‹ La monnaire, le crédit et le changeChapitre 96 sur 260 · V. supra^ chap. ii · texte numérisé non relu

V. supra^ chap. ii

ÉTALON HÉTALLÎQUE. 159

égales ea tous lieux Tabondance ou là rareté de Tor et de Targeni.

Les métaux précieux ont eu, de tous temps, un marché international, sinon universel, et un prix commun à beaucoup de pays, parce que leur grande valeur pour un poids et un volume faibles en a toujours rendu le déplacement relativement facile et peu coûteux. Depuis la transformation des moyens de transport par Tapplicalion de la valeur, tous les produits de grande consommation, céréales, denrées coloniales, métaux industriels, sont dans le môme cas. On doit même noter que, pour ces dernières marchandises, le nivellement des prix est beaucoup plus rapide que pour Tor et pour Targent. On voit les cours s'égaliser dès que le blé, le sucre, le café, le cuivre,^ Tétain, etc., sont parvenus sur le marché où ils étaient plus rares, et parfois aussitôt qu'ils ont été vendus par le pays où ils étaient en excédent. Au contraire, il peut s'écouler beaucoup de temps avant que soient complètement réalisées la hausse ou la baisse générale des prix, signes de la dépréciation ou de renchérissement du mélal-élalon. C'est graduellement, par avancements successifs, que la répercussion des changements survenus dans la valeur du numéraire s'étend à tous les prix.

La vitesse de propagation de la hausse ou de la baisse est plus ou moins grande selon les pays ; dans un même territoire, elle varie selon les marchandises ou les services. Les transactions internationales — opérations sur les grands produits agricoles et industriels, arbitrages sur les changes et les valeurs de bourse, etc. — sont affectées les premières. L'inégale puissance d'acquisition des étalons nationaux est Tun des éléments nécessaires des combinaisons sur lesquelles reposent ces affaires. On ne manque pas d'en tenir compte, d'une manière distincte, • quand la différence est connue et peut être chiffrée, ce qui arrive pour les opérations qui se traitent entre pays dont Tun possède, par exemple, l'étalon d'or et Tautre l'étalon d'argent ou de papier. Entre pays pourvus d'un même étalon, la différence n'est pas apparente, elle est comprise dans l'écart total entre les prix de la marchandise sur Tune et l'autre place ; mais^ pour être masquée, elle n'en agit pas moins dans le sens de la hausse ou de la baisse des prix, selon que le métal tend à sa

i60 DES CAUSES DE LA VALEUR DES MONNAIES.

déprécier ou à eachérir. Peu k peu, les unes après les autres, toutes les catégories de producteurs et de consommateurs prennent conscience du nouvel état de choses. Il serait excessif de dire que chacun se préoccupe de proportionner à la valeur réelle du métal les prix qu*il réclame ou qu'il consent à payer ; ce qui est exact, c'est que vendeurs et acheteurs aperçoivent sans en chercher la cause, que les prix tendent à la cherté ou au bon marché ; les uns ou les autres suivent la tendance. L'impulsion donnée se communique de proche en proche. Chacun payant plus cher les produits qu'il consomme réclame un plus haut prix pour sa propre production. En sens inverse, les vendeurs sont enclins à se montrer plus accommodants, et ils y sont d'ordinaire forcés par la concurrence, lorsque leurs propres consommations deviennent moins coûteuses. Les prix s'acheminent ainsi vers un niveau général qui est semblable dans tous les pays, autant du moins que le permettent les circonstances de la production et de la consommation nationales, et qui est déterminé par les conditions générales de l'offre et <ie la demande des métaux précieux dans le monde entier.

2*^ La frappe du métal-étalon n'est pas Uh7'e. -*- C'est la liberté de la frappe qui lie la valeur des monnaies à celle des métaux précieux.- Quand les particuliers ne sont pas autorisés à faire monnayer le métal-étalon, cette dépendance cesse et les espèces peuvent acquérir une plus-value notable et permanente sur leur parité métallique.

Un cas très simple et très caractéristique est celui de la sapèque. Cette petite monnaie, dont la matière est en Chine le cuivre ou le bronze, en Indo-Chine parfois le cuivre et surtout le zinc, n'est pas, comme on le croit souvent, une monnaie secondaire, division du taël ou de la piastre. C'est en réalilé une monnaie principale, circulant côte à côte avec l'argent et s'échangeant contre ce dernier, non d'après un rapport légal et fixe, mais selon les cours variables pratiqués dans le commerce.

