‹ La monnaire, le crédit et le changeChapitre 72 sur 260 · PAYS A CIRCULATION DÉPRÉCIÉE · texte numérisé non relu

PAYS A CIRCULATION DÉPRÉCIÉE

aurait, par suite, donné lieu à une prime d'exportation*. Un semblable avantage serait résulté, pour les exportations espagnoles à destination delà France, de la dépréciation de la peseta par rapport au franc.

Cette prime a fort alarmé les agriculteurs, notamment en France et en Allemagne. Il semblait que les blés de Tlnde dussent parvenir en Europe à très bas prix et y ruiner la culture des céréales. Les viticulteurs, les éleveurs du midi de la France accusaient le change de développer Texportation des vins et du bétail espagnols. Certains publicistes n'étaient pas loin d'affirmer que la perte au change constitue un privilège enviable ; ils s'alarmaient des atténuations qu'elle apportait aux droits de douane perçus à l'entrée des pays à circulation normale ; la Chambre des députés fut même saisie d'une proposition de loi d'initiative parlementaire, d'après laquelle les droits d'entrée auraient dû être modifiés, à des intervalles réguliers, au moyen de tables de correction basées sur la prime de l'or dans les divers pays de provenance *.

Il est aujourd'hui démontré, — nous l'avons vu — que l'argent n'a pas conservé, sur le marché intérieur de l'Inde, son ancien pouvoir d'achat. Pour la RépubliquQ Argentine et l'Espagne^nous n'avons pas trouvé de documents précis. Mais on peut citer, pour d'autres pays, des faits qui prouvent que, bien 'souvent, aucun rapport n'existe entre le taux de la perte au change et le prix des produits exportés.

A Odessa, de 18&7 à 1890, en môme temps que le change sur Londres baissait, c'est-à-dire en même temps que se réduisait la prétendue prime de change, le cours du blé baissait également. Dans le premier trimestre de 1887, la livre sterling valait de 10.66 à 11.38 roubles, le poud de blé de 1.23 à 1.30 rouble ; dans le quatrième trimestre de 1890, la livre sterling se vendail de 7.98 à 8.75 roubles, le blé de 0.88 à 0.96 rouble *.

1. Report.,, on bounties on export... August, 1889 [C. — 5867].

2. L'idée avait été émise dès 1890 par M. Alph. Allard dans une curieuse brochure intitulée Le change fossoyeur du libre-échange. L'auteur, dont les convictions bimétaUiques sont bien connues, rattacliait la hausse du change à la dépréciation de l'argent.

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