble* étant désormais 2 fr. 66 c. et le pair du change 266 fr. 66 c, le papier sur Pétersbourg (versement) ne descend pas au-dessous de 265 7i-

D'autres exemples nous sont fournis par l'Espagne, le Portugal, l'Italie. En 1899 et 1900, les 500 pesetas espagnoles ont valu sur la place de Paris, au plus haut, 426 Va» au plus bas 373 ; les 100 milreis portugais, 410 au plus haut, 367 au plus bas ; la perte sur le change italien a varié de 7 Vs à 6 Vie p>7o'

On voit par ces quelques chiffres qu'aucune analogie n'existe entre les oscillations, d'une amplitude médiocre et limitée, que subit le cours du change dans les pays dont la circulation e'st normale, et les bonds désordonnés, sans limite prévue, auxquels il est sujet dans les pays à circulation dépréciée. Dans les premiers, lorsque l'offre est assez rare ou la demande assez forte pour que le papier court dépasse le gold point, les débiteurs délaissent le papier et font des remises en numéraire. Ce moyen n'est pas à la disposition des débiteurs dans les seconds.

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