M** DE MONTESPAN, ANGÉLIQUE DE FONTANGES
M"* DE Montespan (à -¥"• de Fontanges).
Vous, venez !
(M^* de Fontanges se jette au pied du lit et reste la figure cachée dans les draps.)
M"*' DE Montespan.
C'est le Roi?
CJr^' de Fontanges se tait, immobile et tremblante.)
Regardez-moi !
(Elle la prend violemment par les cheveux, et la force à lever
la tête.)
L4 MO.NTESPAN 27
M"« DE FONTANGES
Madame, vous me faites mal...
Réponds !
M**» DE FONTÀNGES.
C'est lui. (M"^* de Montespan gronde, et tord de colère la masse de cheveux, qu'elle tient à la main.)
M"* DE FONTANiîES.
Madame, je vais crier î fJU^* de Montespan desserre son étreinte, se rejette en arrière sur son oreiller, soUpire, puis se redressant :)
M"* DE MONTESPAM.
Quand te Ta-t-il donné ? où? comment?
M^^DE FoNTANGES (hésitant).
Madame...
M"™* DE Montespan.
C'est hier, à Saint-Cloud, chez Madame.
M'^° de Fontanges.
Comment le savez-vous ? ^
M"*® de Montespan.
Il me Ta dit.
M^"* de Fontanges.
Il vous l'a dit ? Le Roi ? Quand ?
M"*' de Montespan.
Ce matin.
M"* de Fontanges.
Ce n'est pas vrai ! Il ne vient pas sans que je le voie.
(M^* de Montespan fait un mouvement de menace. M^^ deFontanges se recule peureusement,)
Ainsi, il t'aime? .
M"« DE FoNTANGES (baissant la tête^ parlant à peine ; mais son orgueil déborde).
Oui.
M™* DE Montespan.
Depuis quand ?
M"» DE FONTAN(SES
Depuis deux mois.
M"* DE MONTBSPAIi.
Depuis que je suis malade ! Lâche I — Comment Fas-tu connu ? f3f "• de Fontdnges secoue la tête.) Tu ne veux point parler? — Que m'importe? Il ne t'aime point. H s'est diverti de toi. Tu as amusé un instant son ennui.
M"« DE FONTANGES
Il ne m'aime point ? Ah î Dieu ! J'en crois ses chères paroles, ses caresses. passionnées... Il ne m^ime point? Que ne Tavez-vous vu, Madame, ici, à mes genoux, lui, ce grand Roi, baignant mes mains de ses larmes admirables !
M"® DE Montespan (riant d'un rire forcé),
La niaise I Dirait-on pas qu'elle pâme î Voilà un bel amour I Un vieillard infirme et dégoûtant I Le spectacle touchant, que cet amoureux de cinquante ans, pleurant des larmes séniles aux pieds d'une petite guenille!.. Quoi! il s'est mis à genoux, tout de bon ? Comment a-t-il fait pour se relever ? A-t-il appelé ses valets?
y^\\% YjiE, FoNTANÔES.
Ah !• comme on voit que vous ne Taimez pas, que vous ne
ne Pavez jamais aimé ! Je vous méprise, je vous méprise !
M™® DE MONTESPAN
Par quels honteux moyens as-iu réveillé ses sens ?
M"« DE FONTANGES
Je ne Tai toujours pas pris, comme vous, en plein jour, dans une galerie ouverte aux passants I
M™* DE MoNTESPAN (saisissant brusquement le collier de
if "• de Fontanges).
Donne-le moi I
M"» DE FoNTANGES (essayant de se dégager).
Non!
M"* DE MoNTESPAN.
Je le veux.
M"» DE FoNTANGES (se débattant) Vous ne Taurez pas I Vous ne Taurez pas I
Làcheras-tu? Je te briserai les mains I
M*'* DE FoNTANGES.
Vous me déchirez I Vous m'arrachez les cheveux ..Ah ! cruelle I
M"* DE MoNTESPAN (arrache le collier).
Je l'ail
W^* DE FONTANGES
^ Rendez4e moi I
Va-t-en I
30 LA MO.NTESPAN
M"* DE Font ANGES.
Voleuse ! Je le crierai à tous. Vous m'avez volée I C'est mon bien ]
Tiens, le voilà, ton bien !
(Elle rompt le collier entre ses mains, et broie le médaillon sous un objet massif, un flambeau, placé sur la table auprès d'elle.)
M^'' DE FONTANGES
Ah ! (Concentrée.) Que cela est glorieux ! Que vo*us devez être fière de votre œuvre ! Bête malfaisante et lâche !.. Mais tout ce que vous faites ne sert qu'à montrer davantage votre impuissance. Le Roi ne vous aime plus. Il me Va. dit.
M"* DE MoNTESPAN (se dressant menaçante).
Tais-toi !
M"' DE FONTANGES
Je me moque de vous. Nous avons ri de vous ensemble. Il m'aime. Je suis jeune. Vous, vous êtes une malade, une vieille femme !
^Afro« de Montespan rejette violemment ses draps, bondit hors
du lit, et saisit un couteau sur la table.)
W^* DE FoNTANGES.
Ah ! que faites-vous ! Pardon ! Au secours !
(Elle fait un bond en arrière, et se sauve à V extrémité de la chambre. La porte s'ouvre. Des gens paraissent et regardent. M^* de Montespan, debout, tremblante de froid et de colère, regarde Jlf"' de Fontanges avec mépris, jette le couteau par terre, et se recouche.)
M"* DE MoNTESPAN (ttvçc une rage froide et violente).
Coureuse ! Gatîn ! Hors d'ici ! Je te chasse I (Aux gens qui écoutent à la porte.)
Qui vous a appelés ?
(Les gens se retirent.)
Un Gentilhomme.
Madame, le Roi.
Jl/*^" de Fontanges se sauve en pleurant, les cheveux en désordre, ilf"* de Montespan saisit un miroir^ et hâtivement se rajuste.)