La fabrication des sapèques est réservée au gouvernement. Pour nous borner à l'Indo-Chine, l'émission de celte monnaie a presque entièrement cessé depuis l'établissement du prolec-

ÉTALON MÉTALLIQUE. loi

torat français. Quelques tentatives ont été faites pour ouvrir des sapèqueries , elles n'ont pas duré. Aussi la sapèque vat-elle se raréfiant de jour en jour, par suite des pertes et des destruclions auxquelles la voue la fragilité du métal dont elle est formée*.

Le pouvoir d'achat de la sapèque de zinc indo-chinoise est infime. Il n'a pas dépassé, à de certains moments, le 1/5,400* d'une piastre. A l'époque de notre arrivée en Indo*Ghine, il fallait pour acheter 1 piastre 5 ou 6 ligatures, c'est-à-dire 3,000 ou 3,600 sapèques. La piastre valant alors 5 fr. 35 c. au cours, la sapèque représentait moins de 2 millimes. Cette valeur monétaire excédait néanmoins la valeur métallique de la pièce, formée du zinc le plus impur qui se puisse imaginer. D'après un document officiel *, la sapèque a valu, en 1902, 1/4,800, en 1903, 1/3,600, en 1904, 1/2,400 de piastre. La piastre ayant elle-même augmenté de valeur pendant cette période, renchérissement de la sapèque ne peut être, comme on Ta supposé à d'autres moments, l'indice d'une baisse de la piastre ; il résulte bien de circonstances propres à cette menue monnaie : la réduction croissante des existences, combinée avec une demande qui ne se ralentit pas.

La valeur propre de la roupie indienne est également supérieure à sa valeur métallique depuis que les Monnaies de Bombay et de Calcutta ont été fermées aux apports des particuliers. Mais tandis que la sapèque annamite n'a pas de change fixe en monnaie de piastre, il existe un pair de la roupie en monnaie sterling et, réciproquement, un pair du souverain en roupies : 1 roupie = 16 pence ; 1 souverain = 15 roupies.

On a comparé le cas de la roupie à ceux du dollar d'argent des États-Unis et de la pièce de 5 francs de l'Union latine. C'est négliger la circonstance essentielle qui diiTérencie la situation de rinde de celles de la France et des États-Unis ; le fond de la

i. La Monnaie de Paris viont de frapper une pièce analogue à la sapèque, mais faite de zinc pur et valant d/600 de piastre. V. tn/ra, II* partie, chap. VII.

2. Gouvernement général de V Indo-Chine, Bulletin économique publié par la Direction de l'agriculture et du commerce, janvier 1905. Rappport do la commission de la sapèque (II. Brenier), Imp. F.-H. Schneider, Hanoï,

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circulation de ces derniers pays est l'or, tandis que la monnaie principale de l'Inde est l'argenté Le dollar etlapiècede5 francs sont des monnaies secondaires, qui représentent une monnaie principale d'or. La roupie, qui est d'argent, ne peut emprunter de plus-value à une monnaie d'or principale, car elle est elle-même la monnaie principale, la monnaie-étalon de Tlndc.

Pourquoi donc la roupie vaut-elle réellement 16 d.? C'est qu*à ce prix, Toffre et la demande s'équilibrent.

La roupie est Tobjet d'une demande soutenue et croissante pour les échanges intérieurs. Parmi les causes de cette demande on cite la thésaurisation, dont l'habitude est invétérée chez l'indigène, la transformation des espèces en bijoux, qui est une forme de la thésaurisation, moins usuelle d'ailleurs qu'on ne le pense généralement. Une autre cause, très active, est la diffusion plus grande de la monnaie d'argent. L'Inde, il ne faut pas l'oublier, dans bien des parties de son immense territoire, est encore, comme la Chine et l'Indo-Chine, au régime de l'étalon de cuivre. Mais elle commence à avancer dans l'étape de l'argent. La roupie, après n'avoir été employée comme instrument d'échange que dans les centres de quelque importance, tandis qu'elle servait surtout "de moyen de thésaurisation dans les campagnes, commence à prendre place dans la circulation de ces dernières, à côté des espèces de cuivre.

La demande de roupies, pour importante qu'elle soit, était dépassée par l'offre pendant la période de liberté du monnayage. Les débiteurs de l'Inde, ayant la faculté de faire transformer des barres d'argent en espèces libératoires, ne manquaient pas de faire des remises de ce métal lorsque le cours du change leur semblait trop élevé ; des quantités d'espèces hors de proportion avec les besoins du commerce local étaient ainsi introduites dans la circulation. Depuis que les Monnaies sont fermés aux apports des particuliers, l'offre a cessé d'être artificiellement grossie. Après quelques années, l'équilibre entre les besoins et les ressources a été rétabli par la croissance régulière de la demande : et môme il a été reconnu nécessaire à partir de 1899-1900 de procéder à des émissions supplémen-

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