‹ La morale à l'écoleChapitre 13 sur 35 · C. — L'énergie de la volonté · texte numérisé non relu

C. — L'énergie de la volonté

108. Qu'est-ce que la volonté? — On dit qu'un homme a de la volonté quand il supporte sans se plaindre le froid, la chaleur, la faim, la fatigue ou le danger.

On dit aussi qu'un homme a de la volonté quand il est capable, s'il est enclin à boire, de rester sobre, etc. Mais, étudions de près ce qu'est la volonté. Regardons un enfant en présence d'un bonbon qu'il aime : il tend les lèvres et s'avance pour le manger. S'agitil d'une médecine à prendre? Voyez quels signes de dégoût, «Je répulsion : il se retire, ferme la bouche, ^pousse de tout son pouvoir la potion.

Nous faisons ainsi lorsque nous apercevons un ami que nous aimons : nous sourions, nous sommes contents; n(H*s allons au-devant de lui avec élan, « à cœur ouvert ». Au contraire, si nous apercevons un homme laid, grossier, ÇUi nous a fait du mal, nous éprouvons une répulsion : nous détournons la tête.

109. Vouloir, c'est choisir même et surtout ce qui déplaît. — Manger un bonbon ou recevoir quelqu'un <IUe nous aimons, ce n'est pas un acte de volonté. Au c°ntraire, boire une médecine, accueillir poli ment l'homme que nous détestons, c'est déjà un effort. C'est vraiment de la volonté, que de boire la médecine ou de recevoir avec plaisir celui que nous détestons.

Nous comprenons maintenant ce que c'est que vouloir: c'est accueillir avec élan, avec joie, « à cœur ouvert »,une idée désagréable, ou au contraire mal accueillir ou repousser une idée agréable.

no. Un changement magique. — Quoi! c'est cela la volonté? Oui, c'est cela.

Faire bon accueil aux idées qui nous déplaisent et mauvais accueil à celles qui nous plaisent, c'est cela qui est au commencement des volontés les plus puissantes.

Mais un changement magique se produit bientôt : l'enfant qui avale avec courage de l'huile de foie de morue, s'y habitue. Il finit même par la boire avec plaisir.

Ce changement d'une souffrance en plaisir, quelle fée peut le produire 3

Cette fée, c'est l'habitude.

ni. Les bonnes fées. — L'habitude diminue l'effort et même le supprime. Par exemple, que de peine ont les petits à tracer leurs bâtons, puis leurs lettres! Tandis qu'avec l'habitude nous écrivons sans même y penser. Aujourd'hui, sans effort, nous nous tenons bien à table, nous réprimons nos mouvements d'irritation ; nous nous levons le matin, etc. Les bonnes habitudes, comme des fées bienfaisantes, augmentent notre pouvoir et notre liberté. Grâce à elles, nous pouvons réfléchir en écrivant, nous pouvons causer à table sans nous préoccuper de nos mains, de notre couteau, de notre fourchette. Nous allons à bicyclette sans faire les contorsions du cycliste qui commence, et qui risque à chaque instant de tomber ! Quelle liberté ainsi conquise !

112. Les fées mauvaises. — Mais si nous ne surveillons pas la formation de nos mauvaises habitudes, peu à peu elles se renforcent, et la volonté ne peut plus les vaincre : un enfant qui se ronge les ongles, un ouvrier qui boit ne peuvent que difficilement se corriger.

Tandis que les bonnes habitudes diminuent notre peine, les mauvaises, comme des fées malfaisantes, finissent par nous réduire à l'impuissance. Aussi veillons soigneusement sur nos habitudes : ce sont elles qui nous rendront ou libres ou impuissants.

n3. Les hannetons* — Mais s'il est nécessaire de consolider par l'habitude les succès de notre volonté, c'est l'effort de la volonté qui commence tout.

Celui qui est incapable de vouloir, est conduit par ses désirs, ses passions : ce n'est pas un homme, c'est un incohérent, sur qui nul ne peut compter. La colère, la vaûité, la paresse le poussent tour à tour, et on ne sait jamais ce qu'il fera l'instant d'après : lui-même ne le sait pas. C'est Jean qui pleure et Jean qui rit. 11 est comme un hanneton agité, qui n'a que des mouvements désordonnés.

Aussi, pour que nous soyons des volontés, il faut qu'en nous la raison commande aux désirs et aux passions.

