‹ La montée aux enfers; poésiesChapitre 45 sur 138 · L'ARBRE DE CHAIR · texte numérisé non relu

L'ARBRE DE CHAIR

Je suis l'arbre de chair qui pourrit dans la nuit.

Je cache des poisons dans le suc de mes fruits

Et sous le rougeoiment de feu des soirs de paie,

Comme une bête en rut l'homme boit à mes plaies.

Il ne me parle pas, il n'a pas de pitié,

Il déchire mes draps des clous de ses souliers,

Il se vautre à loisir, il me possède, il crie

Et retourne aussitôt à l'ombre de sa vie.

Ainsi que les forçats je porte un numéro.

Le malheur dans mon lit comme dans un terreau

Malsain s'épanouit sur ceux qui me besognent.

Sur des sommeils de pauvre et des réveils d'ivrogne.

Mes amours sont toujours précédés d'un débat

Sur le prix, pour adieux je reçois des crachats.

LAKBHE DE CHAIR. I09

Je, vois se refléter dans ma glace ternie

L'image de l'horreur et de l'ignoniinic

Et pourtant comme un mort dressé hors du cercueil

Je me tiens droite sur ma porte avec orgueil.

Si, de SCS bons travaux il faut faire la somme,

Mon apport vaudra bien celui des autres hommes;.

J'offrirai comme un feu d'amour, comme une fleur,

Mon sexe fatigué d'innombrables labeurs.

Parmi les êtres purs j'élèverai ma face,

Où l'alcool et la maladie ont mis leurs traces,

Mon front chauve où l'on voit le cn\nc blanchissant

Sous la peau et branlant ma mâchoire sans dents

Je montrerai mon mal, ses trous, ses boursouflures,

Disant : je l'ai transmis à mille créatures!

S'il est un châtiment, je l'ai connu déjà,

Et s'il est un pardon, qui me le donnera?

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