‹ La Montespan: drame en trois actesChapitre 6 sur 19 · M** DE MONTESPAN, ANGÉLIQUE DE FONTANGES · texte numérisé non relu

M** DE MONTESPAN, ANGÉLIQUE DE FONTANGES

M"* DE Montespan (à -¥"• de Fontanges).

Vous, venez !

(M^* de Fontanges se jette au pied du lit et reste la figure cachée dans les draps.)

M"*' DE Montespan.

C'est le Roi?

CJr^' de Fontanges se tait, immobile et tremblante.)

Regardez-moi !

(Elle la prend violemment par les cheveux, et la force à lever

la tête.)

L4 MO.NTESPAN 27

M"« DE FONTANGES

Madame, vous me faites mal...

Réponds !

M**» DE FONTÀNGES.

C'est lui. (M"^* de Montespan gronde, et tord de colère la masse de cheveux, qu'elle tient à la main.)

M"* DE FONTANiîES.

Madame, je vais crier î fJU^* de Montespan desserre son étreinte, se rejette en arrière sur son oreiller, soUpire, puis se redressant :)

M"* DE MONTESPAM.

Quand te Ta-t-il donné ? où? comment?

M^^DE FoNTANGES (hésitant).

Madame...

M"™* DE Montespan.

C'est hier, à Saint-Cloud, chez Madame.

M'^° de Fontanges.

Comment le savez-vous ? ^

M"*® de Montespan.

Il me Ta dit.

M^"* de Fontanges.

Il vous l'a dit ? Le Roi ? Quand ?

M"*' de Montespan.

Ce matin.

M"* de Fontanges.

Ce n'est pas vrai ! Il ne vient pas sans que je le voie.

(M^* de Montespan fait un mouvement de menace. M^^ deFontanges se recule peureusement,)

Ainsi, il t'aime? .

M"« DE FoNTANGES (baissant la tête^ parlant à peine ; mais son orgueil déborde).

Oui.

M™* DE Montespan.

Depuis quand ?

M"» DE FONTAN(SES

Depuis deux mois.

M"* DE MONTBSPAIi.

Depuis que je suis malade ! Lâche I — Comment Fas-tu connu ? f3f "• de Fontdnges secoue la tête.) Tu ne veux point parler? — Que m'importe? Il ne t'aime point. H s'est diverti de toi. Tu as amusé un instant son ennui.

M"« DE FONTANGES

Il ne m'aime point ? Ah î Dieu ! J'en crois ses chères paroles, ses caresses. passionnées... Il ne m^ime point? Que ne Tavez-vous vu, Madame, ici, à mes genoux, lui, ce grand Roi, baignant mes mains de ses larmes admirables !

M"® DE Montespan (riant d'un rire forcé),

La niaise I Dirait-on pas qu'elle pâme î Voilà un bel amour I Un vieillard infirme et dégoûtant I Le spectacle touchant, que cet amoureux de cinquante ans, pleurant des larmes séniles aux pieds d'une petite guenille!.. Quoi! il s'est mis à genoux, tout de bon ? Comment a-t-il fait pour se relever ? A-t-il appelé ses valets?

y^\\% YjiE, FoNTANÔES.

Ah !• comme on voit que vous ne Taimez pas, que vous ne

ne Pavez jamais aimé ! Je vous méprise, je vous méprise !

M™® DE MONTESPAN

Par quels honteux moyens as-iu réveillé ses sens ?

M"« DE FONTANGES

Je ne Tai toujours pas pris, comme vous, en plein jour, dans une galerie ouverte aux passants I

M™* DE MoNTESPAN (saisissant brusquement le collier de

if "• de Fontanges).

Donne-le moi I

M"» DE FoNTANGES (essayant de se dégager).

Non!

M"* DE MoNTESPAN.

Je le veux.

M"» DE FoNTANGES (se débattant) Vous ne Taurez pas I Vous ne Taurez pas I

Làcheras-tu? Je te briserai les mains I

M*'* DE FoNTANGES.

Vous me déchirez I Vous m'arrachez les cheveux ..Ah ! cruelle I

M"* DE MoNTESPAN (arrache le collier).

Je l'ail

W^* DE FONTANGES

^ Rendez4e moi I

Va-t-en I

30 LA MO.NTESPAN

M"* DE Font ANGES.

Voleuse ! Je le crierai à tous. Vous m'avez volée I C'est mon bien ]

Tiens, le voilà, ton bien !

(Elle rompt le collier entre ses mains, et broie le médaillon sous un objet massif, un flambeau, placé sur la table auprès d'elle.)

M^'' DE FONTANGES

Ah ! (Concentrée.) Que cela est glorieux ! Que vo*us devez être fière de votre œuvre ! Bête malfaisante et lâche !.. Mais tout ce que vous faites ne sert qu'à montrer davantage votre impuissance. Le Roi ne vous aime plus. Il me Va. dit.

M"* DE MoNTESPAN (se dressant menaçante).

Tais-toi !

M"' DE FONTANGES

Je me moque de vous. Nous avons ri de vous ensemble. Il m'aime. Je suis jeune. Vous, vous êtes une malade, une vieille femme !

^Afro« de Montespan rejette violemment ses draps, bondit hors

du lit, et saisit un couteau sur la table.)

W^* DE FoNTANGES.

Ah ! que faites-vous ! Pardon ! Au secours !

(Elle fait un bond en arrière, et se sauve à V extrémité de la chambre. La porte s'ouvre. Des gens paraissent et regardent. M^* de Montespan, debout, tremblante de froid et de colère, regarde Jlf"' de Fontanges avec mépris, jette le couteau par terre, et se recouche.)

M"* DE MoNTESPAN (ttvçc une rage froide et violente).

Coureuse ! Gatîn ! Hors d'ici ! Je te chasse I (Aux gens qui écoutent à la porte.)

Qui vous a appelés ?

(Les gens se retirent.)

Un Gentilhomme.

Madame, le Roi.

Jl/*^" de Fontanges se sauve en pleurant, les cheveux en désordre, ilf"* de Montespan saisit un miroir^ et hâtivement se rajuste.)

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