LA PRINCESSE ET LES LAQUAIS
Le repas dans l'hôtel flamboyait sous les lustres
Et s'achevait dans un grand cérémonial...
Le vin n'animait pas les convives illustres,
Les diamants luisaient sur plus d'un front royal...
Des vieillards sous les croix, les ors, les uniformes Levaient leur verre avec des doigts momifiés. On voyait par la porte un escalier énorme, Le morne alignement des grands fusains taillés.
La petite princesse, au fond d'une carafe Regardait le contour de son visage étroit, Jouait d'un couteau d'or, tourmentait une agrafe, Buvait l'ennui sans fin avec ses beaux yeux froids.
46 l'ane a cornes.
Lorsque ses hauts talons sonnèrent sur les dalles, Les courbettes firent plier les mannequins. On la vit s'éloigner, blanche, de salle en salle, Avec sa gorge nue et sa robe en satin.
Mais nul ne vit l'œillade au groupe des tziganes, Ni le signe muet qu'elle fit en passant. En avançant sa bouche au tissu diaphane Vers le laquais cynique, immobile et puissant.
Les lustres un à un à minuit s'éteignirent, Mais ensuite quelqu'un vint et les ralluma, Le couloir se remplit de pas furtifs, de rires Étouffés, une fête étrange commença.
Les trois filles étaient d'abord intimidées, Minaudaient et croisaient leur châle sur leur peau. Mais la princesse mit à leur bouche fardée Le chaud baiser qui rend tous les humains égaux.
Elle les dévêtit et leur tendit les verres Dont le vin débordant lui coulait sur les bras, Elle dansa, tendant ses bijoux aux lumières Ou se blottit près du laquais au menton ras.