1 14. Comment faire pour vouloir? — Mais comment faire pour vouloir, quand une passion chasse l'idée raisonnable? Il faut fixer son attention sur cette idée et l'encourager, comme nous ferions pour un ami qui nagerait contre le courant. Un enfant se sent-il de la colère contre sa maman qui l'a grondé? Qu'il pense à sa bonté, à ses caresses. Un imprévoyant s'efforcera de maintenir dans sa pensée l'idée de la misère à laquelle il s'expose. Un ivrogne ne sera sauvé que s'il accepte la vérité qui lui répugne : à savoir qu'il est un ivrogne.

De même, il faut refuser de penser à ce qui nous tente, et ne pas faire comme le malade à qui le melon donnait une crise, mais qui en parlait, qui voulait au moins le sentir! Il succombait à la tentation, naturellement. Il faut refuser de penser à ce qui tente. Regarde en face une idée désagréable, fais effort pour l'aimer ; au contraire, refuse de regarder, d'écouter une idée qui te plaît, mais qu'il faut repousser : voilà le secret pour être une volonté.

ii 5. La conversion morale. — Lorsque nous apercevrons, clair comme la lumière, que la lâcheté devant l'effort, la colère, l'envie, font de nous des animaux

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plutôt que des hommes, nous serons sauvés. Nous rejetterons avec dégoût la vie incohérente des faibles, ballottés par leurs passions successives : nous serons quelqu'un : on pourra compter sur nous.

Cette résolution de vivre en homme s'appelle la conversion morale. Se convertir, c'est donc prendre la résolution de ne pas être des incohérents, et de vivre en hommes. Quand on s'embourbe dans un marais, on fait effort pour regagner le terrain solide : si nous nous embourbons dans le marais des passions laides, par un effort énergique nous aborderons sur le terrain sûr d'une vie libre et digne.

Sujets à traiter. — Qu'est-ce que la volonté? Utilité des bonnes habitudes. Dangers des mauvaises habitudes. Faites le portrait d'un incohérent. Comment faut-il faire pour vouloir ? Qu'estce qu'une conver^'on morale?

D. — Les aspects d'une volonté robuste.

1 16. On n'est pas un homme si on n'est pas patient. — Qu'on puisse compter sur nous, tout est là. Mais cela suppose la patience. « Les Français, dit Franklin, sont comme des enfants qui sèment un grain de blé et qui le lendemain grattent la terre pour voir si ce grain pousse. » Ne méritons plus ce reproche ; ayons le bon sens d'attendre que le temps fasse son œuvre. On n'aura pas du jour au lendemain une volonté ferme ; il faut la mériter par mille petits efforts que l'habitude consolidera.

Beaucoup d'enfants sont capables d'un effort énergique, pourvu qu'il ne dure pas longtemps. Mais une volonté qui ne dure pas n'est pas une volonté.

117. — Nos jours se composent de mille détails et les contrariétés ne manquent pas : tout ne va pas comme nous voulons! Qu'est-ce qu'un garçon qui vaincra sa mauvaise humeur, sa colère pendant une ou deux heures et qui sera grognon le reste du temps? Il faut être patient. Ce n'est pas grand'chose de travailler pendant le premier quart d'heure si on perd patience ensuite parce que le travail est monotone !

Imitez les mamans calmes : voyez comme elles sont patientes devant les exigences de leur petit bébé! Elles ne se lassent pas : faites de même quand vous avez une tâche pénible.

Soyez patients, si vos parents, souffrants ou fatigués, sont de mauvaise humeur. Ne répondez pas à leurs reproches, même injustes. Il leur a fallu bien de la patience pour vous supporter quand, enfants, vous faisiez cent sottises.

118. Patience n'est pas résignation lâche. — Mais si la patience est une belle vertu, faites attention ! La mollesse, la paresse ressemblent souvent à la patience. Un « souffre-douleur », une « bonne pâte » est un garçon sans courage. Ce qui fait les despotes, les tyrans, c'est la lâcheté de ceux qui les supportent.

Contre l'ignorance, la misère, l'injustice, il faut lutter courageusement.

Trop souvent, on accepte des injustices sans protester de toute sa force : c'est lâcheté et c'est se faire un collaborateur de l'injuste, car il se gênera d'autant moins qu'on le laisse faire. Un apprenti ne doit pas se laisser traiter grossièrement par les ouvriers, un domestique par ses patrons.

