‹ La montée aux enfers; poésiesChapitre 88 sur 138 · FEMME AUX BIJOUX. IQS · texte numérisé non relu

FEMME AUX BIJOUX. IQS

Tu ne sais pas cela.

Tes yeux ont plus d'éclat Lorsque je suis triste.

Voir tes yeux noirs verdir Est mon plus cher plaisir

Et tous les topazes Semblent moins orangés Que ton corps allongé

Sans turban, ni gaze.

Aussi voici ce soir

Le collier aux grains noirs

Que seuls mes yeux voient.

Des perles de mes pleurs, Du fil de mes douleurs,

Tu feras ta joie.

L'àme des pavots morts monte clans la fumée... Je contemple, étendu, les visages humains. Les meubles délicats, les choses bien-aimées, Bercé sur le vaisseau de l'opium divin.

L'homme à tête de chien se penche sur la lampe, La femme aux anneaux d'or avec son corps étroit, Ainsi qu'un serpent blond et métallique rampe Ondule et me saisit et s'enroule sur moi.

Une autre, épaisse et fauve, ainsi qu'une crinière, Fait tournoyer dans l'air ses boucles de lion, Tandis qu'un peu plus loin les yeux d'une panthère Fixent sur moi le vert glauque de leur rayon.

Dans les feux de la soie errent des chats magiques, Tordant nonchalamment leur corps phosphorescent, Des oiseaux font pleuvoir dans un vol féerique Un arc-en-ciel de leur plumage éblouissant.

Tout un peuple grouillant dans les coins s'accumule, De fourmis d'or, de vers ailés, de scorpions. Les élytres, les corselets, les mandibules Vibrent en se froissant et craquent par millions.

Je vais être mangé par cette vie étrange,

Par ce règne animal puissant qui vient du fond

Des ombres, mais voilà que l'homme-chien se change

En un arbre si haut qu'il perce le plafond.

Des fleurs vivent dans la crinière léonine. Le long des murs coule un torrent de végétaux. Le bambou de la pipe, ainsi qu une racine, S'enfonce fortement dans le sol du plateau.

Une forêt de lis et de roses géantes Monte des satins bleus, jaillit des noirs velours, Je vois naître et grandir des arbres et des plantes Avec des troncs épais et des feuillages lourds.

igo LA CHAMBRE AUX RIDEAUX VIOLETS.

C'est un fourmillement d'herbes parasitaires, De lichens animés, de lierres vivants.

Le flot continuel des forces millénaires. Dans les germes, les sucs, coule en les dévorant.

Puis, un dessèchement par l'excès de la vie Se produit. Les forêts prennent des airs spectraux. Dans l'humus qui s'amasse et qui se stratifié. Je vois la fougère fossile et les coraux.

Je suis dans un désert de schiste et de calcaire, Oiî sont carbonisés des herbages marins, Dans un monde de houille et de couloirs lunaires. De cristaux condensés par des feux souterrains.

Je vois des gisements de sel et de pétrole, Des lacs vitrifiés stagnant dans du mica. Des monts diluviens m'entourent et me frôlent, D'étranges geysers m'aveuglent de leurs gaz.

Immobile, j'assiste aux naissances des pierres, A la formation secrète des métaux, Et sous les astres bleus d'époques tertiaires. Le naphte en fusion m'emporte sur ses eaux...

— Ainsi, je vois, le soir, des milliers d'images Que l'âme des pavots répand sur les coussins. Je remonte le cours des races et des âges. Bercé sur le vaisseau de l'opium divin.

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