‹ La montée aux enfers; poésiesChapitre 119 sur 138 · LE PLAISIR · texte numérisé non relu

LE PLAISIR

Qu'espères-tu du soir, danseur aux jambes fines, De la chaleur des lits que tu ne connais pas, Du damas sous les fleurs ruisselant d'étamines, Vers quels miracles d'yeux vas-tu rêver là-bas?

Ah! Gomme j'ai souffert d'avoir voulu te suivre. D'avoir pris pour ami, pour compagnon du soir Un danseur équivoque, un adolescent ivre Dont les yeux d'un bleu pur parfois deviennent noirs.

Pour loi, pour la beauté que la forme révèle

Je n'ai pas voulu voir ceux qui tendaient les bras.

J'ai négligé le^ bons, oublié les fidèles,

Tu m'as fait plus ingrat encor que les ingrats.

J'ai bu le vin qui fait que l'âme devient folle. J'ai joué mon bonheur sur un seul coup de dés, Pour tourner un instant avec ta farandole Pour respirer l'odeur de ton mouchoir brodé.

Pour toi j'ai tout laissé, l'étude, la tendresse; J'ai cherché mes amis dans un monde vénal; Je me suis dépouillé de toute ma richesse ; J'ai déchu volontiers, même j'ai fait du mal.

a64 LE MASQUE DE LA BEAUTÉ PERDUE.

J'ai vieilli, j'ai cassé mes dents en voulant mordre; Mes yeux se sont brûlés en pleurant de dégoût; Mep traits se sont creusés des tares du désordre ; Sur la croix du désir on m'a percé de clous.

Mais tu m'as fui. Jamais ma soif n'a pu s'éteindre Et mes sens ont toujours brûlé, te désirant; Je n'ai jamais saisi quand je voulais t'étreindre Que le reflet du vide et l'ombre du néant.

Et pourtant, quel que soit le mensonge et la chute, Plaisir, quelle que soit la tristesse du joug, Je n'abdiquerai pas la gloire de la lutte, J'irai derrière toi, même sur les genoux.

J'userai ma puissance et mes dernières fièvres Sous les derniers reflets qui tombent du flambeau Pour atteindre le fard vénéneux de tes lèvres, 0 subtil, ô pervers, par qui le monde est beau !

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