Beaucoup de jeunes filles manquent de fierté, de

dignité personnelles et elles tolèrent qu'on leur parle

mal, qu'on les loge d'une façon honteuse : ce n'est pas ^ résignation, mais manque de courage.

119. Soyons persévérants! — On ne peut pas dire qu'un bébé qui tombe à chaque instant sait marcher. De même, on ne sait vouloir que lorsqu'on peut vouloir longtemps.

Un capricieux commence à lire un livre, puis il se lève, regarde à la fenêtre, puis il caresse son chat : en somme il ne fait rien.

Au contraire, un enfant énergique, qui a résolu de lire un livre, ne se laisse pas distraire. Il lit page après page et quand il a fini le chapitre qu'il voulait lire, alors seulement il s'amuse.

La volonté ne peut être appelée volonté que si elle dure, si elle est persévérante.

120. Effets étonnants de la persévérance. — Ce que fait la persévérance est étonnant. L'eau finit par user

les rochers les plus durs; avec les années, vous usez les escaliers de pierre de l'école : de même la volonté persévérante use les obstacles les plus résistants. C'est coup de pelle après coup de pelle que le canal de Suez a été creusé. C'est sillon après sillon que les paysans ont labouré l'immense étendue du pays ; c'est pierre par pierre que les maçons ont construit les murs de l'école. En économisant chaque jour seulement 20 centimes et en

Pig. 15. — Descàrtes.

Dans son ZHscours de la Méthode (163*7), Descartes a donné la règle fondamentale de la pensée libre : « Ne recevoir jamais aucune chose pour vni^ que je ne la connaisse évidemment foe telle. »

Fig. — 16. Michelet.

Le premier, il a compris que le

Î>rogrès est dû aux efforts des travaileurs, et non aux dévastateurs dont certains historiens ont admiré servilement les exploits malfaisants.

les versant à la Caisse nationale des Retraites pour la Vieillesse, un apprenti peut se faire 36o francs de rentes à 55 ans et, s'il meurt, la famille touche 1 000 francs.

!ai. Par la persévérance nous devenons énergiques. — Nous pouvons devenir de plus en plus énergiques en prenant de bonnes habitudes : un enfant coléreux et irritable s'efforcera de garder le calme ; un impatient prendra l'habitude de réfléchir avant d'agir.

C'est peu de chose que l'acte de volonté d'un enfant qui &6 met de tout cœur à sa tache : mais ce sont ces petits efforts chaque jour renouvelés qui ont fait un Dèscartes^. i5J, un Michelet {fig. 16)... Quel encourage-

ment pour nous que les résultats admirables d'une volonté qui sait persévérer ! Avec le temps, elle accomplit des prodiges.

122. Choisissons d'être courageux ou lâches. — Est courageux le garçon qui a la volonté de supporter la fatigue, la faim, le froid, la chaleur, les incommodités inévitables et de braver le danger.

Le contraire du courage, c'est la lâcheté de l'enfant sans énergie que la fatigue, la faim, le froid, rendent grognon, de mauvaise humeur et à qui tout danger « donne le trac ».

La vie d'un enfant sans courage est bien laide : il n'ose, l'hiver, se débarbouiller, parce qu'il fait froid. En récréation, au lieu de se réchauffer énergiquement en courant, il se plaint, récrimine contre le temps à qui cela est bien égal.

Voyez l'air ridicule des poules quand il pleut] Un enfant sans courage est tout aussi pitoyable: c'est pourquoi on l'appelle une « poule mouillée ». Nul ne peut compter sur lui à cause de sa couardise : il a peur la nuit; au moindre craquement d'un meuble, il tremble. Faut-il monter sur une échelle ou sur un mur? La tête lui tourne. Fait-il froid? Il est transi. Fait-il chaud? Il s'affale.

123. La vie demande du courage. — La vie demande du courage. Nul n'est à l'abri des accidents, et en Allemagne, en une seule année (1890), il y a eu 85oo accidents suivis de mort. Il y a eu 1 4oo mutilés. 5i 000 blessures ont produit une incapacité de travail plus ou moins longue. En i5 ans, on a compté 90 000 tués.

Bien des souffrances sont inévitables : nous avons mal à la tête, mal au ventre. Nous pouvons tomber et nous faire mal. L'hiver, les engelures, la bise glaciale rendent le travail pénible. L'été, ce sont les chaleurs excessives.

(io

On ne peut travailler sans se couper, se piquer, ou se brûler.

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