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SES DEUX GRANDES MONTAGNES

Entre les plaines de Chine et l'arrière-plaine tartare, entre les plaines d'Euphrate , les collines de la Perse, commande d'en haut l'Asie. Ayant cent fois plus de plateaux élevés que l'Amérique iHumboldt), dans son énorme groupe central, elle regarde sous elle loute la surface du globe.

Cette grande mère de la vie, l'Asie en ses féconds organes, s'ouvre vers le vent austral ; c'est du sud qu'elle conçoit. Mais par quels ménagements, combien changé, transformé, il lui vient! Son sout'tle si redoutable , son long flot si menaçant, barré par la Nouvelle-Hollande, barré par d'innombrables iles, forcé de tournoyer autour, de circuler à travers leurs anneaux et leurs détroits, arrive bien plus humain et tiède de riches vapeurs.

Lorsque j'avais le bonheur, en 1865, de lire le poëme béni, le divin Ramayana, je voyais dans ses tableaux (infiniment plus fidèles que tous ceux des voyageurs) combien l'Asie est variée, que d'Afiiques et que d'Europes elle contient dans son sein. En montant d'étage en étage ses admirables ceintures, on trouve tous les climats. C'est le soleil des tropiques ; mais dans la grande hauteur, on respire, on reçoit les brises. De l'été on monte au printemps. L'Himalaya, ce géant, deux fois plus haut que les Alpes, sur ses étages moyens, a nos vergers et nos fruits. Il a de fraîches forêts, et près de

scs pics sublimes, sa clémence accepte encore, tolère la Flore qui, chez nous, expire 1 0,000 pieds plus bas.

Que de jours charmants j'ai passés au pied de la sainte montagne, entre Rama et Sita, devant les neiges étincelantes, entre les gracieuses cascades et les forêts chargées de fleurs1! Là, des quatre saisons de l'Inde, l'une des plus belles est l'hiver, délicatement sévère, parfois même givré le matin d'imperceptibles cristaux ; mais le soleil, mais le printemps, mais le regard de Sita, raniment la féconde chaleur.

L'été est la sombre saison. La terre, un moment, est en pleurs. Elle s'accorde tout entière au veuvage de Rama. Les déluges et les torrents dans toute la chaîne des Gattes s'harmonisent à sa douleur. Pleurs féconds, qui s'en vont pourlant désal-

1 Rien de plus délicieux que les vers du grand poëme (V. ma Bible, § y) : « Depuis que j'ai vu les merveilles de cette magnifique montagne, le saint mont Tchitra-Koûta, je n'ai souci démon exil, de cette vie solitaire. Que je coule ici ma vie avec toi, ma chère Sita, avec mon frère I.achsmana, je n'en ai aucun chagrin... Vois-tu ces crêtes sublimes qui montent au ciel étincelantes Les unes vu niasses d'argent, telles ou de pourpre ou d'opale, d'autres d'un vert d'émeraude. On dirait de colle-là un diamant plein de soleil, » etc. — Description fort analogue à celle d'Hodgson, dans son ascension aux sources du Gange. Il avoue la stupeur qui! eut en voyant de près, face à face, ces montagnes de diamants. [Asiatic Researches.)

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