Y. xnfray 11" partie, chap. iv, § C
ÉTAItON lliTALLIQUB. 163
taîres, qui ont atteint plusieurs centaines ne millions de roupies.
Gen'estpas seulement dans la circulation intérieure que la roupie vaut 16 d. et le souverain 15 roupies. C'est encore au point de vue du règlement des dettes et créances réciproques de l'Angleterre et de Tlnde. Les lettres de change tirées sur l'Inde en roupies sont réputées équivaloir aux lettres de change tirées sur FAngleterre en livres sterling, au pair de 1 roupie pour 16 pence ou de 18 roupies pour 1 livre sterling. On notera cette seconde et essentielle différence entre le pair de la monnaie indienne et le pair de la monnaie d'argent française ou américaine. En France et aux États-Unis, ce sont deux monnaies nationales, le franc d'argent.et le franc d'or, le dollar d'argent et le dollar d'or, qui, sur le territoire national, sont réputées équivaloir Tune à Taulre. Ce n'est pas au regard des monnaies d'or étrangères que la valeur des francs d'argent ou des dollars d'argent est fixe. Jamais ces monnaies ne sont évaluées en unités étrangères. A celles-ci on compare, en toutes circonstances, les francs d'or et les dollars d'or, parce que si, les créances ne compensant pas les dettes à un moment donné, du numéraire doit être exporté, le métal jaune ne fait jamais défaut. Le pair de la roupie au contraire s'entend même de la valeur de change en monnaie du dehors. Depuis 1899, le prix des transferts télégraphiques sur Bombay ou Calcutta ne s'est jamais élevé au-dessus de 16 Vs ^- et n'est jamais descendu au-dessous de 15 '/s ^* L'écart maximum en hausse ou en baisse sur le pair de 16 pence a donc été de 1/8 de penny, soit environ 3/4 p. 0/0, un peu moins de ce que représentent les frais de transport du numéraire entre l'Angleterre et l'Inde. Ainsi les dettes de l'Inde, qui sont nécessairement évaluées en argent puisque l'Inde n'a pas d'autre monnaie pour les acquitter, sont admises en compensation avec les dettes de l'Angleterre qui peuvent être payées en or, exactement comme si les unes et les autres étaient évaluées en or.
C'est une véritable anomalie. Les débiteurs indiens disposent pour payer leurs créanciers européens d'une monnaie d'argent qui, en Europe, n'a d'autre valeur que celle de son poids de fin au cours, par exemple 9 Vs d., l'once standard étant cotée 26 d.
Si, pour ne pas se soumettre aux conditions des vendeurs de lettres de change sur Londres, les débiteurs indiens voulaient envoyer à leurs créanciers des roupies, celles-ci ne vaudraient pas à Londres plus de 9 Vs d. On en pourrait logiquement conclure qu'à Bombay les acheteurs de lettres de change ne peuvent empêcher que leurs roupies soient comptées pour 9 Vs d. seulement au lieu de 16 d. Plaçons-nous maintenant du côté anglais. Le débiteur anglais dispose de métal jaune. Il semble donc qu'il puisse, en expédiant de Tor à ses créanciers indiens, se soustraire à la prétention des vendeurs de change sur Bombay de lui faire payer 16 d. et plus la roupie^ tandis que la valeur du métal fin contenu dans la pièce de 1 roupie ne dépasse pas 9 Va d. D'après ce raisonnement, le prix de base des effets de commerce devrait être de 9 ^/s d.. Fonce standard étant à Î26 d. ; les ft*ais de transport du numéraire devraient être ajoutés à 9 Vs d. ou en être déduits. Ce n'est pas tout. Â chaque cours du métal en barres devrait correspondre un prix corrélatif du métal en roupies. Au lieu d'être liée à Tor par un pair fixe, la roupie n'aurait avec ce métal que des relations de valeur changeantes, des parités, gouvernées parles variationsde cours du métal blanc. Telle est la condition du change sur Saïgon, Hong-Kong, Singapore, dont la circulation est composée de monnaies d'argent : piastres françaises, mexicaines, dollars britanniques ou dollars des Détroits.
