V. tn/ra, II* partie, chap. vi
au pair. Au contraire, le billet espagnol fait une perte parce que le public ne croit pas qu'il puisse être remboursé en or.
La surabondance de rémission, si Ton entend par là une disproportion entre la circulation fiduciaire et le stock métallique, entre les promesses de payer et les moyens de paiement, agit comme menace d'inconvertibilité^ C'est par quoi elle influe sur la valeur du billet. Cette cause de dépréciation se confond en réalité avec la première. La disproportion peut résulter d'ailleurs, aussi bien que d'un excès d'émission, d'une réduction dans tes disponibilités métalliques. Pour se borner aux exemples précédemment rappelés, il y a eu exagération de l'émission, en Angleterre, aux États-Unis, en Italie, et, au contraire, appauvrissement du stock métallique dans nos colonies des Antilles et de la Réunion.
La surabondance du billet peut encore se comprendre par comparaison avec le volume des transactions à elTectuer, Elle constitue alors une cause distincte de dépréciation. Pour en mesurer l'influence, il est indispensable de préciser le cas 'où le billet peut être plus offert que demandé. On n'aperçoit pas très bien de prime abord comment l'émission est susceptible de se développer s'il ne se produit pas un développement dans les afl*aires. Comment les billets entrent-ils dans la circulation en quantité plus grande s'il n'y a pas une augmentation desdemandes d'escompte ou d'avances? Quand la Banque d'Angleterre, au début des guerres de la Révolution française, émettait plus de billets, c'est que le chiffre de ses avances au Trésor grossissait et qu'elle avait à pourvoir tout à la fois aux besoins généraux du commerce et aux nécessités que créaient les opérations du gouvernement. De même chaque greenback émis par le Trésor des Ktats-Unis, chaque billet créé en Italie par le Trésor ou par le Con$orzio des banques, l'était pour un emploi déterminé *. II y a, au moment de l'émission, équilibre entre
1. La disproportion entre la circulation des billets et les disponibilités nu'tatliques a été lune des causes de la chute du système de Law. On sait que pour rétablir l'équilibre entre le métal et le papier, Law provoqua les inF?sitres le« plus étranges et les plus violentes contre l'usage des monnaies Cf. Levasseur. Hecherches historiques sur le système de Law, Paris^ F, Ali:an, 185i, p. 107, ^ÎHi, 219.
3, V. infruy IIÏ» partie, chap. i", § 2.
ETALON FIDUCIAIRE. i53
Toffre et la demande. C'est après l'émission que le papier peut devenir surabondant, lorsque sont exécutées les opérations en vue desquelles il avait été créé. Quand le papier est remboursable, toute réduction du volume des échanges amène un resserrement de la circulation : les billets devenus momentanément inutiles refluent vers les banques. Au contraire, le papier inconvertible demeure dans la circulation, bien qu'il n*y trouve plus d'emploi. La loi générale d'équilibre de l'offre et de la demande entre alors enjeu; l'équivalence de la somme des émissions et de celle des produits à échanger s'établit par une diminution de la valeur du papier.
Toutefois, il ne faut pas oublier qu'au moment où se manifeste la surabondance du billet relativement au volume des échanges, son pouvoir d'achat est, le plus souvent, déjà diminué. L'inconvertibilité, d'où procède l'excès de l'offre sur la demande, a produit, avant toute autre cause, la dépréciation; elle en est la cause initiale. Elle est aussi la cause prépondérante. Sans doute l'importance de la moins-value dépend, pour partie, de rintensité comparative de l'offre et de la demande ; elle sera plus grande si les existences sont très supérieures aux besoins, plus faible si les valeurs créées sont facilement absorbées par la circulation. Mais il y a une valeur limite que le billet n'excède guère quels que soient les besoiùs momentanés de l'échange, et au-dessous de laquelle il ne descend pas beaucoup au cas de ralentissement des transactions : c'est la valeur que lui assigne l'opinion qui prévaut dans le public au sujet de la possibilité d'un retour aux paiements métalliques ^
Une cause particulière influe sur la valeur de change de l'unité fiduciaire; c'est l'intensité de la demande de métal pour l'exportation. Aux approches des échéances la demande augmente et le prix du métal s'élève beaucoup; le change hausse on proportion, une fois passée l'époque des règlements, le métal est moins demandé, la prime se modère et le change baisse. Le cours du change dans les pays à étalon de papier ost, en conséquence, soumis à des oscillations nombreuses et
1. Cf. Leroy-Beaulieu, Traité théorique et pratique cV économie politique, t. IV, p. 156.
importantes. Le pouvoir d'achat du billet dans les transactions intérieures échappe à ces variations, qui n'affectent pas la valeur même du billet et dans lesquelles on doit voir simplement le reflet des oscillations de la prime de l'or *.
IL — L'ÉTALON MONÉTAIRE EST MÉTALLIQUE. — DcUX CaS SB
présentent : 1<* la frappe du métal-étalon est libre; 2*» le monnayage de ce métal n'est pas autorisé pour le compte des particuliers.
1^ La frappe du métal-étalon est libre. — La valeur propre des monnaies de frappe libre tend toujours à concorder avec leur valeur métallique. Assurément, l'équivalence, sous un même poids, du métal monnayé et du métal non monnayé n'est pas de tous les instants. L'offï^e et la demande respective des lingots et des espèces sont sujettes à des variations particulières d'où dérivent des inégalités de valeur. Mais les différences ne sont pas notables et surtout elles ne peuvent durer ^. Si l'or ou l'argent en barres achetait plus de marchandises qu'à l'état monnayé, on ne manquerait pas de refondre la monnaie. Quand le métal en lingots vaut moins que les espèces, on le porte dans les h<Mels des monnaies pour le faire frapper. Il en résulte que la valeur des monnaies de frappe libre ne peut pas s'écarter beaucoup ni longtemps de la valeur des lingots de même métal; elle en suit, au contraire, les fluctuations.
Les modifications qui se produisent dans la valeur des lingots sont de deux sortes : les unes affectent le pouvoir d'achat du métal au regard de l'ensemble des marchandises; leur effet dure et" il se propage dans le monde entier; telle a été, depuis les trente dernières années du xix® siècle, la baisse de l'argent. Les autres portent sur le prix du métal en monnaie, sont particulières à certaines places et ne durent qu'un temps assez court : ce sont celles qui résultent des changements dans la balance des engagements internationaux. On va examiner la répercussion des unes et des autres, d'abord sur la valeur de change, puis sur le pouvoir général d'achat des monnaies-étalon.