LA MALEDICTION
La ville dormira comme à son ordinaire Et parmi les quartiers rien ne fera prévoir Que le signe fatal a paru sur la terre, Sauf la lune montant, verdâtre, dans le soir...
Les marchands gravement fermeront leur boutique, Des femmes en marchant feront saillir leurs seins, Dans les cafés mourront doucement les musiques, Les bons et les mauvais iront vers leur destin...
Et ce sera d'abord une bizarre empreinte Sur un mur et dont nul ne comprendra le sens. Un feu jaune éclairant une vitrine éteinte, Un trottoir sans raison maculé par du sang...
aSo LE MASQUE DE LA BEAUTÉ PEUDUE.
Puis, devant une église, un prêtre voulant faire Le signe de la croix et se touchant le front, Retirera son doigt mouillé par un ulcère... Toutes seules alors les cloches sonneront...
Des lézardes soudain partageront les rues. Un homme passera jouant du violon.
Derrière les carreaux, les têtes apparues Porteront des grosseurs, des déformations...
Un vieil hôtel tordra sa porte comme un membre Et dans la cour allongera son escalier. Deux amants paraissant sur le seuil de leur chambre Se verront des sabots de chevaux à leurs pieds.
Et d'autres se plieront comme des acrobates. Auront l'air de passer à travers des cerceaux. Ils aboieront comme des chiens à quatre pattes. Se rouleront comme des vers dans les ruisseaux.
Des musiciens bouffons marcheront en cortège. Leurs instruments ne feront qu'un avec leur corps. Les lèvres en piston cracheront les arpèges Et les tambours seront des peaux de ventres morts.