Le change sur l'Inde ne se comportait pas autrement pendant que la frappe de la roupie était libre. On en a conclu, sans trop approfondir le sujet, que si le change de la roupie se maintient au pair fixé par la loi de 1893, c'est uniquement parce que la liberté du monnayage a été supprimée ^
Cette opinion ne tient pas compte de tous les éléments de la question.
Si pour le débiteur anglais le pair de la roupie est de 16 d., la cause en est assurément la fermeture des Monnaies de l'Inde. On disposait autrefois à Londres de deux moyens pour faire baisser le prix des lettres de change sur l'Inde à un taux correspondant au prix du métal : l'exportation de barres d'argent;
1. V. infra, II» partie, chap. viir, Les imilalions de la réforme indienne.
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Vexportation d'or. La première de ces voies a été fermée par la suppression de la frappe libre. La seconde ne peut être utilisée parce que, la roupie valant réellement dansrinde16 d., le souverain d*or n'y est pas accepté par le commerce pour plus de 45 roupies. Le débiteur anglais, ne pouvant se procurer dans rinde, avec des souverains, les roupies à moins de 16 d., doit se résigner à en donner le môme prix à Londres quand il tes y achète sous la forme de lettres de change tirées sur l'Inde. On peut admettre que c'est là une conséquence au moins indirecte de la fermeture des Monnaies., puisque la liberté de la frappe faisait obstacle au libre jeu des causes naturelles d'où devait résulter la hausse de la roupie.
Au point de vue de la liquidation des dettes de l'Inde vis-àvis de l'Angleterre, la suppression de la frappe libre dans rinde est évidemment de nul effet sur le maintien du pair. Quelle est donc la circonstance qui permet au débiteur indien d'acheter ses remises sur l'Angleterre au même prix que si la roupie était une monnaie d'or? C'est, semble-t-il, que jamais il n'est acculé à la nécessité d'exporter de l'argent pour régler ses obligations, la balance des comptas" avec l'Angleterre étant généralement favorable à l'Inde.
Sans qu^il soit besoin de recourir aux données de la statistique commerciale^ qui ne sont jamais très sûres et sont incomplètes, le cours du change montre que les dettes et les créances de l'Inde s'équilibrent et que même il y a généralement, au profit de Tlnde, un solde créditeur. Avant la réforme monétaire, le prix moyen annuel des traites du gouvernement était d'habitude plus élevé que la parité de la roupie au cours de l'argent. En 1891-92, par exemple, l'once standard étant cotée en moyenne 43 d., la parité de la roupie ressortait à 14.62 d. ; le cours moyen des traites a été de 16.73 d. Depuis la loi de 1893,1e prix des traites du Conseil de l'Inde est généralement égal ou presque égal au pair du change ; le cours de 16 d. est même dépassé assez souvent. On doit en conclure que les traites sur l'Inde sont au moins autant demandées qu'offertes et que souvent la demande dépasse Tofifre ; cela revient à dire que les créances de l'Inde sont au moins égales à ses dettes et que même, en fin de compte, malgré des interversions de
peu de durée dans les balances, c'est plutôt Flnde qui est créancière.
Ce point établi, on s'explique pourquoi le change indien sur Londres n'est plus déprécié. Dans un pays auquel la balance des comptes n*est défavorable que par instants^ pour lequel les soldes créditeurs sont la règle et les soldes-débiteurs l'exception, une hausse temporaire du change peut être modérée par l'exportation d'une très petite quantité de numéraire. La provision d'or indispensable ne manque pas à Tlnde. La réserve pour le remboursement des billets (currency réservé) contenait en eiïet, au 31 mars 1905, 10,984,000 livres sterling d'or. ^ Au surplus, dans bien des cas, le crédit suffît à faire traverser sans encombre des difficultés qui sont passagères ; des tirages par anticipation fournissent aux débiteurs des moyens supplémentaires de compensation et dispensent d'exporter du numéraire. L'expédient serait inefficace et môme dangereux si la situation débitrice devait se prolonger. Il permet de parer à des embarras momentanés. Ce sont les seuls auxquels l'Inde soit actuellement exposée.
