ACTE II
La nuit. — Une galerie du château. Les fenêtres du fond donnent sur une cour, A gauche, quelques marches mènent à un oratoire, dont la porte est fermée, et dont on voit les fenêtres à vitraux blancs, avec des barreaux de fer. La scène est à demi-obscure, éclairée seulement par les vitraux illuminés à l'intérieur et par la lueur vacillante d'une veilleuse qui brûle au pied d'une statue de la Vierge, dans une 7iiche, à côté de la porte de l'oratoire. Peu à peu, la clarté de la lune pénètre la galène. Marie-Aube vient en tâtonnant.
Marie- Aube.
Elle s'est levée, elle est sortie, malade, presque mourante... Cette odieuse femme l'accompagnait. Depuis des mois, elle rôde autour d'elle, avec ses louches acolytes : ce Guibourg, ce Lesage, que j'ai frôlé tout à l'heure dans l'ombre. Il faisait le guet. Il ne m'a pas vue. Mais, moi, je l'ai bien reconnu. Qu'ont-ils donc à cacher? Que veulent-ils de ma mère? Où Font-ils entraînée?... (Lllr voit la fenêtre de l'oratoi?'e éclairée.) khi... Elle est ici !... (Elle va rapidement vers la porte, puis s'arrête.) Eh bien ?... (Elle fait encore quelques pas, lève la main vers la poignée de la porte, puis la retire.) De quoi ai-je peur?... Allons ! (Elle essaie d''ouvrir la porte.) La porte est fermée...
(Elle s'assied sur une marche, et se met à trembler, sans
parler.)
(Elle se relève.)
Je veux voir !
(Elle regarde les vitraux éclairés, s'approche, et, en se tenant
aux barreaux, elle parvient à hausser sa figure jusqu'à la
fenêtre; mais, au moment de regarder, elle détourne la tête.) Je n'ose pas...
(Elle regarde. Elle a un sursaut, et reste, muette, les yeux dilatés, les mains crispées au grillage. On V entend haleter, et ses dents claquer, dans le silence. Enfin elle gémit doucement, tremble de tout son corps. Ses mains se détachent. Elle tombe évanouie.)
(Silence.)
(Une horloge sonne un quart. La lune, jusque-là voilée, commence à éclairer la scène. La lumière de la chapelle s'éteint.)