En résumé, là où n'existe pas la frappe libre et illimitée du métal-étalon, les espèces et le lingot constituent deux marchandises distinctes dont l'offre et la demande se présentent dans des conditions différentes et dont les valeurs ne tendent pas nécessairement à coïncider. La limitation des fabrications peut, si la demande ne diminue pas, créer, en dépit de l'abondance du métal et de la baisse de sa valeur, une rareté relative de la monnaie qui en rehausse le prix au-dessus de sa parité métallique. Cette rareté et cet enchérissement de la monnaie sont particuliers aux échanges intérieurs. En dehors du territoire où elle a cours, la monnaie n'est que du métal, les circonstances de son offre et de sa demande sont celles mêmes du métal et sa valeur ne peut être que celle du métal. L'unité de compte peut jouir néanmoins, môme à l'étranger, d'une valeur de change supérieure à sa valeur métallique tant qu'il n'y a pas nécessité
1. Il a été constitué, en outre, un fonds spécial en or igold reserve fuTid), qui, chaque année, s'enrichit des bénéfices réalisés sur la frappe des roupies et qui s'élevait, au 31 mars 1905, à 8,478,000 liv. st. Mais cette réserve, placée en consolidés et autres valeurs sterling, n'est pas disponible. {East India, Financial statement /or 1905-06, p. 19.)
CONCLUSIOKS. <fi7
absolue d'exporter des espèces pour régler les dettes extérieures; c'est ce que démontre l'exemple de l'Inde.
§ 3. — Conclusions.
Les conclusions générales de ce chapitre sont les suivantes. La valeur des monnaies secondaires de métal ou de papier est faite de la confiance du public. Le plus ou moins de valeur des billets érigés en monnafe principale dépend surtout du crédit de rÉtat ou de la banque qui les a souscrits. La loi de TolTre et de la demande n*est seule en jeu que lorsqu'il s'agit des espèces métalliques remplissant la fonction d'étalon.
Le mode d'application de la loi de l'offre et de la demande n'est pas le même dans les pays où la frappe de la monnaie n'est pas libre, et dans ceux où la fabrication des monnaies principales au compte des particuliers est autorisée. Il n'y a pas sans doute de différence quant aux conditions de la demande : le besoin de monnaies est mesuré en tous lieux par la somme des échanges à effectuer, défalcation faite de ceux qui se règlent par des compensations, virements et autres écritures. C'est dans la constitution de l'ofifre qu'apparaissent les particularités do l'un et l'autre régime monétaire.
Lorsque la fabrication des monnaies principales n'est pas libre et que le gouvernement n'en fait pas frapper, les quantités offertes consistent exclusivement dans les sommes de monnaies existantes et disponibles, y compris les monnaies secondaires de métal ou de papier qui sont la représentation des principales. L'équilibre de l'offre et de la demande n'est d'ailleurs pas l'égalité des sommes existantes et disponibles et de la valeur des marchandises ou services à échanger. Une même pièce de monnaie opère de nombreux transports de propriété successifs. Be même que la capacité de transport d'un wagon est multipliée par les voyages qu'il effectue, la vitesse de la circulation multiplie les services de la pièce de monnaie. C'est pourquoi Ton a dit que l'offre est égale aux existences disponibles multipliées par la vitesse de la circulation*. Celle-ci est
4. Cf. J.-Staart Mill, t. II, p. 15, 16; P. Leroy-Bcaulieu, t. III, p. i51 et suiv.
Jonc un facteur de Toffre et, par suite, influe sur la valeur de ia monnaie. Ainsi, dans deux pays donnés, à supposer qu'à un même moment, ce qui n*est pas vérifiable d'ailleurs S les volu^ mes d'échanges à effectuer soient identiques et les disponibililés monétaires égales'*, les prix peuvent être différents si la circulation est plus rapide dans l'un que dans Fautre. En sens inverse, Tinégalité des disponibilités monétaires pour des volumes d'échanges égaux, peut être compensée par l'inégale rapidité de la circulation, de telle sorte que les prix soient égaux dans les deux pays comparés. Quant à la variation de vitesse de circulation dans un même pays, à des époques successives, elle n'a pas d'influence sur les prix. Si, à de certains moments, la monnaie circule davantage, c'est que les échanges deviennent plus nombreux; la somme des besoins de monnaie augmente donc en môme temps que la puissance d'offre des espèces; il y a compensation et le niveau des prix n'est pas affecté.
Lorsque la fabrication des monnaies principales est libre ou que le gouvernement n'en a pas discontinué la frappe, l'offre des monnaies est constituée tout d'abord des mêmes éléments que dans le cas précédent : existences disponibles en monnaies principales ou en monnaies secondaires représentant les principales, multipliées par la rapidité de la circulation. Mais au lieu d'être limitée à ces existences, et de n'être susceptible d'aucune autre expansion que celle résultant d'une accélération de la circulation ou d'une émission de monnaies secondaires et notamment de billets, l'offre peut s'accroître par des fabrications de monnaies principales.
L'augmentation des quantités offertes par le jeu delà frappe libre peut répondre à un besoin plus grand de monnaies. Mais il existe une autre cause d'importation et de monnayage du métal précieux. C'est l'élévation relative du pouvoir d'achat du
4. Sur la difficulté d'évaluer les stocks monétaires, V. infra, II* partie» chap. m, § 2. Cf. DoUéans, La Monnaie et les pt*ùv, Paris, Larose, 1905.
2. La hausse des prix accompagne une activité plus grande dans les échanges; mais elle ne résulte pas en pareille occurence d'une augmentation d'intensité de l'offre produisant une dépréciation de la monnaie ; elle est la conséquence de l'augmentation de la demande des marchandises sous rinfiuence de la spéculation.
CONCLUSIONS. i69
métal dans le pays importateur. La surévaluation de l'un des métaux précieux par la loi, dans les pays bimétalliques, provoque des importations et des fabrications inutiles aux échanges. L'inconvénient est grave lorsque la valeur mondiale de ce métal est pendant un temps de quelque durée très inférieure à la valeur dont il jouit à Fintérieur. Lorsque Timportation du métal-étalon a été simplement déterminée par la demande des moyens d'échange, le monnayage s'arrête aussitôt les canaux de la circulation remplis et, si Tactivité des échanges se ralentit, l'exportation du métal ne tarde pas à se produire. La hausse et la baisse du taux de l'escompte sont les instruments à la fois sensibles et puissants de ces mouvements alternatifs d'entrée et de sortie du métal précieux*^ qui rétablissent l'équilibre de l'offre et de la demande des monnaies et assurent la stabilité de leur valeur. L'action bienfaisante des variations du taux de ^escompte ne peut s'exercer quand la valeur intérieure de Téta- Ion métallique dépasse sa valeur de change ou, ce qui revient au même, sa valeur métallique. Le gain que promet aux capitaux disponibles la hausse du taux de l'escompte à l'étranger est alors annulé par la perte qu'y subit le métal dans lequel ils sont incorporés. L'exportation de la monnaie n'étant pas possible, l'offre demeure constamment supérieure à la demande. Après un certain temps, la valeur intérieure du numéraire tend donc à baisser. Elle diminue jusqu'à ce qu'elle soit descendue au niveau de la valeur de change, ou, ce qui revient généralement au même, jusqu'à ce que les prix de toutes les marchandises et de tous les services se soient élevés au taux déterminé parle pouvoir d'achat réel du métal dans le reste du monde ^. La suppression de la frappe libre peut enrayer cette baisse, à la condition toutefois que les gouvernements, après avoir interdit la frappe pour compte particulier, ne se livrent pas euxmêmes à des fabrications exagérées dans le but de recueillir la
1. « On commence à reconnaître, écrivait John Sluart Mill, que le passage des métaux précieux d'un pays à l'autre est déterminé, plus qu'on ne le supposait autrefois, par Vétat du marché du crédit dans les divers pays. et moins qn'on ne le supposait par Tétat des prix. » Principes, t. II, p. 18.) V. supra, p. 131 à 131 et infra p. 486 et s.
2. Il faut réserver le cas où le métal déprécié est remplacé dans la fonction d'étalon par le billet.
différence entre la valeur métallique et la valeur nominale des espèces. Dans ce dernier cas, comme lorsque la frappe est libre, la circulation peut être saturée d'un métal sans emploi, inexportable tant qu*il est surévalué, et voué finalement à la dépréciation.